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Des étudiants surchargés et en réflexion identitaire

Il y a 3 jours


Par Élise Prioleau
 

Quelles épreuves psychologiques rencontrent les étudiants et étudiantes cet automne ? Comment vivent-ils les études à distance ? Des professionnels des services psychosociaux témoignent. 

À la mi-parcours, plusieurs psychologues des quatre coins du Québec observent un phénomène nouveau de surcharge de travail chez les étudiants. Une surcharge due à l'adaptation rapide à des pratiques éducatives nouvelles. «Dans le contexte des études à distance, plusieurs étudiants rencontrent des défis d’organisation. Pour certains, structurer leur horaire d'études ainsi que l'écoute de leurs cours en mode asynchrone, ça pose un défi en terme de gestion du temps et de motivation, selon les professionnels des services psychosociaux auxquels j’ai parlé», résume William Lessard-Morin, vice-président aux communications à la Fédération du personnel professionnel des collèges (FPPC-CSQ). 

Cette année, les demandes des étudiants sont plus nombreuses et arrivent plus tôt que d’habitude dans la session, selon des psychologues membres de la Fédération du personnel professionnel des collèges. Les défis les plus souvent rencontrés par les étudiants collégiaux sont le stress, l’anxiété, la fatigue et la perte de motivation due à l’isolement. Ces symptômes sont vécus plus intensément cette année, selon les professionnels.

 

William Lessard-Morin, vice-président aux communications à la Fédération du personnel professionnel des collèges (FPPC-CSQ).

Surcharge de travail et stress
Au Cégep de Saint-Jean-sur-Richelieu, 69 interventions sur 240 sont reliées à des problèmes de stress. Un stress bel et bien exacerbé par la surcharge cognitive vécue par les étudiants cet automne, confirme Anne-Marie Nantel, conseillère d’orientation et aide pédagogique individuelle (API). « Les études à distance demandent une adaptation hors du commun, étant donné que c’est une réalité nouvelle qui nécessite une adaptation technologique. Les étudiants ont parfois peur de ne pas avoir le temps de continuer leurs cours. »

Anne-Marie Nantel, conseillère d’orientation et aide pédagogique individuelle (API) au cégep de Saint-Jean-sur-Richelieu

La diversification des moyens de communication cet automne a pour effet d’inonder les étudiants d’informations, souligne Anne-Marie Nantel. « Ils reçoivent une foule d’information virtuellement pour les choix de cours, pour les remises de travaux et jusqu’aux changements d’heure de la cafétéria. Plusieurs étudiants ont de la difficulté à trier toutes ces informations-là et à s’organiser. Trop c’est comme pas assez. Ça les décourage beaucoup. »

Les jeunes ne sont pas si technos que l’on pourrait le croire, constate Anne-Marie Nantel. « Il a fallu donner beaucoup de support technique aux étudiants en début d’année pour qu’ils se sentent à l’aise avec les plateformes virtuelles comme Teams et Zoom. Pour plusieurs étudiants, s’adapter à une pluralité de technologies, c’est extrêmement difficile. »

Sophie Dagenais, psychologue au Collège Bois-de-Boulogne

Du côté du Collège Bois-de-Boulogne, c’est le même constat. « Cet automne, il y a plus d’exigences dans l’environnement des étudiants, car les manières de fonctionner ont complètement changé », reconnaît Sophie Dagenais, psychologue. « On rencontre fréquemment des étudiants qui normalement arrivent à gérer leur temps, mais qui cette année ont besoin d’accompagnement. »

Cette difficulté plus répandue à s'organiser s'explique aussi par le fait qu'il n’y a plus de délimitation entre la vie personnelle des étudiants et leur vie scolaire, selon des psychologues membres de la Fédération du personnel professionnel des collèges. Dans le contexte du confinement, les psychologues voient apparaître davantage de difficultés familiales chez les étudiants.

Selon une étude en cours dirigée par Simon Larose, professeur et chercheur au Département d’études sur l’enseignement et l’apprentissage de la Faculté d’éducation de l’Université Laval, « 20 à 30 % des étudiantes et étudiants collégiaux consomment davantage d’alcool et de drogues depuis le début de la crise sanitaire. Le stress est particulièrement prévalent dans la région de Montréal et dans les programmes d’études liés à la santé. En général, les garçons semblent les plus affectés par la situation »1

 

« On met en place des stratégies variées pour que les étudiants se sentent intégrés dans un projet d’études stimulant et pour qu’ils apprécient leur expérience au cégep. »
- Sophie Dagenais, psychologue

 

Des stratégies de prévention
Une variété impressionnante de projets a été mise en place dans le réseau collégial pour offrir de l’aide préventive aux étudiants. Au Cégep de Saint-Jean-sur-Richelieu, des enseignants attitrés au Plan de réussite éducative (PRÉ) offrent un encadrement pédagogique aux étudiants. Cette aide est offerte en particulier à ceux de première année, relate Anne-Marie Nantel. « Tous les nouveaux étudiants reçoivent de manière préventive des services d’aide, sur une base ponctuelle ou régulière. Ainsi, les difficultés scolaires, psychologiques, familiales ou financières sont repérées plus facilement. Les étudiants sont aidés plus rapidement qu’auparavant. »

Ce mois-ci au Collège Bois-de-Boulogne a lieu le projet Opération aide à la réussite. L’objectif est de cibler les étudiants à risque d’échec. « Un intervenant contacte les étudiants pour leur proposer du soutien technique, psychologique, en orientation et autres », explique Sophie Dagenais. « On offre aussi aux étudiants, qu’ils soient en difficulté ou non, une série d’ateliers thématiques pour favoriser leur bien-être pendant les études à distance. Ce sont des ateliers sur des sujets variés, tels que la motivation, la gestion du stress et l’organisation du travail », mentionne la psychologue. 

Les collèges ne baissent pas les bras devant la détresse psychologique d’une proportion croissante des étudiants. Le projet BdeB Écoute en est un bon exemple. «Un groupe d’étudiants et d’employés sont formés pour identifier et soutenir les étudiants en détresse psychologique. Ça envoie le message aux étudiants qu’on veut prendre soin d’eux», souligne Sophie Dagenais.

 

« Nous sommes agréablement surpris. Les étudiants et étudiantes veulent s’accrocher. On constate moins d’abandons de cours qu’à pareille date l’an dernier. »
- Anne-Marie Nantel, conseillère d’orientation et aide pédagogique individuelle (API)

 

Les API et orienteurs débordés
Au Cégep de Saint-Jean-sur-Richelieu, les demandes en orientation sont en hausse cette année. Il y a actuellement trois semaines d’attente pour obtenir ce service, selon Anne-Marie Nantel, conseillère d’orientation et API. « Les étudiants se questionnent plus tôt dans leur parcours sur le sens de la vie, sur leur avenir et sur leurs choix professionnels », remarque-t-elle. « Déjà en première session, ils veulent savoir pourquoi ils font ces études-là et dans quels programmes ils pourront aller à l’Université. Je ressens un désir des étudiants et étudiantes de se définir un chemin. Il y a une préoccupation de se choisir une carrière rapidement.»

Face à toute crise, la psychologue Sophie Dagenais préconise la pensée positive comme approche de guérison. « Pour les étudiants qui vont moins bien et qu’on accompagne, on essaie de regarder avec eux comment le défi actuel leur permet d’agrandir leur coffre à outils personnel à travers de précieux apprentissages de vie. Je travaille avec les étudiants à reconnaître et accueillir leur souffrance, et ensuite voir les aspects positifs à retirer de la situation. »


1. Conseil supérieur de l’éducation, Transition vers le collégial : quand la COVID s’en mêle, Actualités, 20 octobre 2020, en ligne : https://www.cse.gouv.qc.ca/transition-vers-le-collegial/



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