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Comment favoriser la réussite des parents-étudiants

2021-04-03


 Par Marie Lacoursière


Pionnier dans le réseau pour ce type d’interventions, le service Parents-études du Cégep Limoilou existe depuis 30 ans. Les parents qui étudient y trouvent une reconnaissance institutionnelle de leur statut (le code P), des services de gardiennage, du soutien-conseil, de l’aide financière sur mesure, ainsi que des ateliers pour les outiller à concilier les études, la famille et le travail ; bref, une gamme de mesures pour les aider à obtenir leur diplôme.

Si on assiste à un balbutiement de regroupement de mères aux études dès 1989 pour partager des services, c’est au tournant des années 1990 qu’un service de gardiennage s’organisera à la suite de l’embauche d’une des mamans à temps partiel. En 2007, grâce à l’engagement de trois ressources en techniques de travail social, le service prend son envol et assure une pérennité des services. Le programme Parents-études fait partie du service de l’aide financière et d’action communautaire du cégep. Étienne Giguère en est responsable avec ses deux collègues techniciennes qui se partagent les mandats.

          Étienne Giguère, technicien en travail social au Cégep Limoilou

Une reconnaissance institutionnelle avec le code P
« Le collège accorde le code P aux étudiantes et aux étudiants qui font la preuve de responsabilités parentales. Il va de soi que les mamans qui ont déjà des enfants profitent de cette reconnaissance, précise Étienne Giguère mais le père qui fait la preuve de responsabilités parentales peut aussi être reconnu. Nous considérons la responsabilité parentale dès qu’il existe une garde partagée à 50 %. Les futurs parents d’un projet en gestation confirmé sont soutenus selon leurs besoins. Une fois le statut reconnu, le système de gestion informatique Clara intègre une mention spéciale, et le "code P” est inscrit au dossier de l’étudiant ou de l’étudiante. Les professionnels (API et autres) et les professeurs sont ainsi informés que ces étudiants et étudiantes ont des responsabilités parentales et sont admissibles aux demandes d’accommodements et autres. »

Le plus demandé, le service de gardiennage
Malgré la pandémie, le gardiennage demeure le service le plus demandé. Parents-études garantit un service de gardiennage à 7 $/heure jusqu’à concurrence de 25 heures par session, et ce, indépendamment de la situation financière de l’étudiant ou de l’étudiante. « Nous considérons également les cas particuliers. Par exemple, si vous avez des enfants de moins de 12 ans nécessitant du gardiennage additionnel, notre service peut rembourser les frais selon vos besoins particuliers (stages, situation monoparentale, etc.), explique Étienne Giguère. Jusqu’à 50 heures additionnelles de gardiennage par session peuvent ainsi être obtenues. En fait, ce nombre d’heures additionnelles est tributaire de l’évaluation du besoin et de la situation financière du parent qui en fait la demande."

"Un simple virement bancaire suffit pour en couvrir les frais. En situation hors pandémie, le service dispose d’une banque de gardiennes, de jeunes étudiantes du cégep qui aiment être avec des enfants et qui désirent quelques revenus d’appoint. Une page Facebook privée et dédiée aux étudiants-parents, aux gardiennes et aux employés de Parents-études rend la gestion du gardiennage simple et autonome. »


En matière de conciliation famille-études, le programme Parents-études du Cégep Limoilou figure comme exemplaire dans la publication La conciliation famille-études au niveau collégial : comment favoriser l’accès aux parents-étudiants? Produit par le Regroupement des groupes de femmes de la région de la Capitale-Nationale dans le cadre du projet « Préparer la réussite des filles et des jeunes femmes », le document se veut un guide de référence pour les établissements d’enseignement supérieur concernant la mise en place de mesures de conciliation famille-études.


Plusieurs adultes qui reviennent aux études
Les personnes-ressources du service soutiennent les étudiants et les étudiantes dans la conciliation de leur vie familiale, leurs études et, bien souvent, leur travail. Ces services-conseils s’avèrent importants en début du parcours scolaire, alors que l’adaptation demande plus d’organisation. « Plusieurs étudiants et étudiantes ont connu une période d’arrêt dans leurs études. La moyenne d’âge gravite autour de 35 ans. La plupart des étudiantes ont déjà une certaine maturité, même si leurs enfants peuvent être relativement jeunes. Cette moyenne d’âge plus élevée au Cégep Limoilou peut s’expliquer par le fait que les services sont également offerts aux étudiantes de la formation continue. Les étudiantes en Soins infirmiers sont d’ailleurs fortement représentées. Dans le contexte actuel, nous recevons également des adultes qui travaillaient dans des domaines difficiles en matière d’emploi et qui reviennent aux études. Récemment, une femme s’est inscrite à une AEC de courte durée en Génie civil dans le domaine de la construction. Une autre, qui travaillait dans le domaine de l’informatique, a choisi une formation de perfectionnement, son employeur l’ayant temporairement mise à pied. »

À l'avant, de gauche à droite :
Nancy Tousignant, travailleuse sociale et responsable du Service
Annick Minville, technicienne en travail social
Julie Tousignant, agente administrative

À l'arrière, de gauche à droite :
Annie Coulombe, agente administrative
Étienne Giguère, technicien en travail social
Nancy Dumont, technicien en travail social

Une aide financière sur mesure : des cartes d’épicerie et des équipements informatiques
Les personnes-ressources du service s’occupent non seulement des demandes de prêts et bourses des étudiants et étudiantes, mais font également beaucoup de dépannage. « Il existe plusieurs situations où les prêts et bourses ne suffisent pas. Nous offrons alors un service de dépannage. Nous avons la chance de compter sur la Fondation du Cégep, où une enveloppe spéciale est consacrée aux étudiants-parents. Nous pouvons leur offrir du soutien alimentaire, financier et matériel. En ce moment, par exemple, nous aidons de nombreux étudiants et étudiantes avec des cartes d’épicerie. Mensuellement, cela représente des montants variant de150 à 300 $ par étudiant.e. Un des impacts majeurs de la pandémie demeure la hausse du prix des aliments. Nous les aidions auparavant, mais nous les aidons davantage maintenant. Nous offrons également des montants forfaitaires dans le cadre de situations précises, telle l’acquisition de matériel informatique plus coûteux. Nous disposons également d’un parc d’ordinateurs portables usagés. Notre objectif est toujours de permettre aux étudiantes et aux étudiants de réussir, d’avoir accès aux cours et de diminuer les soucis rattachés à l’informatique. »

Bon an, mal an, c’est plus de 30 000 $ que la Fondation investit pour répondre à ces besoins. Pendant une dizaine d’années, la Fondation Lucie et André Chagnon a établi un partenariat avec la Fondation du Cégep Limoilou. Durant les cinq premières années, leur contribution annuelle s’élevait à 20 000 $. En 2012, le montant annuel a été haussé à 30 000 $. À l’automne dernier, un groupe de femmes d’affaires et les Caisses Desjardins de Limoilou et de Charlesbourg se sont engagés pour cinq ans afin de financer plusieurs activités.

Des ateliers pour mieux concilier les études, la famille et le travail
Un vendredi par mois, le service organise des soupers parents-enfants suivis d’ateliers pour les parents. « Nous les recevons vers 17 heures. Nous commandons de la pizza pour tout le monde. Après le souper, des gardiennes jouent au gymnase avec les enfants pendant que les parents suivent un atelier sur un sujet les concernant, comme le réseautage. L’idée,c’est de leur faire comprendre l’importance du réseau. J’ai mené une étude sur les facteurs de réussite des étudiants-parents. En tête de liste des critères déterminants apparaît la motivation encouragée par le réseau des proches, conjoints, parents et amis. Le soutien du conjoint ou de la conjointe est l’un des facteurs importants de la réussite. Un autre atelier porte sur la gestion du temps. Nous rappelons l’importance de bien dormir, d’avoir des loisirs, de bien manger, d’évaluer les temps de déplacements et les imprévus. Actuellement, à cause de la pandémie, ces ateliers ont été interrompus. Comme les cours se donnent principalement à distance, la ligne de conduite du collège nous incite à ne pas multiplier les activités en ligne. »

Pour conclure, Étienne Giguère précise que, parmi les ingrédients essentiels à la réussite d’un tel service, une forte sensibilité du Collège à la dynamique particulière des parents-étudiants est essentielle, tout comme la volonté d’offrir des ressources humaines de soutien compétentes et des ressources financières suffisantes de la part du Cégep et de la Fondation.
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Note
Dans son avis sur la réussite (PDF), la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) consacre un chapitre aux parents-étudiants.Pour répondre à cette problématique, la FECQ recommande que « les établissements d’enseignement adoptent une politique institutionnelle sur les parents-étudiants, afin d’y réunir l’ensemble des modalités mises en œuvre pour faciliter leurs conditions d’études et, conséquemment, leur réussite. » Une telle politique pourrait contenir une panoplie de modalités visant à simplifier les conditions d’études des parents-étudiants, telles que :
• L’institution de la cote P, permettant à un parent-étudiant de s’identifier rapidement   auprès de tous les membres du personnel du cégep ;
• Des bourses d’études pour réduire la charge fiscale ;
• L’instauration d’un comité chargé de veiller à l’amélioration continue des conditions d’études des parents-étudiants et de l’application de la politique ;
• Des assouplissements quant aux modalités d’évaluation, au besoin ;
• Un service de garde à même l’établissement d’enseignement ou à proximité.
    Voir : Politique de conciliation travail-famille-étude, version annotée (PDF)

Le Portail tient à remercier Claudie Lévesque de la FECQ pour ses précieuses informations sur cette question.

 



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