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Recrutement d’étudiants internationaux

L’imprévisibilité entrave l’attractivité des cégeps

Par Thérèse Lafleur, rédactrice

Dans un contexte où le monde est en concurrence pour une main-d’œuvre qualifiée, les étudiants en provenance de l’international sont courtisés. « Ces étudiants privilégieront les pays qui feront des choix plus judicieux, qui sont plus prévisibles et plus stables sur leur politique migratoire. » affirme Marie Montpetit, présidente-directrice générale de la Fédération des cégeps.  

Marie Montpetit, présidente-directrice générale de la Fédération des cégeps.

« Je dirais même qu’au-delà des réformes et des mesures, c’est le discours qui importe. Le Québec a toujours eu un discours d’accueil en ce qui a trait aux étudiants internationaux. Mais le message actuel qui circule sur la place publique affecte beaucoup sa réputation. Corriger la mauvaise presse du Québec à l’international devient aujourd’hui un défi majeur. »

À l’automne 2024, les 48 cégeps comptaient près de 10 000 étudiants internationaux sur leurs 200 000 étudiants. Leur population étudiante internationale ne dépasse pas les 5 % en représentativité. Ainsi, les cégeps démontrent une approche d’accueil mesurée, responsable et sous contrôle. Une approche en totale cohérence avec les besoins des régions et les capacités d’accueil du Québec.

Le Québec doit demeurer un territoire qui attire, qui forme et qui retient, à travers des politiques publiques claires, prévisibles et durables.

Là où le bât blesse, c’est au niveau de l’absence d’objectifs précis, de l’attribution de pouvoirs contraignants et de l’impact sur l’accessibilité et le dynamisme des programmes.

Des propos tenus par madame Montpetit lors de la présentation de la Fédération des cégeps en vue de la planification pluriannuelle de l’immigration 2026-2029 au Québec.

Dans son mémoire d’août 2025, la Fédération émet douze recommandations. Elles visent à s’assurer que les cégeps puissent continuer à remplir leur rôle, particulièrement en matière d’intégration linguistique, culturelle et sociale. Les trois recommandations phares sont :

  • D’exempter les 48 cégeps du Québec de l’application des quotas de CAQ pour études ;
  • De rétablir l’admissibilité au permis de travail postdiplôme de tous les programmes offerts dans le réseau collégial public ;
  • De maintenir le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) — Volet Diplômés selon les conditions actuelles.

En novembre 2024, lors de la consultation sur le projet de loi no 74, le mémoire déposé par la Fédération comporte dix recommandations visant principalement à améliorer l’encadrement relatif aux étudiants internationaux. Trois recommandations majeures sont soulignées :

  • L’exemption des cégeps du plafond d’accueil des étudiantes et des étudiants internationaux, afin de maintenir l’accessibilité aux programmes et de contribuer au développement de toutes les régions administratives du Québec ;
  • Une consultation obligatoire avec les ministères sectoriels et les cégeps avant toute décision ayant un impact sur l’accueil des étudiants internationaux ;
  • Une planification à long terme : pour garantir la stabilité et la prévisibilité des actions internationales des cégeps, toute modification aux critères d’accueil devrait être annoncée au moins 18 mois avant leur entrée en vigueur.

Des pratiques rigoureuses, éthiques et responsables.

Au Québec, le recrutement d’étudiants internationaux est coordonné en partie par la Fédération des cégeps. Un travail qui se fait en collaboration avec les cégeps, le réseau collégial et le gouvernement du Québec, dont le ministère de l’Enseignement supérieur (MES).

Les efforts de recrutement d’étudiants étrangers sont axés sur la francophonie : France métropolitaine et île de la Réunion ainsi qu’en Afrique francophone. Un processus d’intégration s’en suit : réception à l’aéroport, logement, accueil au cégep. Ces étudiants internationaux ne permettent pas aux cégeps de jouir d’un gain financier. Leur contribution est culturelle, sociale, économique, linguistique.

En outre, dans le mémoire déposé en août 2025, la Fédération rappelle « que le réseau collégial public n’est pas à l’origine des problèmes d’intégrité observés ailleurs au Québec ou au Canada. Ses pratiques en recrutement international sont rigoureuses, éthiques et responsables. »

« Imposer des quotas aux cégeps, c’est se tromper de cible, c’est nuire à un réseau allié du gouvernement, d’autant plus que la répartition actuelle est inéquitable, un tiers des quotas a été accordé au réseau public et deux tiers au réseau privé. Trois collèges privés à eux seuls reçoivent plus de places que l’ensemble des 48 cégeps. Et, en formation continue, l’écart est encore plus flagrant : 11 % pour le réseau public et 89 % pour le réseau privé. » a soulevé madame Montpetit devant la Commission parlementaire.

Les étudiants internationaux choisissent une destination, ils ne choisissent pas une loterie réglementaire.

« Pour rester attractifs, les cégeps doivent offrir un environnement prévisible. Comme les règles changent constamment, c’est la confiance envers la destination Québec qui est fragilisée. Dans les deux dernières années, il y a eu près d’une dizaine de réformes, dont l’abolition du Programme de l’Expérience québécoise (PEC). Tout cet aspect d’imprévisibilité met à mal notre attractivité. »

Une étude Moody’s, publiée en juillet 2025, souligne d’ailleurs que le Québec est désormais la province la plus restrictive au pays pour les étudiants internationaux. Avec les demandes d’admission dans les cégeps qui ont chuté de 53 % pour l’automne 2025, c’est un enjeu de plus qui s’ajoute dans un réseau déjà sous pression, avec notamment un gel du recrutement et des coupes de 151 millions de dollars.

La présidente-directrice générale soulève aussi « qu’en date du 3 mars 2026, les données des trois services régionaux d’admission indiquent une baisse d’environ 50 % des demandes d’admission en provenance de l’international pour 2026-2027. Malheureusement, la baisse se maintient. Nos partenaires internationaux et locaux constatent les inquiétudes, les préoccupations et la confusion des étudiants à l’international. Cela peut les amener à faire d’autres choix que le Québec. »

La plus-value des étudiants internationaux

La présence d’étudiants internationaux participe sans conteste au dynamisme et à l’ouverture au monde au sein des communautés collégiales. 

« Mais au-delà de cela, leur présence permet parfois le maintien des cohortes. Ainsi, des étudiants du Québec peuvent avoir accès à des programmes essentiels dont le nombre d’inscriptions aurait été insuffisant pour les démarrer. Et ce n’est pas une question d’ordre pécuniaire pour les cégeps, c’est vraiment la préoccupation d’être capable de soutenir la vitalité de régions. » précise madame Montpetit.

 

Étudiants internationaux inscrits aux études postsecondaires par niveau d’enseignement et par type de réseau, session d’automne, de 2018 à 2024

Pourcentage sur le total d’étudiants internationaux inscrits aux études postsecondaires par type de réseau, session d’automne, de 2018 à 2024

Nombre de diplômes émis à des étudiantes et étudiants internationaux dans les réseaux postsecondaires du Québec, pour les années civiles 2018 à 2023

Source : Fédération des cégeps. Données colligées par la Fédération des cégeps à partir des données du ministère de l’Enseignement supérieur (MES) du Québec.

Étudier et travailler au Québec

Dans une lettre ouverte publiée dans le journal Le Devoir du 5 novembre 2025, Madame Montpetit insiste sur les conséquences qu’ont réellement les décisions fédérales sur l’admissibilité au permis de travail postdiplôme (PTPD). Après analyse, 51 DECs ne sont pas admissibles au PTPD alors que le Québec manque d’étudiants dans plusieurs de ces programmes techniques.

« En liant l’admissibilité de ce permis de travail à des listes de programmes établies selon des besoins canadiens, et non québécois, on prive toutes nos régions et nos secteurs stratégiques d’une main-d’œuvre précieuse. » explique madame Montpetit dans sa communication.

Pourtant, près de 90 % des diplômés internationaux des cégeps occupent un emploi trois ans après leurs études, un taux supérieur à la moyenne canadienne. « Ces jeunes formés en français, intégrés à nos communautés et prêts à contribuer au Québec, nous les perdons pour des raisons purement administratives. »

Un appel à la stabilité et à la concertation

Des démarches administratives complexes, combinées à des réformes réglementaires fréquentes et imprévisibles, freinent l’intégration et l’établissement durables des étudiants internationaux au Québec.

« Pour que les cégeps continuent à jouer leur rôle stratégique d’intégration et de transmission de notre culture, les politiques d’immigration doivent s’appuyer sur des règles claires, prévisibles et cohérentes. Nous comprenons les objectifs du gouvernement : assurer la vitalité du français, renforcer l’identité québécoise et maintenir un équilibre démographique durable. Mais certaines mesures appliquées mur à mur risquent d’affaiblir et de nous éloigner de ces mêmes objectifs. » soutient la présidente-directrice générale de la Fédération des cégeps, Marie Montpetit.





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