Articles

Ma vie de cégep

Isabelle Morin livre avec sincérité sa vie d'enseignante

Dans un livre récemment paru aux Éditions de L’Hybride, Isabelle Morin nous parle avec sincérité de son vécu comme enseignante au cégep. Au fil du récit, sont évoqués des souvenirs, des dialogues avec ses étudiants et des réflexions personnelles. Un livre authentique, profondément humain et parfois bouleversant.

Par Élise Prioleau, rédactrice

À travers le récit des grandes étapes qui jalonnent un semestre de cours au cégep, Isabelle Morin évoque des souvenirs qui ont marqué sa carrière enseignante. On découvre une enseignante sensible aux défis rencontrés par ses étudiant-e-s et qui place la relation humaine au cœur de sa pratique.

L’autrice évoque sans filtre les défis rencontrés par les jeunes d’aujourd’hui. Certains d’entre eux seront confrontés à des formes d’anxiété, de pauvreté culturelle et matérielle, des difficultés scolaires, des abus sexuels ou encore à des défis liés à l’orientation sexuelle. Sensible aux défis rencontrés par ses étudiants et étudiantes, Isabelle Morin est une enseignante qui tend la main avec empathie, avec écoute.

« Plus j’écris, plus je réalise à quel point l’enseignement est profondément une affaire d’être ! » [1], réfléchit-elle tout haut. « Sans surprise, les jeunes marqués par les échecs et les mauvais traitements de notre système scolaire, entre autres, qui ont sillonné ma vie de prof, m’ont appris comment la relation humaine est au cœur de la profession. »[2]

Isabelle Morin, autrice et enseignante de sociologie au Cégep de Limoilou

La relation de confiance, une priorité

À travers ses vingt années d’expérience comme enseignante, Isabelle Morin a constaté l’importance de la qualité du lien interpersonnel qu’elle créé avec ses étudiant-e-s, cette « confiance fragile et toujours à bâtir ».

« Quand la confiance s’installe, ils s’ouvrent davantage aux connaissances et aux réflexions que je leur présente en classe, même si elles ébranlent parfois leurs certitudes », observe Isabelle Morin. 

Le lien de confiance est aussi garant d’échanges riches humainement, comme l’évoque Isabelle Morin. « J’adore ça quand mes étudiants viennent vers moi pour partager leurs inquiétudes, quand ils s’ouvrent un tout petit peu comme ils veulent le faire. Il n’y a rien qui me fait plus plaisir que cette confiance que m’accordent mes étudiants. Ça m’apporte beaucoup sur le plan personnel, ça donne du sens à ce que je fais ».

Isabelle Morin nous confie venir d’un milieu modeste. Pour répondre aux inquiétudes et aux difficultés de ses étudiants, elle leur raconte parfois sa propre histoire, ses propres expériences. « Aujourd’hui, dans un cours sur les classes sociales, une étudiante est venue me voir pour me parler de ses inquiétudes concernant le coût de la vie élevé. Elle se demandait comment elle s’en sortirait, étant donné qu’elle provient d’un milieu modeste. Je lui ai parlé de mon expérience et de ce que m’a apporté mon parcours académique. Ce genre de partages créent une ouverture, un lien avec mes étudiant-e-s », illustre-t-elle.

Ces échanges riches vécus avec ses jeunes, Isabelle Morin en a fait un Balado, Paroles de Gen Z, disponible sur le site du Cégep Limoilou. Dans les épisodes, des étudiant-e-s parlent de leur vécu, de leurs défis et de leurs réussites. « Je les aide à libérer leur parole sur leurs vécus personnels. On a touché à des sujets humains comme le handicap dans la famille, les violences sexuelles, les troubles alimentaires, les étudiants athlètes, l’anxiété de performance, les parents étudiants ou l’identité trans », mentionne l’enseignante et autrice.

Qui suis-je pour penser qu’un jeune qui réussit c’est un jeune qui a eu 60%, 80% ou 90% ? Il y a des jeunes qui partent de loin ou qui vivent des défis. Pour ces jeunes-là, la réussite, c’est parfois d’être présent au cégep et d’apprendre à se connaître. Isabelle Morin, autrice et enseignante de sociologie au Cégep de Limoilou

Les dilemmes professionnels déchirants

Le récit d’Isabelle Morin rappelle à quel point les profils étudiants sont diversifiés au cégep. Cette pluralité se traduit par des comportements plus ou moins favorables à la réussite scolaire. Isabelle Morin évoque notamment ses étudiant-e-s qui ne prennent pas de notes ou qui en prennent trop, ceux et celles qui sont sur leur cellulaire, les grands inquiets et les jeunes solitaires.

« Dès la deuxième semaine de cours, certains m’inquiètent »[3], écrit-elle. Parmi ceux-ci, elle nous parle avec grande honnêteté de « ces situations de l’impossible » où certains jeunes n’obtiennent pas la note de passage, parfois malgré de nombreux efforts déployés aussi bien de la part de l’étudiant que de l’enseignante.

« Lui, il est sur la ligne très mince entre l’échec et la réussite. Je le rencontre à nouveau pour l’aider en vue du dernier examen théorique de la session avant la remise finale du travail long. Il me touche beaucoup. Je sens en lui une volonté incroyable de persévérer et de réussir. Il revient de loin : retour aux études à la suite d’un chemin sinueux, téméraire, sur le bord du précipice, prêt à tomber dans la brume des psychotropes. (…) Je sens qu’il ne récoltera pas le fruit de son labeur ici au cégep. Je me dis qu’avec son histoire, il mériterait des victoires. Alors je fais quoi ? C’est mon dilemme professionnel le plus douloureux »[4], se rappelle l’enseignante.

Isabelle Morin évoque l’humilité qu’elle a développée à travers les années devant les difficultés de « ses jeunes », comme elle les appelle avec affection. C’est aussi sa définition de la réussite qui s’est nuancée.

« Qui suis-je pour penser qu’un jeune qui réussit c’est un jeune qui a eu 60%, 80% ou 90% ? Il y a des jeunes qui partent de loin ou qui vivent des défis. Pour ces jeunes-là, la réussite, c’est parfois d’être présent au cégep et d’apprendre à se connaître », considère-t-elle.

Comme enseignante, quand tu oses sortir de ta classe et de t’investir avec les étudiant-e-s dans des projets parascolaires, tu te rends compte de toute la diversité et la richesse des expériences vécues au cégep.Isabelle Morin, autrice et enseignante de sociologie au Cégep de Limoilou

Le cégep, une mini-société 

« Le cégep, c’est une mini société dans laquelle les jeunes apprennent des savoirs, mais aussi à être confronté à des enjeux nouveaux pour eux », relate Isabelle Morin.

Confronter les étudiant-e-s à des enjeux sociaux pour les faire réfléchir fait partie de l’enseignement d’Isabelle Morin. Dans ses cours de sociologie, elle aborde divers sujets qui touchent les jeunes : la pauvreté, les inégalités sociales et le suicide notamment.

« On essaie de développer chez eux le sens de la responsabilité citoyenne, le sens du collectif et du bien commun. Il ne s’agit pas de les culpabiliser, mais de les amener à réfléchir en leur offrant un recul sur leur propre point de vue et de nouvelles perspectives pour comprendre la société et les autres », explique l’enseignante.

Cette formation citoyenne est non seulement vécue à travers le contenu du cours, mais à travers la mixité sociale représentée par les jeunes eux-mêmes dans la classe. Au cégep, des jeunes issus de différents milieux socio-culturels se côtoient, parfois pour la première fois. Une richesse inestimable, selon Isabelle Morin, qui au fil des semestres est témoin « d’échange d’une grande profondeur et d’une écoute sincère de l’autre, sans jugement et avec beaucoup de curiosité »[5]

« Lors de ces discussions, certains jeunes vont se mettre à parler spontanément de situations difficiles qu’ils ont vécues dans leur parcours, comme une condition neuroatypique ou de l’intimidation. Ces discussions se font dans un respect mutuel. Elles donnent parfois lieu à des élans de solidarité entre les étudiants », se réjouit l’enseignante.

À travers les années, Isabelle Morin a découvert que la formation collégiale est beaucoup plus vaste que la salle de classe. « Ça prend toute une société pour instruire », rappelle-t-elle.

« Comme enseignante, quand tu oses sortir de ta classe et de t’investir avec les étudiant-e-s dans des projets parascolaires, tu te rends compte de toute la diversité et la richesse des expériences vécues au cégep », remarque-t-elle. C’est aussi en hommage aux cégeps de la province, aux enseignants et à tous les professionnels qui soutiennent à leur manière les étudiant-e-s qu’Isabelle Morin dédie son livre.

« Tous ces gens-là participent à une œuvre plus grande qu’eux-mêmes. Ils font beaucoup pour les jeunes et ils se préoccupent sincèrement d’eux. On peut être fiers de nos cégeps », conclut-elle.

Pour commander le livre, contactez les Éditions de L’Hybride.


[1] Isabelle Morin, Ma vie de cégep, confidences et réflexions d’une prof, Les Éditions L’Hybride, Québec, 2026, p.41

[2] Idem, p.48

[3] Idem, p.35

[4] Idem, p.94-95

[5] Idem, p. 121





Infolettre Le Collégial

Soyez informés de l'actualité dans le réseau collégial. L'infolettre est publiée mensuellement de septembre à mai.

Je m'inscris

Mots-clés



Infolettre Le collégial