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Comment les fondations des cégeps traversent-elles la tempête ?

2020-11-09


Le confinement du mois de mars dernier a bousculé le mode de fonctionnement habituel des cégeps, et les fondations des cégeps ont subi le même sort. Elles ont dû annuler plusieurs événements-bénéfices prévus au printemps et à l’automne. Quels sont les impacts de ses aléas sur leur fonctionnement ? Ont-elles trouvé des activités de rechange ? Les difficultés économiques des entreprises menacent-elles leurs sources de revenus ? Voilà autant de questions auxquelles quatre responsables de fondations ont accepté de répondre.

Par Alain Lallier

 

 

 

 

Sonia Lefrançois, directrice générale de la Fondation du Cégep de Sainte-Foy

 

Obligées d’annuler des événements importants
Le confinement a débuté le 13 mars. À cinq jours d’avis, la Fondation du Cégep de Sainte-Foy a dû annuler leur événement phare : un concert-bénéfice de l’Orchestre symphonique de Québec à la Salle Albert-Rousseau accompagnée de Christopher Hall, humoriste et clarinettiste. En 21 ans, l’événement n’avait jamais été annulé. La déception fut d’autant plus grande que la fondation avait travaillé fort pour offrir une nouvelle image et donner un nouveau nom au rassemblement : « La Soirée RIDEAU ROUGE : la grosse affaire ! Nous étions vraiment fiers. Nous avions mis tous les efforts pour donner plus d’envergure à l’événement, confie en rétrospective la directrice générale de la Fondation du Cégep de Sainte-Foy, Sonia Lefrançois. Comme la vente des billets et la sollicitation des partenaires étaient déjà fort engagées, la Fondation a demandé aux partenaires et aux participants de continuer de les soutenir en convertissant leur engagement ou la valeur de leurs billets en dons. La participation fut excellente. De sorte qu’en éliminant des dépenses non encourues, le bénéfice net de l’opération a été de 60 000 $. Un résultat supérieur à l’année dernière ! »

 

 

Anne-Marie Gauthier, directrice générale , Fondation du Cégep du Vieux Montréal

 

De son côté, la Fondation du Cégep du Vieux Montréal a dû annuler son souper-bénéfice, un cocktail dînatoire prévu en mai. Anne-Marie Gauthier, directrice générale , explique que « dans un si court délai, il était difficile d’organiser un projet virtuel de substitution. L’année précédente, cette soirée avait permis d’amasser plus de 48 000 $ pour soutenir les activités culturelles des Services aux étudiants et l’équipe de football les Spartiates. Malgré l’annulation du cocktail, la Fondation a tout de même tenu à respecter ses engagements de soutien financier. »

Dans le cas de la Fondation du Cégep de Drummondville, ce sont des activités de collecte de fonds, de remerciement et de remises de bourses étudiantes qui ont été bousculées. Rapidement, la Fondation a mis l’accent sur le soutien aux étudiants : aide alimentaire, achat de matériel informatique, bourses de survie, et ce, avant que les programmes de soutien gouvernementaux ne se mettent en place.

 

 

 

 

 

Pierre Vigeant, directeur des Affaires étudiantes et des communications et directeur de la Fondation.

 

 

Annulation de l’Opération Nez rouge
Dès le début de l’automne, La Fondation du Cégep de Drummondville a décidé de ne pas tenir l’Opération Nez rouge 2020. « Étant donné que bien des étudiantes et des étudiants bénévoles s’impliquent, il devient difficile d’appliquer les conditions sanitaires à ces personnes à qui on impose la formation à distance. Ajoutons la difficulté de recruter des bénévoles et l’incertitude du soutien des entreprises, et nous voyons mal comment réussir à tenir l’événement. Même si Opération Nez rouge national avait décidé d’aller de l’avant, nous n’aurions pas participé cette année, » explique Pierre Vigeant, directeur des Affaires étudiantes et des communications et directeur de la Fondation.

L’Opération Nez rouge de Montréal a dû être également annulée, car aucun service de raccompagnement Nez rouge ne sera offert cette année. Pour la Fondation du Cégep du Vieux Montréal, maître d’œuvre de l’organisation depuis 22 ans, les revenus générés annuellement totalisent presque 100 000 $.

 

 

 

 

 

Caroline Tremblay, coordonnatrice, Fondation Asselin du Cégep de Jonquière

 

Des activités à reconsidérer
À Jonquière, la Fondation Asselin avait déjà réalisé ses deux activités-bénéfices avant le confinement, soit un brunch et un tirage. « Ces deux activités ont cependant été annulées en 2020-2021, de même que le brunch de la fin d’octobre, précise Caroline Tremblay, coordonnatrice. Pour la loterie voyage, instaurée il y a quelques années, les prix ont été alloués en 2019-2020, mais la coordonnatrice se demande si les gagnants vont pouvoir faire le voyage à ce moment-ci. Pour 2020-2021, le tirage d’un voyage reste problématique avec toutes les contraintes imposées un peu partout. »

Que faire alors par temps de pandémie ?

Créer un fonds d’urgence
Une semaine après le début de la crise sanitaire de la COVID-19, la Fondation du Cégep de Sainte-Foy a créé un fonds d’urgence pour venir en aide aux étudiantes et aux étudiants vivant des problèmes financiers liés à la pandémie.« Nous avons fait appel à nos grands partenaires, à la communauté interne du Cégep de Sainte-Foy et au public qui se sont montrés fort généreux et solidaires, puisque près de 50 000 $ ont été amassés pour aider les étudiantes et les étudiants », souligne Sonia Lefrançois.

Une course virtuelle
Au printemps, à Sainte-Foy, on a organisé une course virtuelle à faible coût de participation. Les personnes inscrites devaient individuellement relever le défi dans leur propre quartier. « Notre idée visait à faire bouger les gens afin qu’ils demeurent actifs malgré la distanciation sociale. Les membres du conseil d’administration ont appuyé cette démarche démontrant que la Fondation demeurait active et innovante dans la réalisation de sa mission. »

Travailler sur des activités que l’on peut contrôler
Dans le contexte actuel, la Fondation du Cégep de Drummondville a restructuré son fonctionnement. Leur stratégie : travailler sur des activités que l’on peut contrôler. Pierre Vigeant explique : « Notre leitmotiv vise l’amélioration de nos relations avec les diplômés et les retraités du Cégep de Drummondville, ainsi qu’une hausse de la contribution des employés. Nous nous sommes ainsi davantage concentrés sur nos donateurs de l’interne. Nous repensons également le fond d’urgence pour soutenir les étudiantes et les étudiants et la façon de susciter des contributions de nos partenaires et des entreprises qui financent ce fonds. La réponse est bonne jusqu’à maintenant. »

« Il faut faire preuve de créativité »
Songe-t-on à des activités virtuelles au Cégep du Vieux Montréal ? Anne-Marie Gauthier cherche la formule gagnante. En soutien à l’équipe de football, elle a formé un comité d’anciens joueurs des Spartiates afin de créer d’autres formules de sollicitation. « Nous retiendrons probablement une formule virtuelle sous forme de défis sportifs réalisés par d’anciens Spartiates. Il faut faire preuve de créativité, » affirme-t-elle.

Est-ce délicat de solliciter des partenaires par temps de pandémie ?
À la question de savoir si c’est un mauvais moment pour faire de la sollicitation, Sonia Lefrançois du Cégep de Sainte-Foy confirme que c’est délicat :« À titre d’exemple, tous les automnes, nous tenons une campagne de sollicitation téléphonique auprès des parents. Nous réfléchissons actuellement à la meilleure stratégie pour les rejoindre (appel, envoi postal, etc.).La sollicitation des entreprises s’avère aussi très délicate. Nous les avons sollicitées pour des prix à attribuer dans le cadre d’un tirage, et certaines nous ont dit qu’ils ne peuvent rien faire dans le contexte économique actuel. »

Caroline Tremblay de la Fondation Asselin souligne que certains donateurs qui s’étaient engagés dans le cadre de la campagne du 50e anniversaire ont retiré leur appui. « Actuellement, avant de solliciter des partenaires, je leur demande s’ils sont à l’aise. Je me sens bien mal avisée de remettre un poids financier sur leurs épaules. Ce n’est pas un bon moment pour les fondations collégiales. Ce qui a marché au cours des dernières années, ce sont les grands donateurs associés à des projets spécifiques. De ce côté, nous n’avons pas perdu d’appuis. Pour en trouver de nouveaux cependant, c’est autre chose. »

Les donateurs seront-ils au rendez-vous ?
Selon Anne-Marie Gauthier du Vieux Montréal, il importe de cibler des entreprises florissantes dans le domaine de la construction, de l’informatique, ainsi que les institutions financières. « Nous porterons de plus une attention particulière vers les dons individuels, ajoute-t-elle. Nous redémarrerons la campagne annuelle auprès des parents dans les prochaines semaines et nous nous tournerons vers des activités différentes. Il est certain que la sollicitation des PME, des petites entreprises et bien sûr des restaurants du Quartier latin sera beaucoup plus difficile. »



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