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De la charte des valeurs québécoises, en passant par Sotchi et les élections : on cause à Maisonneuve



                    

Entrevue réalisée par Marie Lacoursière avec Mesdames Julie Prince, conseillère en interculturel au Service du développement de l’international, de l’interculturel et des relations avec la collectivité ( à gauche), et Coquelicot Ayotte, conseillère à la vie étudiante, aux Services aux étudiants et à la communauté du Cégep Maisonneuve

Le Portail du réseau collégial s’est intéressé à un projet périscolaire mis en place durant la dernière année au Collège de Maisonneuve. Le projet a pris la forme de causeries auxquelles était convié l’ensemble de la communauté de Maisonneuve; étudiants, membres du personnel et membres de l’Éducation troisième âge. Mesdames  Prince et Ayotte étaient directement concernées par la mise en forme et l’actualisation de cette activité.

Le développement citoyen au cœur des visées éducatives du Collège

« Dans la vision du Collège de Maisonneuve, le développement citoyen des étudiants occupe une place de grande importance, ont précisé mesdames Ayotte et Prince. Le Collège favorise le développement de la culture générale de ses étudiants en encourageant le développement de leurs habiletés de communication et en favorisant l’intégration et le transfert des acquis. La promotion d’approches pédagogiques et d’activités éducatives stimulantes et diversifiées est donc encouragée chez-nous, afin de permettre, le plus souvent possible, des ponts entre les programmes d’études. »

C’est en fonction de cette préoccupation, que les Services aux étudiants et à la communauté, le Service du développement de l’international, de l’interculturel et des relations avec la collectivité et des enseignants se sont conjointement mis à la recherche de moyens, d’occasions et de lieux qui pourraient contribuer au développement de l’esprit critique et de l’expression d’opinions chez les étudiants. C’est dans ce cadre que l’idée des causeries a pris racine dans le milieu. Le principe des causeries s’articule autour de professeurs de différentes disciplines qui jettent un regard critique et pluridisciplinaire sur un sujet d’actualité ou un événement d’envergure où le débat est souvent polarisé et complexe. Les professeurs présentent alors une analyse du sujet, à travers l’angle de leur champ disciplinaire respectif. 

« Il est rapidement devenu évident que la meilleure façon de faire pour atteindre nos objectifs était de rassembler des enseignants de disciplines différentes autour de thèmes précis et de créer des espaces de réflexion propices aux échanges. Nous souhaitions que les participants puissent parfaire leurs connaissances, mais également se forger une opinion plus éclairée sur des sujets d’actualité. Des professeurs de divers domaines d’études ont offert leur collaboration et c’est donc en équipe que la mise en place des échanges a pris forme », a expliqué madame Ayotte.

Des causeries centrées sur des sujets de l’heure

Quatre causeries ont donc eu lieu depuis le début de l’année, s’intéressant à des sujets de l’heure. La première a porté sur le projet de charte des valeurs québécoises (projet de loi 60) et a été réalisée dans le cadre du programme Soutien à l’intégration des communautés culturelles et à l’éducation interculturelle au collégial issu du ministère de l’Enseignement supérieur, Recherche, Science et Technologie. Il était important pour les organisateurs d’aborder cet enjeu de société qui soulevait divers questionnements dans la communauté. Toutefois, l’idée n’était pas d’en faire un débat, mais plutôt d’offrir un espace de réflexion et d’échange pour permettre aux participants de poursuivre leur analyse sur le sujet et de se forger une opinion plus éclairée.

La causerie a donc réuni sept professeurs de sociologie, philosophie, histoire, politique, économie et droit. Sous l’angle de leur discipline, les professeurs ont présenté différentes perspectives afin de mettre en relief le projet de charte (projet de loi 60) pour mieux comprendre dans quel cadre il s’inscrivait. Il a notamment été question des grandes étapes historiques entourant le processus de sécularisation du Québec, des conceptions libérales et républicaines de la laïcité, du rapport à la religion et du concept de liberté au Québec et en Amérique du Nord, des enjeux de l’immigration et d’accommodements raisonnables.

À la session d’hiver, avec la tenue des Jeux olympiques de 2014 en Russie, il apparaissait important pour le milieu d’offrir un espace de réflexion en marge des Jeux, car ceux-ci soulevaient plusieurs questionnements. Ainsi, deux causeries ont été organisées : la première portant sur les enjeux éthiques, politiques, économiques et sociaux des Jeux olympiques; et la seconde sur les enjeux liés à la santé physique et mentale des athlètes olympiques. Pour l’occasion, huit professeurs d’histoire, philosophie, politique, psychologie, éducation physique, soins infirmiers et diététique ont présenté une analyse des enjeux sous l’angle de leur champ disciplinaire.
Dans le cadre de la première rencontre, les professeurs ont jeté un regard critique sur l’envers de la médaille des Jeux olympiques en abordant trois grands thèmes : Les Jeux olympiques de Sotchi : Pierre de Coubertin serait-il fier?; Les Jeux olympiques : apolitiques?; Écouter et diffuser les JO, est-ce les cautionner? Une semaine plus tard, lors du deuxième rendez-vous, cinq grands sujets ont été abordés par les professeurs : le contrôle social, la médicalisation des athlètes et la valorisation des corps-machines; les enjeux nutritionnels chez les athlètes; la vie quotidienne d’un athlète olympique et les défis auxquels il fait face; la performance et l’entraînement excessif; les conséquences psychologiques du sport de haut niveau chez les athlètes et du deuil de la carrière olympique.

Enfin, la tenue des élections en avril 2014 a suscité l’organisation d’une quatrième causerie. Pour l’occasion, cinq professeurs de politique, sociologie et mathématiques ont jeté un regard pluridisciplinaire sur cet événement de l’actualité. On y a traité du fonctionnement d’une campagne électorale, des sondages préélectoraux et de leur fiabilité, du mode de scrutin québécois et on s’est questionné sur le droit de vote, son application et sur les autres actions citoyennes à poser.

Des échanges qui permettent l’éclatement des frontières et des connaissances

Ces échanges communautaires sont très bien reçus par l’ensemble de la communauté.
Selon madame Ayotte, leur mise en œuvre et leur déroulement ont donné lieu à la création d’un concept d’échanges qui répond bien aux besoins et aux intérêts de la collectivité. 

« L’apport pluridisciplinaire des événements leur donne un caractère unique. Il permet l’éclatement des frontières et des connaissances. Cette façon de faire repose sur la collaboration d’enseignants concernés et convaincus, ce qui en décuple les effets », souligne madame Prince. Les causeries permettent aux étudiants de participer à une réflexion collective sur des sujets qui les interpellent, d’actualiser leurs apprentissages à travers un thème de l’actualité et d’avoir accès à des savoirs et à des disciplines qu’ils n’abordent pas nécessairement dans le cadre de leur formation, mais qui peuvent les intéresser et leur être utiles en tant que citoyens.

La formule des causeries a été un succès dans le milieu et s’avère être un exemple de pratique collaborative entre professeurs de diverses disciplines et membres du personnel de différents services. L’activité s’est d’ailleurs vu attribuer la mention d’honneur de l’AQPC, à travers l’une des enseignantes du projet, Olga Lucio.
Mesdames Prince et Ayotte sont fières des effets positifs de ces activités initiées au Collège de Maisonneuve et souhaitent que ces initiatives se poursuivent dans les années à venir.



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