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Annie-Claude Prud’homme, l’étincelle pédagogique



 

 

 

 

 

Un entretien avec Annie-Claude Prud'homme, lauréate du prix Vecteur pédagogique de l'AQPC

 

 

 

Un texte d'Alain Lallier, éditeur en chef, Portail du réseau collégial du Québec

Pour Annie-Claude Prud’homme, conseillère pédagogique au Cégep de Rimouski, 2018 aura été une année faste sur le plan des reconnaissances de son travail. L’AQPC lui a remis en juin dernier le prix Vecteur pédagogique et, en avril, Performa a souligné sa contribution remarquable et constante au développement des connaissances et des compétences des professeurs de son collège en lui remettant le Prix d’excellence en éducation Performa, décerné pour la qualité de la production et d’intervention pédagogique en enseignement collégial. Elle nous parle de ses convictions et de ce qui anime son travail.

Annie-Claude Prud'homme reçoit son prix des mains du président de  l'AQPC, Jacques Moisan - Crédit photo: AQPC

Un encouragement à poursuivre le travail entrepris
Annie-Claude a reçu ces deux prix comme un encouragement à continuer son travail de conseillère pédagogique. Pour elle, plusieurs rôles peuvent être joués dans un collège. Elle a assumé celui d’enseignante et de professeure de littérature et migré, il y a une dizaine d’années, vers le rôle de conseillère pédagogique. « Je me suis toujours posé beaucoup de questions. J’accompagne, dans le cadre de mon travail, de nombreuses personnes qui s’interrogent : quoi enseigner et quoi prioriser ? Comment faire apprendre ? Comment être le plus constructif possible dans les relations avec les étudiants ? Comment les motiver ? Bref, toutes les questions qu’un professeur doit se poser. Avec le recul, les questions qui m’ont personnellement animée, les difficultés que j’ai vécues comme enseignante et les défis que j’ai relevés m’ont amenée plus loin. Mes questions m’ont forcée à creuser. J’ai ainsi tenté d’y répondre avec des collègues conseillers pédagogiques, professionnels, cadres et enseignants. Parce que le travail que nous faisons au Cégep de Rimouski se fait principalement en équipe. Nous déployons beaucoup d’efforts pour mettre en commun nos expériences. Cette reconnaissance m’encourage à continuer dans ce sens, à travailler en collégialité. »

Un code d’éthique avec quatre valeurs
L’équipe de conseillers pédagogiques du Cégep de Rimouski a d’ailleurs senti la nécessité, il y a quelques années, de se doter d’un code d’éthique. Parmi les quatre valeurs qu’ils ont retenues comme fondamentales pour faire un travail de développement durable avec les équipes d’enseignants et de cadres qu’ils accompagnent figure en tête de liste la collégialité. « C’est la confiance qu’en mettant en commun nos recherches et nos découvertes, nous pouvons aller beaucoup plus loin. On dit souvent : 1 + 1 = 3. La deuxième valeur, c’est le respect des autres et de leur champ de compétences : il faut nous donner des espaces de réflexion qui sont exempts de jugement, qui ne sont pas des lieux d’évaluation des enseignants. Nous avons également retenu comme valeur l’autonomie professionnelle. La conscience que chacun a un certain nombre de compétences et un pouvoir d’action. Le conseiller pédagogique est un guide dans le questionnement et, souvent, le professeur trouve lui-même la stratégie adaptée au contexte de sa classe, qu’il connait mieux que quiconque. Notre quatrième valeur se rapporte au développement professionnel : avec toutes les personnes que nous rencontrons, avec toutes les équipes que nous accompagnons, nous partons avec l’idée que ce sont des personnes, des équipes en mouvement sur le chemin de leur développement professionnel.  Nous gagnons à nous offrir des espaces de codéveloppement pour mettre en commun nos expériences. Ensemble, nous apprenons à nous ancrer dans nos forces, à connaitre nos faiblesses, à nous donner le droit à l’erreur, pour avoir du “plaisir à apprendre”, comme le dirait Philippe Meirieu. »

Le rôle essentiel du réseau Performa et de l’AQPC
Pour elle, un moment essentiel fut son entrée dans le réseau Performa. En devenant répondante locale, elle a pu rencontrer des conseillers pédagogiques venant de partout au Québec. Dès le début de son enseignement, elle éprouvait le besoin de travailler en réseau. « J’ai découvert ce lieu à l’AQPC, mais également dans le réseau Performa, un partenariat très original en soi. Il permet aux conseillers pédagogiques des cégeps de créer des cours de pédagogie et de didactique sur mesure pour répondre aux besoins des profs qu’ils retrouvent chez eux, mais également de partager avec d’autres collèges le fruit de leurs efforts en échangeant les cours qu’ils montent. J’ai ainsi rencontré des collègues extrêmement dynamiques, créatifs, compétents et rigoureux. Donner des cours m’a conduite à me dépasser, à approfondir ma compréhension des cadres de référence, à faire des rencontres. J’ai ainsi rencontré des personnes qui sont devenues des modèles pour moi, qui se distinguent entre autres par leur attitude très professionnelle alliant rigueur et humanité. Sans ces modèles, je n’aurais pas pu faire le chemin que j’ai fait et je leur rends hommage parce que, pour moi, le prix signifie également remercier toutes ces personnes qui ont jalonné mon parcours. »

Une tâche qui lui tient à cœur : l’accompagnement des équipes-programmes
À la question qui lui est posée concernant les dossiers et les projets qui l’intéressent, Annie-Claude précise qu’au Cégep de Rimouski, comme c’est également le cas dans d’autres cégeps, les programmes sont partagés entre les différents conseillers pédagogiques, et d’autres dossiers s’ajoutent à leur tâche. Par exemple, elle accompagne les équipes-programmes, mais elle est également responsable du perfectionnement des enseignants. Elle travaille à plusieurs dossiers, ce qui lui permet d’avoir plusieurs cordes à son arc et de faire les liens entre les différents chantiers. « Je dirais que l’accompagnement des équipes-programmes demeure une des tâches qui me tient le plus à cœur, parce que c’est là que nous sommes le plus dans le concret, à savoir ce qui se passe dans les programmes, dans les classes, là où se fait la mise en commun des stratégies, des outils pédagogiques, et là où on observe le fruit de la coconstruction avec les enseignants. J’accompagne aussi les nouveaux professeurs dans le cadre de formations créditées et non créditées. C’est là que je peux m’ancrer dans mes apprentissages, me rappeler les défis que j’ai moi-même connus. Cela me tient à cœur étant donné qu’ils arrivent avec un bagage. Ils ne sont pas toujours conscients de tout ce qu’ils savent ou de ce qu’ils ont développé comme compétences dans le cadre de leurs différentes expériences de travail qui ne sont pas nécessairement dans le milieu de l’enseignement. »

« La découverte du plaisir d’apprendre reste l’acte fondateur de toute éducation » Philippe Meirieu
Annie-Claude considère que c’est une chance de travailler dans le milieu collégial où se côtoient des professionnels et des experts de plusieurs domaines qui ont la possibilité de travailler ensemble aux programmes. « Il s’agit là d’un très grand privilège. J’aime encourager les échanges entre les disciplines en favorisant les différentes formes de liens entre les disciplines. Cela se réalise en encourageant le dialogue entre professeurs qui posent des regards différents sur le monde. Au bout du compte, quand tout cela est mis en commun, ça rend la réalité encore plus intéressante, riche et complexe. Nous pouvons ainsi résoudre des problèmes plus grands, parce que nous avons plusieurs lunettes pour regarder le monde. Au Cégep de Rimouski, plusieurs projets interdisciplinaires sont en cours, soutenus par des conseillers pédagogiques et menés par des professeurs de grande compétence. Philippe Meirieu, dans Le plaisir d’apprendre, écrit : “La découverte du plaisir d’apprendre reste l’acte fondateur de toute éducation.” Et je crois que cela ne se fait pas sans découvrir le plaisir de l’effort. Cela s’applique autant aux étudiants qu’aux enseignants et conseillers pédagogiques... Pour s’épanouir dans le réseau collégial, il faut aimer apprendre ! »

« Il faut apprendre à naviguer dans un océan d’incertitudes à travers des archipels de certitudes » Edgar Morin
Annie-Claude conclut en affirmant qu’à travers ce cheminement persistent toujours de nombreuses questions. « Edgar Morin dans Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur : “Il faut à apprendre à naviguer dans un océan d’incertitudes à travers des archipels de certitudes”... Et cela vaut la peine ! La liberté est le fruit de nos efforts ! Cela me parle beaucoup dans le monde d’aujourd’hui où tout se développe très rapidement et où la connaissance est partagée d’une manière tout à fait nouvelle. Il faut ainsi apprendre à développer un rapport à la connaissance sain, développer notre sens critique, gérer nos incertitudes afin de voir clair et de rester libres dans la conception que nous avons du monde. C’est ce qui m’anime. L’éducation, c’est essentiel pour la liberté et j’y crois énormément comme être humain et citoyenne. »

Une étincelle pédagogique
Dans son hommage, l’AQPC a rappelé que les collègues de Mme Prud’homme « soulignent qu’elle est une étincelle pédagogique pour chaque personne avec qui elle travaille ainsi que pour tous les projets qu’elle touche. Que ce soit par son engagement, sa rigueur, son écoute, son organisation, ses talents de vulgarisatrice, sa générosité ou son expertise pédagogique, tous les projets auxquels elle participe sont contaminés positivement et assurés de succès ». 

Dossier préparé par Alain Lallier, éditeur en chef, Portail du réseau collégial



Prix Vecteur pédagogique : discours de remerciement prononcé par Annie‐Claude Prud’homme le 6 juin 2018 à Saint‐Hyacinthe, dans le cadre du colloque annuel de l’AQPC
 

Le prix Vecteur pédagogique est remis annuellement, lors de l'ouverture du colloque de l'Association québécoise de pédagogie collégiale (AQPC), à un professionnel ou à une professionnelle qui, au sein d'un établissement membre associé de l'Association, occupe une fonction d'accompagnement ou de soutien pédagogiques auprès des enseignants ou des gestionnaires de son collège. La personne qui reçoit ce prix national se distingue notamment par l'importance des retombées de son travail pédagogique dans son milieu.

Crédit photo: AQPC.

Merci à l’AQPC pour l’honneur qui m’est fait! Merci pour ces lieux de rencontre qui nous sont donnés chaque année, comme le colloque que nous commençons aujourd’hui, où nous pouvons mettre en commun questions et découvertes. Nous arrivons d’horizons géographiques différents, mais aussi de différentes origines disciplinaires et professionnelles, et nous portons les mêmes questions : quoi faire apprendre et comment? Il y a aussi avec nous une foule que nous ne voyons pas, qui porte les mêmes questions : je pense à tous les profs qui nous ont enseigné, qui nous ont marqués et qui nous ont donné envie de travailler dans une école! J’ai eu la chance cette année de me rendre en Haïti pour rencontrer des enseignants qui m’ont posé les mêmes questions que nous nous posons, et ils pouvaient tous nommer un prof qui les avait inspirés. Ils ont dit avoir besoin d’espaces pour mettre en commun leurs questions. Ce qui me fait dire que la solidarité que je ressens à chaque colloque, à chaque publication de la revue Pédagogie collégiale, elle ne va pas de soi. Il y a beaucoup de personnes qui travaillent pour rendre ça possible et je les remercie sincèrement. Je reçois le prix Vecteur pédagogique comme un encouragement à continuer de me poser des questions et à y répondre avec mes collègues du réseau…

Derrière chacun des projets que j’ai menés, il y a une question. J’ai découvert un jour qu’à l’origine du mot question, il y a le mot quête… C’est peut‐être pourquoi le poète Rilke écrivait l’importance de vivre à fond ses questions pour entrer, un jour, dans les réponses. Plus près de chez nous, Gilles

Vigneault, qui étudié au séminaire de Rimouski, a dit : « Une question, c’est un tremplin! » Et c’est tellement vrai! Des questions, je m’en posais beaucoup, à mes débuts comme prof de français et de littérature à Montréal. Je remercie mes collègues de cette époque, et mes étudiants qui m’ont fait confiance et qui m’ont aidée à entrer peu à peu dans les réponses. Merci à Maggie, à Catherine et à tous les autres!

Puis il y a eu le chemin de Compostelle, et le désir de réaliser un rêve : celui de quitter la grande ville pour le Bas‐du‐Fleuve, pour vivre dans l’air salin et dans un collège en lien étroit avec sa communauté. Je suis devenue conseillère pédagogique. Et j’ai depuis l’opportunité d’explorer mes propres questions, mais aussi celles de ceux que j’accompagne, et d’avancer avec eux. Pour y arriver, j’ai étudié beaucoup, mais les apprentissages les plus importants, je les ai faits grâce aux personnes que j’ai rencontrées, que je veux les remercier aujourd’hui.

D’abord, je remercie la direction du Collège de Rimouski! Merci, Richard Tousignant, pour ton accueil inoubliable! Merci, Dany April, pour ton esprit d’innovation… et bonne retraite! Merci, Jocelynn Meadows, pour ton professionnalisme très inspirant et ta capacité à faire surgir le meilleur des personnes qui t’entourent.

Merci à mes collègues conseillers pédagogiques d’hier et d’aujourd’hui! Jean‐Pierre Lamontagne, pour ta bienveillance et ta complicité dans de nombreux projets : code d’éthique des conseillers pédagogiques, codéveloppement, approche‐programme… Merci, Ann‐Marie Nadeau, pour ta rigueur exemplaire et ton dévouement! Merci, Catherine Gélinas, pour ton joyeux soutien et tes questions pertinentes! Merci à tous les autres collègues de la direction des Études du Cégep de Rimouski, que je salue!

Merci aux répondants locaux PERFORMA avec qui j’échange depuis des années et aux membres du Groupe de travail sur la didactique. J’apprends de vous! Merci à l’équipe du secteur PERFORMA pour tous les espaces de partage et les rencontres essentielles que j’y ai faites. Je pense à Marie‐ Claude Pineault, une pédagogue hors pair qui m’a donné l’occasion de coanimer mon premier atelier à l’AQPC! Nicole Bizier, mon vecteur didactique, dont le livre, L’impératif didactique, a été pour moi une révélation! Léane Arsenault, une grande source d’inspiration! Léane, tu réunis des qualités qu’on ne retrouve pas si souvent ensemble : la curiosité intellectuelle, l’érudition qui en découle et l’humanité… Merci d’être mon guide!

Merci aux collègues enseignants du Collège de Rimouski que j’accompagne et à qui j’enseigne. J’admire vos multiples compétences, votre énergie et votre amour des étudiants! Tous ensemble, nous apprenons à nous ancrer dans nos forces, à connaitre nos faiblesses, à nous donner le droit à l’erreur, pour avoir du plaisir à apprendre, comme le dirait Philippe Meirieu.

Enfin, toute ma gratitude à mes merveilleux amis et à ma famille, en particulier à mon père et à ma mère qui m’ont transmis le goût d’apprendre, le goût d’étudier. Merci à ma nièce et filleule, Rafaële, trois ans, dont le regard sur le monde, concentré et fasciné, pose déjà d’excellentes questions!

Gilles Vigneault, dans L’Apprenti sage, a écrit :

On devrait observer chaque jour une minute de silence
En hommage à tout ce qui naît dans le monde à chaque seconde... En mémoire de l'avenir

À vous tous, artisans de l’avenir, bon colloque! Et bienvenue à Rimouski pour le colloque 2019!

 

Annie‐Claude Prud’homme, conseillère pédagogique, Cégep de Rimouski



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