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Une norme nationale pour la santé mentale au collégial

2021-09-30


Par Élise Prioleau

La Norme nationale du Canada sur la santé mentale et le bien-être des étudiants du postsecondaire circule dans les cégeps depuis mars 2020. Elle propose des principes, recommandations et modèles qui permettront aux établissements de faire le point sur leurs plans de match en santé mentale. Un an après sa publication, que devient aujourd’hui cette initiative ?

Il s’agit de la première norme du genre au monde. Le document conçu par la Commission de la santé mentale du Canada (CSC) expose entre autres des principes directeurs et des modèles stratégiques pour aider les établissements à mieux soutenir la santé mentale des étudiants.

        Amy Fogarty, gestionnaire à la Commission de la santé mentale du Canada.

La norme circule depuis un an dans le réseau collégial, et particulièrement auprès du personnel des Services à la vie étudiante. « Il y a un intérêt pour la norme partout au pays. 123 établissements au Canada, dont une douzaine au Québec commencent dès à présent à travailler avec le document. Depuis un an, il a été téléchargé 1500 fois dans le pays, dont 270 fois au Québec », mentionne Amy Fogarty, gestionnaire à la Commission de la santé mentale du Canada.

Au cœur de la Norme figurent six principes directeurs. Le premier cite l’importance d’inclure les étudiants comme partenaires dans une stratégie en santé mentale. Le  second principe évoque l’importance de tenir compte de la diversité et l’inclusion de toutes les communautés, notamment LGBTQ+. Vient ensuite le principe selon lequel le cadre en santé mentale devrait reposer sur des données probantes, de la recherche, de l’expérimentation et des savoirs variés, notamment autochtones. Le cinquième principe repose sur une approche qui vise à promouvoir la santé auprès des individus et à réduire autant que possible les dommages potentiels dans l’environnement des étudiants.

Le sixième et dernier principe valorise la création d’une communauté et une culture du bien-être dynamiques. « Cela exige d’agir de manière proactive et intentionnelle pour créer des communautés autonomes, connectées et résilientes qui favorisent une éthique de soins, de compassion, de collaboration et d’action communautaire », stipule la norme.

Cet, automne, le déploiement du Plan d'action sur la santé mentale étudiante à l'enseignement supérieur promis par Québec devrait encourager les établissements à bonifier leurs mesures en santé mentale, notamment à travers la mise en œuvre de la Norme. D’autant plus qu’une enveloppe budgétaire de 60 millions de dollars sur cinq ans est prévue pour améliorer la santé et le bien-être des étudiants et du personnel. S’ajoute à cela le Fonds postsecondaire Bell Cause pour la cause, qui offrira cet automne un don de 25 000 $ à 123 établissements canadiens pour mettre en œuvre la Norme.

Pour se familiariser avec la Norme, il est suggéré de lire la Trousse de démarrage, qui résume les étapes à suivre pour entreprendre un diagnostic dans son établissement et mettre en œuvre de nouvelles stratégies pour renforcer la santé mentale des étudiants.

Une collaboration pancanadienne
La Norme a été créée en collaboration avec le groupe Canadian Standard Association (CSA). Pendant deux ans, des consultations ont été menées auprès d’étudiants, d’administrateurs d’établissements, des représentants du domaine de la santé et des personnes aux prises avec des troubles de santé mentale. Au total, quelque 17 000 commentaires ont été compilés. La norme a été rédigée par de nombreux intervenants issus des différents milieux consultés. Édith Joyal, chargée de projet à la Fédération des cégeps a fait partie du comité technique de rédaction de la Norme. Elle représentait le volet de gestion des cégeps, car à cette époque-là elle était directrice adjointe des études au Collège Ahuntsic.

        Édith Joyal, chargée de projet à la Fédération des cégeps

« Lors de la rédaction de la Norme, on a parcouru le Canada. Au North Alberta Institute of Technology (NATE), j’ai eu l’occasion de découvrir un concept qui existe très peu au Québec. L’institut a mis en place un lieu de repos ou de recueillement disponible pour les étudiants et le personnel. Un espace calme qui favorise la réduction du stress. Ça a posé un défi de traduire pour les Québécois la vision anglophone de ce lieu méditatif, qui pourrait connoter à tort la religion. Dans la vision anglophone, ce type de lieu est davantage associé, par exemple, aux pratiques culturelles autochtones. Ce concept de lieu sécuritaire et apaisant commence à se développer au postsecondaire. »

Le Collège de Bois-de-Boulogne
Dans ce cégep montréalais, la Norme fait maintenant partie du Plan de développement stratégique.

        Guillaume D’Amours, directeur de la vie étudiante et de la réussite éducative.

« La Norme a été pour nous un modèle stratégique. Je vois la Norme comme un prétexte à la discussion. Elle repose sur la science et nous indique ce qu’on devrait faire pour améliorer la santé mentale et le bien-être de nos étudiants. Nous avons commencé par faire un diagnostic de nos pratiques et identifier certains défis que nous avons encore à relever. Par la suite, nous avons imaginé différents projets », relate Guillaume D’Amours, directeur de la vie étudiante et de la réussite éducative.

Parmi la douzaine de projets sur la table à dessin du collège, mentionnons celui du chien d’assistance Albert. « Dès cette année, ce chien formé pour intervenir auprès des étudiants et du personnel travaillera avec une intervenante deux demi-journées par semaine », explique M. D’Amours.

Le Service aux étudiants entend également améliorer le fonctionnement de son guichet d’accueil psychosocial, afin de mieux accueillir et accompagner les étudiants aux prises avec une problématique en santé mentale. « On veut que le bien-être devienne un élément important de la culture institutionnelle au Collège. Pour se faire, on veut tirer avantage de la force du nombre. Cela veut dire travailler en synergie avec les différents intervenants, y compris les enseignants qui sont en première ligne auprès des étudiants. »


1. Santé mentale et bien-être pour les étudiants du postsecondaire, Norme nationale du Canada, Commission de la santé mentale du Canada, Conseil canadien des normes, Toronto, 2020, p.17. Accédez à une copie de la norme en cliquant ici.

 



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