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Des développements majeurs pour le Centre technologique des résidus industriels affilié au Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue



Entrevue avec Ahcène Bourihane, directeur général du Centre technologique des résidus industriels (CTRI)


 

Un investissement majeur
Le 30 juillet dernier, lors d'une conférence de presse à Rouyn-Noranda, le ministre de l'Agriculture, des Pêches et de l'Alimentation (MAPAQ), M.Pierre Corbeil, annonçait, au nom du ministre du Développement économique, de l’Innovation du Québec  et de l'Exportation (MDEIE) une subvention de 14,3 millions de dollars au Centre technologique des résidus industriels (CTRI) du Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue pour la construction d’un nouvel édifice sur les terrains du Cégep de Rouyn-Noranda. Cette subvention vise aussi l’acquisition d’équipements de laboratoire pour la réalisation de projets de recherche technologique.

Le directeur général du Centre, monsieur Ahcène Bourihane, commente cette annonce : «C’est probablement le plus gros investissement annoncé pour un centre de transfert dans tout le Québec. Cet argent permettra d’aménager des locaux et d’acheter des équipements qui nous manquent. En 2008, le Centre avait quelques bureaux seulement et devait partager ses laboratoires et les équipements avec l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) avec un accès limité pour nous. Lors du renouvellement de l’accréditation du Centre en 2007, le gouvernement du Québec a demandé au CTRI de se réorienter vers sa mission première et reconnue, soit le secteur des résidus industriels principalement ceux de la forêt, des mines et de l’agroalimentaire. En 2010, l’Université a quitté nos locaux et récupéré ses équipements. C’est à ce moment que nous avons soumis des demandes de financement d’équipements essentiels pour la réalisation de tout projet de recherche. »

Une reconnaissance préalable du Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG)

Cette annonce s’inscrit comme le couronnement de subventions déjà obtenues par le Centre. En effet, les trois octrois accordés au CTRI par le CRSNG dans le Programme d’innovation dans les collèges et la communauté (ICC) constituent une première au Canada. Les sommes versées par le CRSNG ajoutées à un important appui du milieu ont permis au CTRI de consolider ses activités de recherche et de recruter le personnel scientifique et technique requis. Après une première visite, en avril 2010, de son directeur de transfert technologique, M. Bert Van den Berg, la présidente du CRSNG, Mne Suzanne Fortier , visitait à son tour l’Abitibi pour annoncer au Centre une deuxième subvention de 2,3 M$ pour le développement de produits commercialisables, créés à partir de résidus abandonnés lors de l’exploitation de carrières de minéraux industriels. À cette subvention s’ajoutait un important appui du milieu. Ce partenariat attribuait au CTRI, en plus de la subvention, des contributions en espèces et en nature, respectivement de 300 000 $ et de 69 000 $.

Madame  Fortier venait à nouveau à Rouyn-Noranda .en février 2012,  madame Suzanne Fortier, pour annoncer une autre subvention de 2,3 M$ (projet de 3, 2 M$ grâce à une contribution industrielle de 0,9 M$) dans le cadre du Programme ICC. Cette subvention a été octroyée au CTRI pour son projet visant à appuyer les PME minières de l'Abitibi-Témiscamingue et du Nord-du-Québec dans leur effort pour s'adapter au contexte environnemental actuel. Le projet comporte deux volets : le traitement du drainage minier acide à l'aide de systèmes de traitement passif dont des biofiltres sulfato-réducteurs et des marécages épurateurs, ainsi que la végétalisation des aires d'accumulation des résidus de concentrateurs, des haldes à stériles et des autres types de sites perturbés par l'industrie minière.

Toujours en 2012, en avril cette fois-là, c’était au tour du ministre responsable de Développement économique Canada de visiter l'Abitibi-Témiscamingue annoncer un investissement de 4,5 M$ pour un projet d’implantation d’un centre de traitement de résidus miniers.

« On devine facilement que ces investissements se sont traduits par l’arrivée de nouveaux équipements et de nouveaux chercheurs qui commandaient des espaces additionnels. La dernière subvention va nous permettre d’installer tous nos nouveaux équipements correctement et de loger nos chercheurs au deuxième étage de ce nouveau bâtiment. Quant à l’usine-pilote, sa construction sera terminée début septembre 2012 et son démarrage sera effectué début 2013» explique le directeur général.

Un centre ouvert aux collaborations
Le CTRI compte une trentaine de permanents et aussi plusieurs stagiaires de maîtrise et de doctorat puisque le Centre est reconnu comme milieu de pratique pour les bourses du FQRNT et du CRSNG. Le CTRI est un organisme sans but lucratif géré par un conseil d’administration où siègent du côté du cégep trois représentants, le directeur général à titre de vice-président, le directeur des études et le responsable de la formation continue comme administrateurs. Le président provient du milieu des entreprises.
Le directeur général favorise les collaborations avec l’UQAT et les autres centres : « Nous travaillons ensemble dans le secteur minier; une collaboration somme toute naturelle. Ce sont les chercheurs qui entreprennent les collaborations. Ce n’est pas l’administration. On a aussi des collaborations avec d’autres centres de recherche, entre autres avec FpInnovation et le CERFO. Nous menons également des projets en commun avec d’autres centres de transfert; on pense à Trois-Rivières et à Shawinigan dans le domaine de l’éthanol. »
Concernant les collaborations avec le département d’enseignement du cégep, le directeur général souligne qu’il y a eu jusqu’à 5 enseignants à temps plein qui ont travaillé au Centre. « Nos subventions nous permettent aussi d’aller chercher des stagiaires en provenance du cégep. La recherche donne un plus aux étudiants et aux professeurs. Il faut que les cégeps inscrivent la recherche comme un axe de développement dans lequel des ressources sont investies. Mais, en dernier lieu, il revient au professeur de décider de s'engager ou non, il faut dégager des ressources incitatives à ce titre. Il est sûr que nos équipements et nos chercheurs vont avoir une influence sur les jeunes qui seront mis en contact avec un environnement de recherche de première qualité. »

De l’importance d’investir dans la recherche pour l’avenir
Monsieur Bourihane est convaincu que « dans le contexte du boom minier actuel, la mission du Centre gagne en pertinence ». Les nombreux sites miniers orphelins commandent des actions de nos gouvernements. Les nouvelles lois créent aussi de nouvelles exigences pour les minières dans la restauration des sites après exploitation. Nous sommes au cœur de ces problématiques. Pour les entreprises, quand on fait de l’argent, il est important de faire de la recherche pour planifier le futur. En plein développement, nous souhaitons que les entreprises puissent inscrire dans leurs stratégies à long terme la recherche et le développement. Certains groupes industriels en Europe réservent un pourcentage de leurs revenus pour développer de nouveaux produits même lorsque les choses vont bien. Le gouvernement doit trouver une façon de réorienter les budgets pour aller davantage vers la recherche industrielle, comme l’a fait récemment le CRSNG avec son programme ICC et ses chaires industrielles ouvertes aux CCTT. »

Pas une région éloignée, mais une région développée
Le directeur général du CTRI termine avec une anecdote : « Récemment, lors de la deuxième visite de M. Lebel pour des annonces minières, un jeune industriel disait essentiellement ceci : “Quand je rencontre des collègues, ils me disent ‛vous êtes dans une région éloignée’. Je leur réponds : non, nous sommes une région développée, parce que nous, quand nous initions un projet, nous faisons appel aux gens du milieu. Nous travaillons en collaboration. Quand nous avons un problème, nous n’allons pas chercher ailleurs. Nous allons voir le voisin. Nous sommes une région éloignée pour les gens de Montréal, mais on a tout ce qu’il faut ici pour développer l’excellence”. »

Entrevue réalisée par Alain Lallier, le 14 août 2012.



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