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Association des collèges privés du Québec

Les enjeux du collégial privé subventionné

Au fil de ses rencontres, le directeur général de l’Association des collèges privés du Québec (ACPQ), Patrick Bérubé, se dit parfois surpris de la méconnaissance de ce réseau. « Les gens ont tendance à penser que chaque collège privé fait sa petite affaire. Certains tombent des nues quand nous leur parlons de notre association qui vient appuyer ce réseau. »

Par Thérèse Lafleur, rédactrice

Patrick Bérubé, directeur général, Association des collèges privés du Québec

« Nous sommes des organismes à but non lucratif (OBNL) reconnus d’intérêt public, ce qui explique le financement de l’État. C’est différent des cégeps publics. Notre modèle nous distingue aussi des collèges non subventionnés qui sont à but lucratif. Comme OBNL, nos établissements doivent réinvestir leurs surplus, soit dans la réussite, les infrastructures, les services ou l’encadrement. » explique monsieur Bérubé.

Les 21 établissements que compte ce réseau sont en zone urbaine, principalement à Montréal (80 % des étudiants). En 2024-2025, ces collèges ont accueilli près de 20 000 collégiens alors que la population étudiante des cégeps en compte 200 000, soit 10 % de la clientèle globale.

Contrairement aux cégeps, plus homogènes, les collèges privés subventionnés présentent une grande diversité en termes de tailles, d’offres de programmes et d’histoires. Certains proposent uniquement des programmes préuniversitaires en anglais, comme Marianopolis. D’autres combinent secondaire et collégial, ou bien se spécialisent dans des domaines spécifiques, comme l’École nationale de cirque. Trois centres collégiaux de transfert de technologie (CCTT) sont aussi parties prenantes du réseau.

Un des grands avantages d’être un OBNL,c’est l’agilité organisationnelle que cela peut apporter.

Comme chaque collège est autonome, c’est son conseil d’administration qui décide des orientations. Monsieur Bérubé spécifie que « cette agilité organisationnelle permet de pivoter rapidement. Il y a un avantage systémique à tous travailler ensemble parce que, contrairement au réseau public, il n’y a pas de mécanisme de mise en disponibilité. Donc, une baisse d’étudiants peut rapidement se traduire en pertes d’emplois. Dans cette dynamique, la mobilisation des gens sur le terrain fait aussi partie de cette différence organisationnelle moins bien connue. »

Il ajoute que le taux de diplomation est supérieur dans les collèges privés subventionnés, et ce, avec la même moyenne générale au secondaire. « Il y a effectivement un effet des établissements que nous regardons et nous nous intéressons beaucoup à l’effet qu’ont les équipes des collèges sur cette diplomation. »

Les compressions budgétaires ont demandé des efforts colossaux.

Les collèges privés reçoivent 60 % de la subvention que les cégeps reçoivent, et environ 40 % en frais de scolarité. Leur accessibilité repose sur trois éléments clés : la subvention gouvernementale, l’aide financière aux études et le soutien des fondations.

En 2024-2025, les compressions budgétaires ont demandé des efforts colossaux, tant au public qu’au privé. Pour 2025-2026, pour différentes raisons, les réseaux public et privé ont accueilli favorablement les réinvestissements consentis par l’État.

« Pourtant, nous subissons encore les effets des coupures. Dans ce contexte, le fardeau administratif des collèges devrait être allégé par une diminution de la reddition de comptes. Des redditions de comptes qui sont malheureusement peu alignées avec notre mission éducative. » affirme monsieur Bérubé.

Dans cette foulée, l’ACPQ salue les premiers pas du budget 2026-2027 et invite Québec à compléter l’effort amorcé. Lors des consultations prébudgétaires, les priorités identifiées par l’ACPQ totalisaient une demande de 9,8 M$.

Au collégial, le public et le privé portent des messages similaires en ce qui a trait aux étudiants internationaux.

En 2023-2024, les 4 606 étudiants internationaux inscrits dans le réseau des colllèges privés subventionnés représentaient 6 % des étudiants internationaux en enseignement supérieur[i]. « Historiquement, le réseau a toujours eu une plus grande proportion d’étudiants internationaux que les cégeps. Mais notre réseau est plus petit, 20 000 étudiants versus 200 000 dans les cégeps. Si nous augmentons le nombre d’étudiants internationaux, la proportion sera plus grande, évidemment. » constate monsieur Bérubé.

Source ACPQ, Mémoire projet de loi no 74

Selon monsieur Bérubé, cela illustre la complémentarité des réseaux public et privé subventionné. Par ailleurs, des abus quant à l’accueil d’étudiants internationaux ont été constatés dans certains collèges privés non subventionnés. Malheureusement, le MES a procédé à des resserrements du financement, mais pour l’ensemble des collèges privés, ce qui a engendré davantage de bureaucratie.

À l’automne 2025, dans le cadre des consultations sur la planification de l’immigration au Québec, l’ACPQ mettait en lumière le rôle essentiel des collèges privés subventionnés. Les recommandations du mémoire déposé visent à soutenir l’équilibre démographique et économique du Québec par les étudiants étrangers.

Tout comme présidente-directrice générale de la Fédération des cégeps, Marie Montpetit, monsieur Bérubé constate que la notoriété du Québec à l’international est mise à mal. « Nous voyons que les mesures du fédéral et du provincial créent une grande incertitude. Cela affecte la réputation du Québec à l’étranger. L’impact sur le recrutement est instantané. En 2025-2026, nous avons une baisse de 25 % d’étudiants internationaux dans nos collèges. Si rien ne change, elle pourrait être de 50 % à 75 % en 2028. Quand ils ne se sentent plus les bienvenus au Québec, ces jeunes de l’étranger ont l’opportunité d’aller ailleurs. »

Un partenaire à part entière. Parce que la recherche enrichit le Québec.

La recherche représente un enjeu pour les collèges privés subventionnés, monsieur Bérubé se désole des difficultés de financement. « La recherche se développe d’abord grâce au Programme de recherche et d’expérimentation pédagogique (PREP). Cela prend des gens vraiment dédiés. Un départ à la retraite signifie souvent que l’expertise sera à rebâtir parce qu’il nous manque du financement pour structurer une culture de recherche plus pérenne. En ce sens, la mutualisation de la recherche est une voie à envisager dans notre réseau. »

Dans le cadre du Chantier sur la recherche au collégial, l’ACPQ déposait un mémoire recommandant, entre autres, que les collèges privés subventionnés soient reconnus et intégrés comme partenaires à part entière dans les différentes politiques et stratégies de développement de la recherche et de l’innovation au Québec.

Les enjeux de laïcité sont rares, circonscrits et déjà maîtrisés.

En déposant le mémoire relatif au Projet de loi no 9, l’ACPQ a voulu démontrer que, malgré le fait que plusieurs des collèges aient des origines liées aux communautés religieuses, le virage laïque dans ces établissements est complété. 

Des propos qu’appuie le sondage réalisé dans l’ensemble des établissements du réseau de l’ACPQ en janvier 2026 annexé au mémoire.

Nous nous positionnons comme un réseau complémentaire à celui des cégeps.

Patrick Bérubé poursuit son troisième mandat à la direction générale de l’ACPQ. Ce réseau qu’il connaît bien, comment l’imagine-t-il dans les prochaines années ? « Idéalement, je vois un réseau bien soutenu. Un réseau en santé qui relève pleinement le défi de l’accessibilité à l’enseignement supérieur. Des collèges privés subventionnés qui contribuent à la prospérité de la société québécoise. »

En ce sens, monsieur Bérubé cite l’étude[ii] de Pierre Fortin et de Marc Van Audenrode « qui démontre que l’existence du réseau collégial privé subventionné génère une contribution pouvant atteindre 500 M$ annuellement aux revenus des Québécois, en raison notamment de la performance supérieure des étudiants au regard de la diplomation dans la durée prescrite ».


[i] Banque de données des statistiques du Québec 2023-2024.

[ii] La contribution des collèges privés subventionnés à la société québécoise, RAPPORT D’ÉTUDE, Richard Guay, Octobre 2023.





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