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Les cinq premiers diplômés en ferronnerie d’art et forge au Québec… et les derniers?

Les nouvelles attestations d’études collégiales en métiers du patrimoine disparaissent déjà, faute de financement.

Ariane Godbout - Le Devoir

« Avec des peanuts, on a fait des miracles. Mais là, on est en train de nous enlever les peanuts », déplore Marc Douesnard, président du Conseil des métiers d’art du Québec. Alors que la première remise des diplômes du programme d’attestation d’études collégiales (AEC) en ferronnerie d’art et forge, en mai dernier, devait être une source de réjouissances, la nouvelle est assombrie par la suspension de cette formation et de sept autres AEC en métiers du patrimoine bâti, faute de financement.

Pourtant, les besoins sont criants dans le domaine : « Le patrimoine, c’est une grosse industrie en soi, [avec] beaucoup de chantiers potentiels, mais avec un gros manque de main-d’œuvre spécialisée pour faire les travaux de restauration ou d’entretien », observe M. Douesnard, qui est aussi forgeron de métier.

« Au Québec, tous métiers confondus, on n’est même pas 400 à avoir un niveau suffisant pour intervenir sur les chantiers patrimoniaux », note-t-il. Le problème est tel qu’il figurait déjà dans le rapport annuel de la vérificatrice générale en 2020, qui soulignait l’absence de vision et de stratégie concertée pour répondre aux besoins de conservation du patrimoine immobilier.

Divers outils utilisés par les forgerons

Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Divers outils utilisés par les forgerons

La solution trouvée par le gouvernement pour remédier au problème à l’époque ? La création de huit AEC en métiers du patrimoine bâti, annoncée en grande pompe le 24 août 2020 par Jean Boulet et Nathalie Roy, alors respectivement ministre du Travail et ministre de la Culture et des Communications. Des formations conçues par le Conseil des métiers d’art du Québec (CMAQ) et offertes par le cégep du Vieux Montréal, avec l’appui financier du ministère de l’Enseignement supérieur.

« Au Québec, tous métiers confondus, on n’est même pas 400 à avoir un niveau suffisant pour intervenir sur les chantiers patrimoniaux. » - Marc Douesnard

 

Des ébénistes, des tailleurs de pierre et des charpentiers se sont notamment instruits auprès d’artisans spécialisés, constituant les premières cohortes de l’histoire du Québec à suivre une formation diplômante dans des métiers traditionnels hautement recherchés. La ferronnerie d’art et de forge s’est ajoutée en 2024. Mais dès la même année, des compressions budgétaires ont mis en péril l’existence de ces formations.

Mourir à petit feu

« Dans un premier temps, il y a eu des suspensions d’un certain nombre d’AEC au cégep du Vieux Montréal », se remémore Marc Douesnard. En 2024, des coupes du ministère de l’Enseignement supérieur en formations continues ont poussé l’établissement à retirer de son offre les AEC en métiers du patrimoine bâti.

« On avait de grands défis de recrutement », explique pour sa part Éric April, directeur de la formation continue au cégep du Vieux Montréal. Selon lui, les programmes doivent normalement accueillir 17 étudiants pour couvrir leurs frais de gestion. Les AEC en patrimoine bâti n’étaient donc pas viables, financièrement, pour l’établissement.

Le Fonds de développement et de reconnaissance des compétences de la main-d’œuvre (FDRCMO), provenant du ministère de l’Emploi, a sauvé in extremis les huit formations, qui ont survécu malgré une amputation de 25 % du budget initial.

« À la fin de 2025, le CMAQ a été informé que le renouvellement du financement du FDRCMO demeurait incertain. Parallèlement, le Cégep du Vieux Montréal nous a indiqué que le soutien financier du ministère de l’Enseignement supérieur n’était toujours pas reconduit », indique Dominique Poulin, directrice du développement professionnel au Conseil des métiers d’art du Québec.

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15 janvier 2026