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La diversité sexuelle et de genre : la reconnaître et la valoriser au cégep

2021-03-14


Par Élise Prioleau

Les personnes issues de la diversité sexuelle et de genre sont parmi les plus visées par la discrimination dans les milieux collégiaux, selon un dossier récent publié par le CAPRES. Les défis auxquels sont confronté les étudiants LGBTQ+ interpellent de plus en plus les directions d’établissement. Que reste-t-il encore à faire pour offrir à ces étudiants un climat d’études sécuritaire et valorisant?

Au Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue, des toilettes non genrées ont été inaugurées en 2016 dans le cadre de la Semaine de la diversité. Un changement de symbole qui a permis aux étudiants trans d’accéder aux toilettes sans craindre l’incompréhension ou l’intimidation. Plus tard, en 2018, un comité étudiant pour la diversité sexuelle a été mis sur pied pour favoriser un milieu collégial ouvert, sécuritaire et soutenant pour tous les étudiants, peu importe leur identité de genre et leur orientation sexuelle. La travailleuse de milieu Édith Bérubé-Quesnel est l’instigatrice de ces projets, menés en collaboration avec des étudiants du Cégep.

Édith Bérubé-Quesnel, travailleuse de milieu au Cégep de l'Abitibi-Témiscamingue

« Un des buts premiers du Comité pour la diversité était de rendre visible cette communauté-là dans le Cégep. Il s’agissait aussi d’afficher notre ouverture en tant qu’institution », explique l’intervenante. Depuis, Édith Bérubé-Quesnel observe que la cause des étudiants LGBTQ+ a fait son chemin au Cégep. « Les enjeux de la diversité sexuelle et de genre font aujourd’hui partie des préoccupations de la direction », se réjouit-elle. « Cette année, j’ai été consultée pour que les nouvelles installations sportives tiennent compte des besoins des personnes en transition de genre. Par exemple, pour répondre à leur besoin d’intimité dans les vestiaires. » Le Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue est l’un des premiers cégeps en région à se doter de mesures concrètes pour soutenir et valoriser la diversité sexuelle et de genre. À ce titre, le Cégep est cité comme exemple inspirant dans le dossier CAPRES, Diversité sexuelle et de genre en enseignement supérieur.

Rappelons que 30% des personnes LGBTQ+ craignent pour leur sécurité en milieu scolaire, selon une recherche menée en 2018 à l’Université du Québec à Montréal.2 Heureusement, des solutions existent. Le dossier CAPRES préconise trois niveaux de reconnaissance de la diversité sexuelle et de genre dans les établissements d’enseignement supérieur : institutionnel et administratif, dans la classe et au niveau des services offerts.

 

« Les gestes qui restent à poser, c’est souvent juste un changement de mot dans la politique pour être plus explicite. Des gestes symboliques simples peuvent faire toute la différence dans le cheminement des étudiants LGBTQ+. »

-Marie-Édith Vigneau, responsable du Projet du réseau collégial visant à lutter contre l’homophobie et la transphobie en enseignement supérieur à la Fédération des cégeps

 

La reconnaissance institutionnelle
Les initiatives pour favoriser la reconnaissance des personnes LGBTQ+ dans les cégeps sont encore souvent issues de l'implication individuelle d'étudiants ou d'intervenants. « L’objectif est de sensibiliser le personnel administratif des cégeps. Nous souhaitons qu’il y ait davantage d’initiatives soutenues par les directions », selon Marie-Édith Vigneau, responsable du Projet du réseau collégial visant à lutter contre l’homophobie et la transphobie en enseignement supérieur à la Fédération des cégeps.

Marie-Édith Vigneau, responsable du Projet du réseau collégial visant à lutter contre l’homophobie et la transphobie en enseignement supérieur à la Fédération des cégeps

« La plupart des cégeps ont une politique antidiscriminatoire, mais ce n’est pas tous les établissements qui font mention du respect de la diversité sexuelle et de genre dans leur politique. Les gestes qui restent à poser, c’est souvent juste un changement de mot dans la politique pour être plus explicite. Des gestes symboliques simples peuvent faire toute la différence dans le cheminement des étudiants LGBTQ+. »

Marie-Édith Vigneau a été embauchée en 2019 par la Fédération des cégeps dans le cadre d’un projet de lutte contre l’homophobie et la transphobie en enseignement supérieur. Elle a participé à la mise sur pied d’une formation offerte aux équipes de direction des cégeps. La formation vise à faire mieux comprendre la diversité liée au sexe, au genre et à l'orientation sexuelle. Elle propose des bonnes pratiques institutionnelles et des mesures destinées au personnel. Parmi les mesures proposées aux établissements dans le dossier CAPRES (2020), on retrouve le fait de faciliter le changement de prénom au dossier des étudiants, créer des espaces non genrés, créer des associations LGBTQ+ et rendre accessible le processus de plainte pour ces étudiants.

« Se défaire des stéréotypes issus du modèle hétérocisnormatif, c’est un défi », reconnaît Marie-Édith Vigneau. Elle voit, cependant, une volonté réelle de comprendre la réalité de ces étudiants qui ne répondent pas aux normes en matière de genre et de sexualité et de soutenir leur réussite. « Les intervenants sont très réceptifs. Je vois un changement d’attitude chez les directions des cégeps. Ça me donne beaucoup d’espoir. » Sur les 48 collèges publics membres de la Fédération des cégeps, le personnel administratif de 17 établissements ont suivi la formation. Des groupes de discussion sont également offerts aux enseignants.

 

« C’est important que tous les étudiants puissent faire leur parcours scolaire tout en étant eux-mêmes. »

- David-Alexandre Desrosiers, ancien étudiant et membre fondateur du Comité pour la diversité du Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue

 

Mieux inclure dans la classe
En tant qu’enseignant ou enseignante, par où commencer pour bien accueillir les étudiants issus des communautés LGBTQ+? Selon Marie-Édith Vigneault, leur donner une visibilité est un bon point de départ. « Il s’agit d’inclure des exemples issus de la diversité sexuelle et de genre dans le contenu pédagogique. Par exemple, en travail social, un enseignant pourrait choisir de présenter à ses étudiants un cas de figure où il est question d’un couple homosexuel ou d’une personne non genrée », mentionne-t-elle. « Parfois, certains enseignants essaient de donner une visibilité, mais de manière maladroite. Je préfère que les gens se trompent, mais continuent d’essayer et d’apprendre. »

Les enseignants peuvent également s’informer auprès de leurs étudiants du pronom qu’ils utilisent (il, elle, etc.), comme le suggère la formatrice. « Au début de la session, il de demander aux étudiants de confirmer de manière confidentielle leurs pronoms. L’enseignant(e) peut également demander à ses étudiants de lui faire part de toute modification à apporter au nom tel qu’il apparaît sur la liste des étudiants. Ceci peut être fait tout simplement par courriel », explique-t-elle. «Le fait de démontrer une ouverture aux étudiants peut faire toute la différence pour certains étudiants, qui autrement n’oseraient pas aborder le sujet avec l’enseignant ou l’enseignante. »

David-Alexandre Desrosiers, ancien étudiant et membre fondateur du Comité pour la diversité du Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue

Offrir une visibilité et une reconnaissance positive aux étudiants et étudiantes issus de la diversité sexuelle est fondamental pour assurer leur bien-être, selon David-Alexandre Desrosiers, ancien étudiant et membre fondateur du Comité pour la diversité du Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue. « C’est important que tous les étudiants puissent faire leur parcours scolaire tout en étant eux-mêmes. Je pense que s’il y avait eu ce comité-là dès mon arrivée au Cégep, ça aurait facilité mon cheminement personnel », reconnaît-il. Le comité du campus de Rouyn-Noranda a été fondé par deux étudiants. Quatre ans plus tard, ils étaient plus de quinze à s’y impliquer activement. « Le fait d’avoir un lieu pour se rassembler a attiré des gens qui autrement seraient restés isolés. Le comité a rempli ses missions : offrir un milieu ouvert pour les gens issus de la diversité sexuelle et sensibiliser la communauté collégiale », se réjouit-il.


1CAPRES (2020). Diversité sexuelle et de genre en enseignement supérieur. Québec. En ligne : http://www.capres.ca/dossiers/diversite-de-genre
2Blais, M., Philibert, M., Chamberland, L. et l’Équipe de recherche SAVIE-LGBTQ (2018). Rapport de recension des écrits sur les indicateurs d’inclusion et d’exclusion des personnes LGBTQ+. Savoirs sur l’inclusion et l’exclusion des personnes LGBTQ (SAVIE-LGBTQ), Université du Québec à Montréal.

 



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