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La typologie de Madder : pour situer les collèges en recherche



           
          Lynn Lapostolle                         Sébastien Piché

Les cégeps, collèges privés et écoles gouvernementales de l’ordre d’enseignement collégial adoptent des pratiques de gouvernance qui les positionnent de plus en plus comme des acteurs en matière de recherche. En témoigne notamment le nombre élevé d’établissements qui ont adopté des politiques institutionnelles liées à la recherche. Année après année, depuis plus de six ans, l’Association pour la recherche au collégial (ARC) en dresse la liste dans son Répertoire des politiques et des comités liés à la recherche (1) . Si, en 2005, seulement 11 établissements indiquaient à l’ARC avoir adopté de telles politiques, il y en a actuellement 40. Ces politiques sont l’un des éléments utilisés par l’Ontarien James Madder pour dresser une typologie en lien avec le développement de la recherche dans les collèges. 

Les personnes qui s’intéressent au développement de la recherche collégiale auraient avantage à découvrir les travaux de James Madder, qui propose une typologie pour situer les collèges selon différents stades de développement de la recherche. En 2005, cet ex-directeur des études du Red Deer College, en Alberta, et actuel directeur général du Confederation College, en Ontario, a étudié la recherche appliquée menée dans les collèges de l’ensemble du Canada. Son rapport, intitulé Innovation at Canadian Colleges and Institutes (2) , présente quatre stades de développement de la recherche dans les collèges :

• les collèges sans structure ni politique officielle en matière d’innovation ;
• les nouveaux collèges d’innovation;
• les collèges d’innovation établis;
• les collèges d’innovation intégrée.

James Madder offre aux personnels des collèges, il nous semble, un outil intéressant, particulièrement pour les personnes chargées d’encadrer, de soutenir et de stimuler les activités de recherche.
Dans sa typologie, James Madder associe autant des ressources de toutes natures que des facteurs discriminants à chacun des quatre stades de développement. Ainsi, d’une part, il note un accroissement des structures de gouvernance ainsi que des ressources financières et humaines dévolues à la recherche, d’un stade à l’autre. À titre d’exemple, les collèges d’innovation établis et d’innovation intégrée ont en commun, entre autres, d’avoir adopté les principales politiques exigées pour administrer des fonds en provenance d’organismes subventionnaires, de présenter un engagement constant de la part de la direction du collège au regard de la recherche, d’offrir des services de soutien étendus aux chercheuses et aux chercheurs, et de consacrer un financement régulier, dans le temps, aux activités de recherche. D’autre part, dans sa typologie, James Madder précise des facteurs qui distinguent les collèges dans ce continuum d’établissement d’une culture de la recherche : l’importance qu’accorde le collège à la recherche dans sa vision, sa mission et ses orientations stratégiques; son histoire en matière d’innovation; la disponibilité de ressources humaines ayant les expertises requises par la conduite d’activités de recherche de haut niveau; l’intégration de la recherche dans la mission d’enseignement pour générer des situations d’apprentissage novatrices; le niveau de rayonnement (régional, national, international) de ses activités de recherche; la nature des relations avec les secteurs publics et privés; la reconnaissance dont le collège bénéficie, dans son milieu, comme étant un acteur de premier plan en recherche.

Dans son rapport, James Madder n’indique pas le nombre de collèges qui se situent à chacun des stades de développement. Cela étant, dans le cadred’une activité récemment tenue par l’ARC, nous avons utilisé un questionnaire maison qui reprend la typologie de Madder; la grande majorité des participantes et des participants ont alors considéré leur collège comme un nouveau collège d’innovation. Or, dans un article intitulé « Cadre conceptuel pour la recherche dans les collèges canadiens », un autre Ontario, Roger Fisher (4) , soutient que les collèges progressent rapidement à ce chapitre depuis quelques années, ce que le répertoire de l’ARC montre par ailleurs. Les collèges ont donc tout avantage à étudier la typologie de Madder afin de mettre en lumière les éléments qui leur sont nécessaires pour offrir une contribution significative en recherche, d’autant plus que, contrairement aux universités, leur effort de recherche ne repose généralement pas sur des chercheuses et chercheurs établis qui mènent des activités de recherche sur de très longues périodes mais plus sur une approche institutionnelle qui doit mobiliser les ressources nécessaires à la conduite de projets ponctuels.

À nos yeux, la typologie de James Madder présente plusieurs avantages : elle permet de situer un collège dans un continuum de développement de sa capacité de recherche, d’identifier ses forces et ses faiblesses et, en conséquence, de fixer des objectifs pour améliorer cette capacité. Certes, cette typologie a d’abord été pensée pour les activités de recherche technologique. Or, le réseau collégial québécois, bien qu’il soit particulièrement actif dans ce créneau de la recherche, contribue à la recherche de tous types, dans tous les champs et toutes les disciplines du savoir. Ainsi, lorsque James Madder distingue les collèges d’innovation établis de ceux d’innovation intégrée par la capacité d’incuber des entreprises, il nous semble que certains collèges qui affichent une longue tradition de recherche, comme le collège Dawson, mais qui sont peu actifs en recherche appliquée dans un cadre partenarial avec l’entreprise privée, sont injustement déclassés. La typologie mise au point par James Madder conserve néanmoins sa pertinence pour les collèges. Bien plus qu’à une quelconque invalidation de la typologie, notre critique appelle bien davantage à un élargissement de l’outil, voire à une adaptation de celui-ci à la réalité québécoise et à tous les types de recherche réellement pratiqués dans les collèges. Au fil des prochains mois, nous comptons d’ailleurs nous pencher sur cette question par une étude bibliométrique de la recherche collégiale dans l’ensemble du Canada.

1. Association pour la recherche au collégial, Répertoire des politiques et des comités liés à la recherche, Montréal, L’Association, 2012.

2. James Madder, Innovation at Canadien Colleges and Institutes, dans Marti Jurmain et James Madder, La recherche en sciences humaines dans les collèges canadiens. Une analyse ciblée de l’environnement [Étude préparée pour le compte du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada], 2011, annexe E.

3. Nous reprenons ici les termes utilisés par Madder, même si nous prétendons que le modèle peut être appliqué à la fois à la recherche et à l’innovation et que nous croyons qu’il y aurait lieu d’en proposer une nouvelle traduction.

4. Roger Fisher, « Cadre conceptuel pour la recherche dans les collèges canadiens », Pédagogie collégiale, vol. 24, no 1, automne 2010, p. 26-32. 





 
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