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Le bonheur durable au Collège Dawson

2021-03-09


Par Alain Lallier


Nous connaissons tous le concept de développement durable, mais qu’en est-il du « bonheur durable » ? Cette approche est enseignée et pratiquée au Collège Dawson. Elle fait l’objet de formations et inspire le personnel enseignant, la population étudiante et toute la communauté. Nous échangeons avec Chris Adam, coordonnateur du Sustainability Office, et Selma Hamdani, professeur de psychologie au Collège Dawson.

D’où vient le concept de bonheur durable ?
C’est la Dre Catherine O’Brien qui en est l’instigatrice et qui l’a enseigné à l’Université de Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse. Chris Adam et elle se sont rencontrés en 2013 et ont décidé de développer un certificat qui pourrait être offert à Dawson aux personnes intéressées. Catherine et une équipe de Dawson ont développé un manuel de formation des animateurs.

Voici la définition du bonheur durable selon Catherine O’Brien :
« Un bonheur qui contribue au bien-être individuel, communautaire ou planétaire, n’exploite pas les autres, l’environnement ou les générations futures. »
- Dre Catherine O’Brien

Dawson offre un programme de Certificat en bonheur durable. De quoi s’agit-il ?

Les participant.e.s au certificat sont initiés au concept de bonheur durable et explorent ses implications sur les plans personnel et professionnel. Il s’agit d’un certificat expérientiel et appliqué. Les sujets clés incluent : la durabilité, la connexion avec la nature, la psychologie positive, le bien-être, le bonheur et les modes de vie sains et durables.

         Chris Adam, coordonnateur du Sustainability Office

" Un Bonheur durable, c’est chercher le bien-être de tous, sur le plan personnel et professionnel. Le programme rassemble les principes de base de la psychologie positive et du développement durable, explique Chris Adam. Le point d’entrée, c’est d’identifier ce qui vous rend heureux et de réfléchir par la suite à la façon dont ce bonheur affecte les autres et la planète. Par exemple, une pause-café est souvent mentionnée comme un moment positif de la journée, mais d’où vient le café ? Pouvons-nous acheter du café qui peut influencer positivement quelqu’un d’autre qui le cultive ? Pouvons-nous choisir le café dans des fermes où la canopée forestière est préservée et où nos oiseaux migrateurs du Québec vont en hiver ? C’est là un exemple de ce dont nous discutons, mais nous identifions aussi des situations de plus en plus complexes au travail et à la maison, et les liens peuvent aller loin!"

« Nous comprenons que les gens cherchent des expériences qui engendrent des relations positives, des expériences où les émotions peuvent être partagées et où on peut développer un sentiment d’accomplissement. Ces principes de psychologie positive sont importants dans la contextualisation de la formation, » ajoute Chris Adam.

À qui s’adressent ces formations ?
À des groupes d’enseignant.e.s ou d’employé.e.s de soutien, ainsi qu’aux leaders communautaires. Dawson essaie de créer un système d’enseignement par les pairs qui répond aux besoins des participant.e.s.

Une intégration réussie à l’enseignement

Selma Hamdani, professeure de Psychologie au Collège Dawson, a suivi la formation du certificat. Elle en a tiré des exemples concrets sur la façon« d’aller chercher et de reconnaître les petits moments de bonheur dans notre vie,ainsi que des stratégies pour maintenir notre santé mentale à long terme. Cela s’applique à n’importe quelle personne. Nous entendons souvent la devise "un esprit sain dans un corps sain". C’est pourquoi nous allons au gym pour nous tenir en forme. Ce programme est une façon de tenir son mental en bonne forme à court comme à long terme. »

Un journal personnel qui fait du bien en temps de pandémie
« Si nous voulons former des étudiants.e.s à part entière, nous ne pouvons pas éluder les aspects émotionnels, c’est dans la philosophie de Dawson, ajoute Selma. Même avant la pandémie, certains professeurs de psychologie ayant suivi la formation du certificat avaient l’intention d’inclure cette approche dans leurs cours, en particulier dans celui sur les interactions et la communication. Avec l’arrivée de l’enseignement à distance, où nos étudiantes et nos étudiants sont isolés et souffrent de cette situation, la part du bonheur durable et de la santé mentale,la psychologie positive, est devenue très importante. Nous avons utilisé l’équivalent d’un journal (Bonheur Durable Semestre-100 Journal pour étudiant.e.s.) intime créé par Dre Catherine O’Brien et Sean Murray avec le soutien du Collège Dawson et du Collèges et Instituts Canada. Ce journal a été offert gratuitement à tous les étudiant.e.s. Ils y trouvent des questions quotidiennes très simples qui les font réfléchir sur le bonheur durable, comme : "Où vous sentez-vous le plus heureux ou heureuse ?" À la fin de la session, nous avons constaté des résultats impressionnants. Les réponses étaient positives et touchantes. L’expérience est de nouveau reconduite cette session-ci.En ces temps de pandémie, d’isolement et de confinements, les moments pendant lesquels nous prenons soin de nous sont essentiels, aussi minimes ou grandioses soient-ils. »

Quand les étudiants deviennent formateurs
Le 20 janvier dernier, quatre étudiant.e.s de dernière année du programme de Techniques de gestion et d’intervention en loisir (TGIL) ont présenté un atelier aux enseignant.e.s lors de leur journée pédagogique, afin d’introduire le bonheur durable dans les salles de classe virtuelles du Collège Dawson. C’était la première fois que des étudiant.e.s faisaient une présentation à l’événement annuel de perfectionnement professionnel des enseignant.e.s de Dawson. (Lire le reportage de l'évènement)

Cette initiative de Myka Taylor, enseignante au programme de TGIL, a commencé en 2014.Myka était l’une des premières personnes à suivre le cours Bonheur durable (BD). L’année dernière, elle est devenue l’une des premières animatrices certifiées du BD au terme d’une série de formations offertes par le Bureau du développement durable de Dawson.

Des étudiant.e.s témoignent de leur vision de la BD

Anissah Vanhorn
Étudiante de troisième année en Techniques de gestion et d’intervention en loisir
« Personnellement, je pratique maintenant le BD en prenant soin de moi-même et de l’environnement. En tant qu’étudiante, je m’assure de libérer de la place dans mon horaire pour prendre soin de moi. Je prends le temps de préparer mes repas, faire l’épicerie, réparer mon vélo, et je m’assure de ne pas commander du restaurant ou de prendre un Uber parce que j’ai mal planifié mon temps. »

  Matteo Zappone
Étudiant de troisième année en Techniques de gestion et d’intervention en loisir
« La citation fondamentale selon laquelle je ne suis ni pire ni mieux que qui que ce soit m’a permis de me respecter et d’apprécier l’ensemble des gens et des choses qui m’entourent. Je suis en mesure de ressentir plus de compassion pour les autres et, ce faisant, de faire preuve de plus de bienveillance envers moi-même. En tant qu’étudiant, me montrer plus patient et continuer de voir le verre comme à moitié plein m’a permis de rester motivé et résilient en cette période que nous traversons. »

Noémie Gravel
Étudiante de troisième année en Techniques de gestion et d’intervention en loisir
« J’ai adopté le BD en prenant le temps de faire du sport, en profitant de la nature, en prenant soin des autres et en réfléchissant à ce que je consomme quotidiennement pour limiter mon impact sur l’environnement. »

La volonté de Dawson d’essaimer le Bonheur durable

Le Collège Dawson a déjà commencé à essaimer cette philosophie. Le programme a été offert à l’Université UAEM au Mexique étau Collège John Abbott à Montréal, et répond aux demandes de renseignements de l'Université Carleton. Chris Adam souhaite pouvoir offrir le programme en français et en anglais à tous les collèges du Canada. « Nous en sommes à dresser une liste des collèges francophones intéressés et préparons une proposition visant à examiner les options de financement et les ressources humaines pour bonifier notre offre, » conclut-il.

Une chanson francophone, que l’on fredonne souvent présentement, pose la question : « Il est où le bonheur, il est où ? » Au Collège Dawson, on répond à la question, et ça se veut durable…



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