Dossiers / Vie collégiale / Vie étudiante

Sans sport, la réussite des étudiants-athlètes est mise à risque

2020-12-31


Par Alain Lallier


Entretien avec Gustave Roel, président-directeur général du Réseau du sport étudiant du Québec (RSEQ)

Une suite de gels, de reports et d’annulations
Depuis que le gouvernement a annoncé le 15 mars dernier la fermeture de tous les établissements d’enseignement, le conseil d’administration du Réseau du sport étudiant du Québec(RSEQ) a pris plusieurs décisions relatives aux opérations au niveau du sport étudiant scolaire, collégial et universitaire : arrêt des activités en mars, annulation des championnats collégiaux du printemps, élaboration d’un guide respectant les normes de santé publique à l’été, suspension des activités jusqu’au 1er septembre, modification des calendriers des matchs pour tenir compte des codes de couleur régionaux et arrêt de toutes les compétitions des sports d’automne, football, soccer, golf et cross-country, le 6 octobre dernier. Pour l’ensemble des disciplines annuelles ou intérieures, la décision a été reportée au mois de janvier.

Comment faire pour diminuer les risques encourus par les activités sportives ?
Dès l’été, le RSEQ avait formé avec le ministère un comité mixte qui a travaillé sur les risques inhérents à l’activité sportive de manière à les diminuer. « Nous savons depuis le début de la pandémie que le risque zéro est inexistant et qu’il le demeurera pour les deux prochaines années, précise Gustave Roel. La santé publique le répète constamment .Nous en avons assurément pour deux ans de gestion de COVID. La question est posée : comment faire pour diminuer les risques encourus par les activités sportives dans ce contexte ? En particulier au niveau du football, ce qui inquiétait beaucoup les médecins était le transfert des liquides biologiques, dont la salive. Le fait que les joueurs manipulent leur protecteur buccal fait en sorte qu’en le remplaçant, on met de la salive dans la main pour toucher inévitablement les autres joueurs par la suite. Le comité a consulté l’ensemble des disciplines sportives pour tenter de faire des recommandations qui ont été transmises à l’ensemble des fédérations sportives qui ont adopté des réglementations. Au football, la fédération a adopté une règle voulant que le joueur qui manipule son protecteur buccal sur le terrain quitte le terrain pour aller se laver les mains et revenir. Le guide a servi dès le départ. Au Vieux Montréal, un étudiant ayant été déclaré positif, les règles ont été appliquées et l’équipe a dû cesser ses activités. »

"Nous savons depuis le début de la pandémie que le risque zéro est inexistant et qu’il le demeurera pour les deux prochaines années" - Gustave Roel

Pour les étudiants-athlètes, le sport est une motivation pour aller à l’école
L’arrêt des activités sportives touche 230 000 élèves et étudiants dont 11 000 étudiants-athlètes du réseau collégial et 4000 de niveau universitaire. « Dans nos échanges avec la ministre Charest, explique monsieur Roel, il a été convenu qu’il ne s’agissait pas de décisions sportives, mais de gestion de risques. Nous avons rapidement jaugé la grande détresse psychologique de ces jeunes. Il faut comprendre que chez ces jeunes étudiants-athlètes, leur vie et leur horaire sont organisés en fonction du sport. Pour eux, c’est une motivation d’aller à l’école. Je rappelle que les étudiants qui font du sport étudiant ont des obligations et ne pas échouer à l’école pour faire du sport devient la motivation de devoir réussir. Le fait de ne plus avoir le sport leur enlève des repères. Les directeurs de sports des collèges nous signalent les risques au niveau de la santé mentale de ces jeunes. Ils perdent leurs repères et se trouvent isolés, car leurs cours sont à distance. Ils n’ont plus l’occasion de se retrouver en groupe. »

Renforcer la défense contre la COVID en gardant la dynamique de groupe
Le RESQ estime quede conserver la dynamique de l’équipe sportive permettrait de renforcer la défense contre la COVID. Pourquoi ? « Parce qu’à l’automne, très peu d’équipes ont connu une éclosion COVID. Entre eux, s’ils voulaient jouer, les joueurs se sont donné les mots d’ordre de se protéger et de protéger leurs collègues. Avec l’arrêt des activités, même la motivation de contrer la contagion s’est estompée. La motivation scolaire est en péril.L’isolement est problématique, elle met à risque la santé mentale et instaure une perte de cohésion pour contrer la contagion. »

"Avec l’arrêt des activités, même la motivation de contrer la contagion s’est estompée. La motivation scolaire est en péril." - Gustave Roel

Sans sport, la réussite est mise à risque
Dans le contexte actuel, le leitmotiv du RSEQ : « la réussite éducative par le sport » prend tout son sens. Sans sport, la réussite est mise à risque. Gustave Roel souligne que les directeurs des services aux étudiants sont inquiets au sujet des abandons à partir du moment où l’obligation de ne pas annuler les cours pour jouer dans l’équipe est disparue. Les responsables sont inquiets quant au nombre de jeunes qui poursuivront leurs études ou annuleront des cours.

Des solutions alternatives ?
Depuis le début de cette crise, le RSEQ cherche à donner des occasions positives aux étudiants dans un contexte sécuritaire. « Conjointement avec les établissements qui sont ultimement les décideurs, la préoccupation pour la santé mentale est prioritaire et préoccupante. À l’heure actuelle, tout ce qui est possible, c’est l’entraînement individuel à deux personnes, en gardant une distanciation de deux mètres. La course à l’extérieur est possible, mais la majorité des sports se pratiquent avec contacts. Les collèges ont mis en place des mesures pour accompagner leurs étudiants. « Nous avons à cet égard déposé au ministère un projet pour stimuler à distance les étudiants, sous forme d’une application téléphone-WEB. Ce projet est cependant toujours en attente de confirmation ».

Le défi : mettre en place des occasions qui permettront à ces jeunes de reprendre le goût à l’activité physique.
« Nous sommes tous conscients que la problématique actuelle est complexe pour tous : les gouvernants comme les responsables sportifs. Mais, je sens que tous ont la même préoccupation, celui de rendre la vie la plus facile possible aux étudiants. Même si nous passons par toutes sortes de haut, de bas et d’émotions, je sens vraiment cet engagement-là de la part des responsables. Nous tentons sérieusement de mettre en place des occasions qui permettront aux jeunes de reprendre le goût à l’activité physique. Nous ne sommes plus dans un mode de compétition. Elle viendra dans un deuxième temps. Pour l’instant, c’est de faire des activités sportives sécuritaires qui importent  », conclut-il.



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