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Première rentrée pour Danielle McCann, nouvelle ministre de l’Enseignement supérieur

2020-09-14


 

Thérèse Lafleur
Rédactrice

Pour cette rentrée qui, sans doute, fera école, la toute nouvelle ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, a volontiers accordé une entrevue au Portail du réseau collégial. C’est l’éditeur en chef, Alain Lallier, ex-directeur général des cégeps de Trois-Rivières et du Vieux Montréal, qui a mené cet échange sur de grands enjeux des collèges, notamment la réussite.

Cette infolettre qui marque la onzième rentrée pour le Portail, présente les propos tenus par la ministre sous forme de questions/réponses. D’entrée de jeu, rappelons que madame McCann est détentrice d’un MBA de HEC Montréal ainsi que bachelière en Sciences de l’éducation — Université de Montréal  et aussi en Travail social — Université McGill.


Q     Cette première rentrée scolaire comme ministre de l’Enseignement supérieur signifie-t-elle pour vous comme un retour au monde de l’éducation ?

R     Jusqu’à un certain point. Quand on a fait des études supérieures, l’attachement demeure pour ces institutions qui nous ont formés. Après seulement quelques semaines de ce nouveau mandat, je n’ai pas la prétention de tout connaître en enseignement supérieur. Mais en arrivant à ce ministère, je savais déjà que les institutions que nous avons au Québec en font la force. Les cégeps se sont développés d’une façon tellement intéressante dans les différentes régions. Ils sont partout et jouent un rôle très important. Moi, j’étais dans les premières moutures du Cégep du Vieux Montréal. À l’époque, les cégeps faisaient leurs premières armes et les premières rentrées n’étaient pas simples. Finalement, on voit que ce réseau s’est déployé. C’est vraiment une formule très novatrice et particulière au Québec.

Q     Vous êtes entrée en fonction seulement le 22 juin dernier et vos premières interventions comme ministre de l’Enseignement supérieur témoignent de votre préoccupation certaine de la persévérance et de la diplomation. Qu’est-ce que ça représente pour vous ?

R     C’est majeur. J’en ai déjà parlé à la Fédération des cégeps et aux associations qui représentent les étudiants. La persévérance et la diplomation sont au cœur de notre mission et dans une période comme celle qu’on vit, encore davantage. Je compte demeurer en lien avec les acteurs du milieu pour soutenir l’augmentation de la diplomation et motiver la persévérance des étudiants. On sait bien qu’en poursuivant des études l’avenir sera meilleur et, surtout dans un contexte mondial, c’est grâce à leur éducation que nos jeunes auront les meilleures chances possible dans la vie, qu’ils pourront contribuer à la relance économique et aux services aux citoyens. Quand on pense à tout ce qui relève des domaines de la santé, de l’éducation ou des services, il faut absolument se mobiliser autour de la diplomation des cégépiens.

Q     Quand l’actuel premier ministre François Legault était ministre de l’Éducation, il avait mis en place des plans de réussite qui sont toujours actifs.  Est-ce que vous comptez prolonger cette pratique ou mettre l’accent sur d’autres moyens pour augmenter le taux de diplomation ?

R     Il y a justement un chantier sur la réussite démarré par mon prédécesseur, Jean-François Roberge. Ce chantier réunit beaucoup d’acteurs dans le domaine, à tous les niveaux, et doit présenter dès cet automne ses recommandations pour augmenter la réussite. J’ai hâte de recevoir ce plan afin qu’on puisse passer à l’action rapidement. Nous avons aussi regardé les plans de réussite déjà mis en œuvre et nous les poursuivrons selon les recommandations du comité qui s’est penché sur la question. Ça m’a beaucoup plu que des travaux soient amorcés et que des recommandations soient prévues pour cet automne.

Q     Le contexte particulier dû à la COVID-19 a un lien avec la réussite. On sait que la crise sanitaire force les collèges à recourir encore largement à la formation à distance cet automne. L’enseignement, les services et même la vie étudiante seront en grande partie virtuels. Ce recours accéléré au numérique n’est pas sans impact, tout le monde y travaille actuellement et les ministères aussi. En ce sens, quels liens faites-vous avec le Plan d’action numérique en éducation et en enseignement supérieur et aussi avec un projet dont on a beaucoup parlé et dont on ignore où ça en est actuellement, le fameux eCAMPUS ?

R     Justement on prend connaissance de ce dossier de façon accélérée. Certains éléments ont été utilisés pour ce virage majeur au numérique qui doit se faire cet automne. C’est un plan qui va se poursuivre incluant le eCAMPUS. D’ailleurs le virage numérique s’effectue dans toutes les sphères d’activités et pas seulement en éducation et en enseignement supérieur. Je pense que la période que l’on vit est temporaire, elle peut être longue mais elle demeure temporaire. Par contre, le numérique est là pour rester, mais certainement pas au même niveau qu’il va l’être cet automne parce que la COVID-19 impose la prise de mesures sanitaires exceptionnelles. Je suis confiante qu’en sortant de cette période, des innovations et des façons de faire intéressantes pourront être conservées. Actuellement, la formation à distance est une solution pour nous aider à préserver la santé de nos étudiants, de nos enseignants et de notre personnel. N’en demeure pas moins qu’en regardant les reportages sur les étudiants qui entraient au cégep, je constatais à quel point ils étaient contents de voir leurs amis et les gens sur place. C’est évident que le présentiel est important et qu’il est valorisé maintenant. Dans les reportages, les étudiants étaient très éloquents en ce sens et on voyait qu’ils appréciaient être sur place, en contact avec les professeurs et les autres étudiants. En même temps, ils disaient comprendre que l’enseignement à distance est pour protéger leur santé et qu’ils seront capables faire en numérique leur formation. Il y a là une grosse responsabilité pour les collèges de faire en sorte que ça se passe bien et que la diplomation soit au rendez-vous. Alors je crois que si tout le monde met l’épaule à la roue, ça va bien se passer et que le numérique va beaucoup nous aider.

Q     Au cours des deux dernières années, des pôles régionaux en enseignement supérieur ont été mis en place. Ces alliances cégeps/universités pour agir ensemble dans différents dossiers visent à soutenir des initiatives conjointes et à contribuer au développement socioéconomique des régions. Pour vous, quelles sont les forces des cégeps qui peuvent aider au développement du Québec ?

R     Je suis contente que vous me posiez cette question. Comme j’arrive d’un autre domaine, je viens de découvrir l’existence de ces pôles régionaux. Ils sont importants pour l’ensemble du Québec et leur déploiement rapide est impressionnant. Et maintenant que les cégeps développent activement leur volet recherche et qu’ils le font en collaboration avec des universités et aussi avec des entreprises, la dynamique évolue beaucoup. Je veux soutenir ces efforts autant du côté des régions plus éloignées que des régions centres de Montréal et de Québec. Je pense que c’est une force du Québec d’avoir ces pôles régionaux d’enseignement supérieur liés à des pôles de recherche et à des pôles d’entrepreneuriat. Je constate aussi que les directeurs généraux que je rencontre, ou dont j’entends parler, ont souvent l’esprit d’entrepreneurial et ça me réjouit. C’est un facteur de succès et j’envisage travailler sérieusement cette question de zones d’innovation avec les pôles régionaux, la recherche et les formations adaptées aux secteurs de l’emploi. Donc du travail est à prévoir avec mes collègues des ministères du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale et de l’Économie et de l’Innovation.

Q     Dans un autre ordre d’idées, certains ordres professionnels reviennent dans l’actualité pour réclamer une formation de niveau universitaire pour des professions qui relèvent habituellement des cégeps. On pense à Soins infirmiers que vous connaissez très bien et plus récemment on a évoqué l’Inhalothérapie. Quelle est votre position sur le sujet ?

R     J’ai l’avantage d’être aussi responsable des ordres professionnels, un dossier qui relevait auparavant de l’ex-ministre de la Justice, Sonia Lebel. Dans la nouvelle foulée des responsabilités du ministère de l’Enseignement supérieur, on a intégré celle des ordres professionnels. Cela crée une cohérence qui, avec évidemment la connaissance que j’ai de ces dossiers ainsi que la collaboration des équipes, de l’Office des professions du Québec et des ordres concernés, permettra de trouver des pistes de solution. À mon avis, c’est très pertinent d’avoir à la fois la responsabilité des ordres professionnels et de l’enseignement supérieur. Il y a là une synergie vraiment intéressante.

Q     En ce début de session,avez-vous un autre thème particulièrement à cœur ?

R     Oui, outre ceux déjà abordés, c’est de la santé psychologique des étudiants dont je me soucie. J’ai déjà échangé avec les associations étudiantes et la Fédération des cégeps à ce sujet. Je me préoccupe beaucoup de la santé psychologique des étudiants dans le contexte actuel. De nouvelles façons de faire s’imposent, des initiatives doivent être prise, c’est ce que je souhaite et des budgets ont été alloués à cet effet. À la fin août, nous avons annoncé des investissements de 75 millions $ dont 10 millions $ iront à la santé psychologique et évidemment à l’aide financière aux étudiants, c’est relié. Quand on a moins de problèmes financiers, on a une plus grande santé psychologique. Je souhaite trouver toutes les voies possibles pour que nos étudiants évoluent sereinement et qu’on puisse les soutenir.

Q     En terminant, il y a de nouveaux étudiants dont le secondaire s’est conclu d’une façon approximative, dans un contexte difficile en tout cas. Que souhaitez-vous communiquer tout particulièrement à ces jeunes qui entrent au cégep et qui vont devoir poursuivre leur formation de façon hybride, en classe et à distance ?

R     Je veux leur dire qu’ils font partie de la solution. Je suis bien conscience que la fin de leur secondaire a été difficile mais nos étudiants ont tellement de potentiel. Il faut porter une attention spéciale à ces étudiants qui arrivent du secondaire à cause du contexte particulier. Je suis heureuse de constater que les collèges ont mis en place des mesures pour accueillir ces nouveaux étudiants. Les cégeps savaient bien que cette transition hors du commun entre le secondaire et le collégial nécessitait un accueil tout spécial, en présence, pour les accrocher réellement à leur institution même si une formule hybride suivra. Ces jeunes doivent aussi avoir la possibilité de revenir au cégep de temps en temps pour garder ce lien important qui contribue à leur réussite. Je compte sur le potentiel de nos étudiants, je pense que les solutions passent par eux aussi. Il faut simplement pouvoir créer les conditions afin qu’ils puissent déployer ce potentiel.



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