Entretien avec Nathalie Mercier, directrice du Centre collégial d’expertise en gérontologie (CCEG | CCTT-PSN) du Cégep de Drummondville

Un texte d'Alain Lallier, éditeur en chef, Portail du réseau collégial

Le Centre collégial d’expertise en gérontologie du Cégep de Drummondville se retrouve parmi les 10 nouveaux CCTT dont la création a été annoncée en juin dernier. Même si on vient d’annoncer sa reconnaissance par le Ministère, le CCEG existe depuis 2012. Selon Nathalie Mercier, directrice du CCEG | CCTT-PSN : « Le CCEG a développé son savoir et son savoir-faire, en matière de recherche et de projets innovants sur le vieillissement, en étant animé par la volonté de la direction et du conseil d’administration de faire du CCEG un acteur de premier plan dans l’amélioration du mieux-être et des conditions de vie des aînés. »

La mission du centre
La mission du centre vise le développement de projets de recherche-action, de formations, d’expertises et de compétences qui permettent à des chercheurs, des aînés, des membres des associations, des organisations et des entreprises d’innover en travaillant ensemble pour permettre aux personnes âgées de vivre et vieillir en harmonie.

Le Centre de recherche


Les axes d’intervention
Les travaux et services du CCEG s’articulent autour de quatre grands axes : santé; sécurité; participation et développement des compétences; valorisation de la profession. Les trois premiers axes sont directement liés à la Politique sur le vieillissement du gouvernement du Québec intitulée Vivre et vieillir en ensemble.

Le volet santé touche autant les soins palliatifs que l’approche multisensorielle ou l’alimentation des aînés, et ce, autant chez les plus vulnérables que les plus actifs.

L’axe sécurité vise la création d’environnements sains, sécuritaires et accueillants dans la communauté. On y aborde, entre autres, les thèmes de l’intimidation, de la maltraitance et des droits des aînés.

L’axe participation vise à favoriser l’implication des aînés dans la communauté. La situation des personnes âgées qui vivent en ruralité, en perte d’autonomie et qui doivent s’expatrier à 100 km de leur domicile est un intérêt de recherche pour le CCEG. Les activités intergénérationnelles, les technologies de l’information sont des thèmes que le CCEG cherche à comprendre.

En matière de développement des compétences, le centre de recherche soutient d’autres organisations ainsi que des départements du Cégep de Drummondville. Il peut fournir son expertise sur un axe particulier d’un programme d’études, une étude de pertinence ou un nouveau programme. Ses actions peuvent également prendre la forme de conférences, de formations, d’analyses de besoins et de projets innovants.

Des exemples de projets
Madame Mercier explique quelques-uns des nombreux projets entrepris par le CCEG. En partenariat avec le Centre communautaire récréatif Saint-Jean-Baptiste de Drummondville, le CCEG réalise une recherche-action sur les initiatives intergénérationnelles afin d’identifier les meilleures pratiques, les évaluer et les implanter dans la communauté. Une autre recherche-action se rapporte à l’intimidation dans les résidences privées. Madame Mercier précise : « Une fois les analyses effectuées, nous utiliserons les résultats de la recherche pour créer un jeu sérieux traitant de l’intimidation des aînés. »

Le CCEG étudie également l’impact des nouveaux aînés dans les résidences privées. Quelles sont leurs attentes? Quels sont leurs besoins? Par ailleurs, un autre projet en collaboration avec l’IRIPI du Collège Maisonneuve porte sur l’interaction professionnelle avec l’aîné immigrant. Est-ce que dans l’interaction professionnelle d’une infirmière, d’un notaire ou d’un pharmacien, le lien communicationnel est adéquat et adapté aux immigrants ainés? Le résultat de la recherche prendra la forme d’un guide à l’usage des intervenants.

La salle blanche


Une salle multisensorielle
Le CCEG a aménagé une salle blanche multisensorielle, dont la construction s’est terminée en février 2018. Le CCEG a saisi cette occasion sans hésiter grâce à un partenariat avec l’Association québécoise des intervenants en approche Snoezelen (AQIAS) et l’Internationale Snoezelen National Association — Multi Sensory Environment (ISNA-MSE) de Belgique. Dans ce projet, le CCEG devient un catalyseur dans l’utilisation de pratiques innovantes, notamment pour la clientèle atteinte de la maladie d’Alzheimer et de maladies connexes. Cette salle permet à l’intervenant spécialisé d’accompagner une personne dans son parcours sensoriel afin de déterminer une approche interventionniste optimisée. Dans le cas des aînés atteints de la maladie d’Alzheimer, toute la réminiscence au niveau sensoriel ouvre des perspectives intéressantes. « La mémoire sensorielle est une des premières mémoires à se développer. On se souvient souvent par exemple d’une odeur ou d’une texture qui remonte à l’enfance. Il faut donc au préalable avoir dressé un parcours basé sur l’historique de la personne. Si une personne a déjà été mordue par un chien, on ne va pas lui faire toucher de la fourrure. Cette salle constitue pour nous un laboratoire de recherche-action extraordinaire, munie de caméras permettant l’analyse des interrelations, » explique la directrice du CCEG.

Le laboratoire créatif


Une équipe multidisciplinaire
L’équipe compte six chercheurs spécialistes en gérontologie, en psychologie, en travail social, en médecine et en récréologie. Certains assument également des tâches d’enseignement au cégep. Selon les projets de recherche, le CCEG peut faire appel à des enseignants et des chercheurs de différentes disciplines. Plusieurs programmes de l’enseignement régulier sont mis à contribution. Bien sûr, on pense d’emblée au programme technique de soins infirmiers, mais il y a également ceux en éducation spécialisée, en intervention en délinquance, en danse et en musique, par exemple.  De plus, chaque recherche-action implique des étudiants de divers programmes pour leur permettre d’acquérir des compétences scientifiques reliées à la recherche.

Le CCEG et sa gouvernance
Le CCEG est intégré au cégep et n’est pas constitué en OBNL. La directrice du CCEG y voit un avantage pour l’appartenance des équipes : « Nous vivons avec les étudiants et les enseignants depuis 2012. Ils nous côtoient et nous voient progresser. Nos locaux sont adjacents à la bibliothèque. Ça crée un environnement stimulant pour la recherche et l’innovation chez les enseignants et les étudiants. De plus, nous travaillons toujours en partenariat avec des entreprises, des organismes ou avec d’autres collèges. Nous ne faisons aucun projet seuls. »

Le CCEG s’est doté d’un comité consultatif composé de représentants du milieu et d’aînés. Il est appelé à réfléchir sur certaines problématiques et à présenter des recommandations, par exemple, sur la valorisation des métiers des personnes qui travaillent et interviennent auprès des aînés.

Passion, innovation et collaboration
Nathalie Mercier souligne l’importance pour le CCEG de travailler en équipe, en collaboration et avec passion : « Nous avons la passion qui nous anime tous. Nous aimons ce que nous faisons. Cette passion nous amène dans des avenues que nous n’avions pas envisagées. Pour nous, passion et innovation sont des mots qui prennent vie dans nos actions au quotidien. Et puis, un centre de recherche doit, à mon avis, non seulement penser toujours aux retombées sur les aînés, mais également à la communauté collégiale et aux entreprises du milieu. Pour nous, c’est essentiel de travailler en partenariat. Parmi les 10 nouveaux CCTT, nous en avons déjà identifié au moins huit avec lesquels nous voulons collaborer sur des projets porteurs. »



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