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Entretien avec monsieur Robert Poulin, lauréat du Prix Gérald-Sigouin 2016



Lors du dernier colloque de l’AQPC tenu à Québec en juin dernier, M. Robert Poulin s’est vu octroyer le Prix Gérald-Sigouin pour sa carrière de bâtisseur et de rassembleur dans le réseau collégial. Son cheminement de carrière à travers un parcours non traditionnel, les grands dossiers qui l’ont mobilisé et sa vision du réseau collégial justifient amplement cette marque de reconnaissance.

À gauche, Sonia Mailhot, conseillère en assurances de groupes chez SSQauto; au centre, le lauréat du prix Gérald-Sigouin 2016, Robert Poulin, retraité du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur; à droite, Fanny Kingsbury, directrice générale de l’Association québécoise de pédagogie collégiale. (Crédit photo : Gabriel Marceau)

De professeur de cégep à directeur général de l’enseignement collégial
Diplômé du cégep, Robert Poulin poursuit des études en économie et commence sa carrière comme enseignant au Cégep de l’Outaouais. Il affirme avoir beaucoup aimé cette expérience. Tout en enseignant, il s'engage dans plusieurs comités directement en lien avec le réseau et découvre l’importance de la collaboration. Président du syndicat local, ses contacts avec les gens de la FNEEQ lui font comprendre la diversité et la vitalité du réseau collégial.

Un concours de circonstances le conduit au gouvernement du Québec à la recherche d’un intervenant apte à travailler sur les indicateurs du collégial dans la mouvance de la réforme Robillard et de l’approche par compétences. Robert Poulin est un pédagogue dans l’âme. La qualité de l’approche pédagogique constitue le fil conducteur de son cheminement : « J’ai toujours aimé travailler dans un réseau où coexistait un partage de collaboration et de concertation. » Au Ministère, il accède au poste de directeur du soutien aux établissements couvrant l’ensemble des problématiques programmes et pédagogiques, des technologies de l’information et des communications ainsi que des plans de réussite. « Je nageais comme un poisson dans l’eau. J’étais vraiment dans l’univers qui m’intéressait. J’ai pris de l’expérience et je suis devenu directeur général après le départ de Guy Demers.» 

Des dossiers de développement qui l’ont mobilisé
De son passage au Ministère, Robert Poulin retient surtout les dossiers de développement sur lesquels il a travaillé. « Mon leitmotiv a toujours été de travailler avant tout pour les étudiants. » Il retient entre autres la relance au collégial qu’il a développée à l’aide de sondages téléphoniques. Grâce à cette nouvelle façon de faire, le taux de réponse a triplé. « J’ai embauché des étudiants en Techniques de recherche et de sondage provenant des trois collèges qui offraient ce programme pour faire le travail pendant l’été. » Après la Réforme, il travaille avec les registraires au développement de nouveaux systèmes informatiques de sanction par compétences, le système des objets d’études (SOBEQ) et le nouveau bulletin d’études par compétences, et ce, en collaboration avec les registraires et les directeurs des études à la Commission des affaires pédagogiques. Il a de plus coordonné le développement de l’épreuve uniforme en français et en anglais avec la collaboration de Mme Nicole Lirette et de M. Jean-Denis Moffet.

Le programme de soutien pour les personnes en situation de handicap
Parmi les trois dossiers qui retiennent particulièrement son attention, le développement du programme de soutien aux personnes en situation de handicap arrive en tête de liste : « Je crois beaucoup à la notion du collège inclusif dont on parle souvent aux Nations unies. Tous les étudiants qui ont la capacité intellectuelle de réussir ont droit à une éducation collégiale. Chaque collège doit mettre en œuvre un environnement propice pour que ces gens-là réussissent, qu’ils développent leur fierté et leur dignité, qu'ils deviennent des citoyens qui participent activement à l’économie et à la société plutôt que d’en dépendre. Nous avons réussi à obtenir les budgets nécessaires pour les collèges en région afin d'assurer des services à ces étudiants, et ce, en collaboration avec les trois centres désignés. Voilà un dossier qui m’a beaucoup stimulé et dont je suis fier. Il y a encore beaucoup à faire, mais le projet est bien lancé. »

Les TIC dans l’enseignement et l’apprentissage
À l’époque, plusieurs organisations, dont le CCDMD, la Vitrine technologique ou le DEC-CLIC, le Cégep à distance et le CDC travaillaient à la promotion des TIC dans l’enseignement et l’apprentissage. Conscient des recoupements entre ces différents organismes, la principale contribution de Robert Poulin fut de leur demander de mieux définir leur mission respective et les interactions entre eux. Dans un projet pilote entourant la mise en œuvre du nouveau programme en sciences humaines, le Ministère a ainsi demandé à chaque organisme de préciser sa contribution. « Cette démarche a créé une synergie extraordinaire. À cette occasion, une communauté de pratique a été mise en place. Elle est devenue par la suite le Réseau des REPTICS qui est maintenant sous la responsabilité de la Fédération des cégeps. L’espace ProfWeb fut créé par le Ministère pour aider les professeurs à parfaire leurs compétences dans l’utilisation des TIC, et le mandat a été confié au Cégep Limoilou. Nous avons ainsi assisté à la naissance de ProfWeb. J’ai aussi présidé le Conseil national des normes de l’utilisation des TIC en enseignement et en apprentissage, le CCCNAL. Cinq provinces y participaient. Nous avons développé, avec Pierre-Julien Guay de la Vitrine technologique, une norme internationale avec les comités ISO à l’échelle mondiale. Les Canadiens ont d’ailleurs été les chefs de file du projet avec les Coréens. Nous avons réussi à créer une norme entièrement pour l’éducation. Cette normalisation internationale a permis que tous les développements réalisés dans le réseau collégial soient conformes à cette norme et réutilisés sur n’importe quelle plate-forme. Voilà une belle mutualisation des ressources développées avec de l’argent public.
« Nous avons ainsi attaqué les TIC sous plusieurs angles : la diffusion et la confection des catalogues permettant de rendre les ressources accessibles pour tout le monde et de faire circuler les meilleures pratiques. Cette grande avancée a été reconnue internationalement. »

La recherche
Robert Poulin a travaillé très fort au développement des programmes de soutien à la recherche au collégial. Il rappelle que la spécificité du réseau collégial et de sa clientèle, différente de celle du secondaire, commandait une recherche spécifique sur les stratégies d’enseignement à ce niveau, d’où la naissance d’un programme du type de PAREA. « Les centres spécialisés, qui deviendront les CCTT, répondaient aussi à des besoins spécifiques de transfert technologique vers des PME du Québec. Le Ministère jugeait important le travail du Réseau Trans-Tech et de l’ARC pour stimuler la recherche au collégial. La recherche faite dans les CCTT a aussi permis le développement des connaissances et un transfert dans l’enseignement des techniques. Les collèges se sont inscrits dans une dynamique d’enseignement supérieur et ont réclamé d’en faire partie à part entière. J’ai participé à tout ce qui s’est fait en recherche au fil des ans. »

Robert Poulin tient à souligner que, par delà la recherche en éducation et celle des CTTT, on oublie souvent que la recherche disciplinaire occupe aussi une place significative. «En effet, il y a dans les collèges des activités de recherche disciplinaire ou de création dans tous les grands domaines à savoir celui en Nature et Technologie, celui en Santé et celui en Sciences sociales, Arts et Lettres ( les mêmes grands domaines que ceux qui constituent les trois Conseils canadiens de recherche ou les trois grands Fonds de recherche du Québec).»

La recherche au collégial n’a pas atteint sa pleine maturité
Malgré les avancées significatives en recherche dans le réseau collégial, Robert Poulin ne croit pas qu’elle ait atteint sa pleine maturité : « Si on le regarde sous l’angle du nombre de CCTT, je crois que nous avons atteint le maximum. Le Réseau des CCTT souhaiterait qu’il y ait des rapprochements entre certains centres afin de leur donner une taille plus importante en vue de faire des économies d’échelle. Par ailleurs, la recherche au collégial continue de souffrir d'une grande méconnaissance. Nombre d’universitaires ne la prennent pas au sérieux ou la voient comme une menace. Étant donné que les ressources des grands fonds subventionnaires de recherche ont des limites, la venue d’un nouveau joueur est perçue négativement. Quant à moi, je considère que ces centres de recherche sont complémentaires. La grande spécificité des CCTT, c’est leur proximité avec les PME : proximité géographique; proximité dans la vulgarisation scientifique; proximité quant aux besoins des petites et moyennes entreprises, notamment en ce qui concerne l’ampleur des projets. Pour les CCTT, réaliser des projets avec des montants entre 5 000 $ et 45 000 $, c’est courant. Les universitaires, quant à eux, s’intéresseront à des projets de plus de 250 000 $. C’est en ce sens qu’ils sont complémentaires. Il est nécessaire pour la survie de nos PME qu’elles soient compétitives et qu’elles adoptent des technologies à jour. Les CCTT font dans ce sens un excellent travail. »

La recherche au collégial est mal financée
Pour Robert Poulin, la recherche au collégial est mal financée parce qu’elle est méconnue : « Nos efforts nous ont permis d’être reconnus par les grands fonds subventionnaires du Québec et d’Ottawa. Mais, avec la période d’austérité que nous connaissons, nous constatons une fermeture. La bataille est toujours à refaire. Ce qui est inscrit dans la Loi des collèges concerne la recherche appliquée, mais il se fait beaucoup plus que cela dans les cégeps, et cela devrait être inscrit dans leur mission générale à titre de maisons d’enseignement supérieur. Les enseignants qui veulent faire de la recherche sont mal soutenus. L’argent n’est pas là pour établir des bureaux de recherche dans les établissements. Un enseignant qui veut faire de la recherche doit préparer son projet et sa demande de financement lui-même, sans dégagement, et ce, en dehors de ses heures de travail. Ce n’est pas le cas dans les universités, où cela fait partie de la tâche du professeur. Il y a indéniablement lieu de revoir les conditions dans lesquelles se fait la recherche au niveau collégial. »

L’avenir des cégeps
Les cégeps fêteront bientôt leur 50e anniversaire. Robert Poulin a vécu dans le réseau 35 ans. Nous lui avons demandé quel regard il pose sur toutes ces années de développement et sur l'avenir du réseau : « Malgré le fait que le réseau des cégeps se soit développé rapidement et avec une certaine impression d’improvisation au tout début, le succès est étonnant. Si on fait le bilan, les cégeps ont permis à beaucoup de personnes d’accéder à des études supérieures et aux études universitaires. Les cégeps ont aussi permis de restructurer la formation des techniciens. La qualité a beaucoup augmenté. En devenant un réseau fort, plusieurs programmes ont été créés. Je suis fier des techniciens que les cégeps ont formés en nombre et en qualité. De nombreuses entreprises viennent s’installer au Québec pour la qualité des techniciens qu’on y trouve. Plusieurs pays ont voulu copier notre approche par compétences. Les cégeps, c’est un succès. Nous sommes chanceux d’avoir accompli cette réforme de l’éducation dans les années 70. »

Les cégeps : des catalyseurs de développement régional
Pour Robert Poulin, les cégeps ont non seulement faciliter l’accès aux études supérieures en région, mais ont également été des catalyseurs de développement. La présence d’enseignants avec des bacs et des maîtrises a permis la création d’une communauté d’intellectuels qui ont aidé les entreprises à se développer. Sur le plan culturel et sportif, le cégep a permis l’accès à des installations sportives, à une salle de spectacle. Cette contribution au développement culturel est importante surtout là où il n’y a pas d’université. « Si les cégeps n’avaient pas été là, l’exode des jeunes des régions aurait été encore plus problématique. »

Et pour l’avenir, y a-t-il des changements souhaitables?
« Dans le contexte démographique actuel et anticipé, nous risquons de nous retrouver avec des équipements en surplus. Mettre à jour ces équipements technologiques coûte toujours extrêmement cher. Il faudrait que les établissements collaborent plus entre eux pour essayer de faire davantage de mutualisation. Je ne sais pas s’il faut changer les structures, qu’il y ait des fusions ou des façons différentes de déployer les services d’enseignement au collégial. Mais si la population étudiante continue de diminuer, il faudra assurément revoir la façon dont on offre le service. Le Rapport Demers propose des pistes de solutions à cet égard, comme la formation à distance. Il faut contester aussi la rigidité du Régime des études actuel, où le renouvellement des programmes ne va pas au même rythme que le changement des besoins de la société, des entreprises et de l’évolution technologique. Les collèges devraient avoir un peu plus d’autonomie dans la mise à jour des programmes pour mieux les adapter à leur région. Mais en même temps, il faut que les ressources suivent. »

Plus d’importance à la formation continue
Selon Robert Poulin, il faut attacher plus d’importance à la formation continue : « Nous sommes dans une économie en continuelle mouvance. Les gens changent plus fréquemment de situation, de métier. Les entreprises utilisent des technologies qui évoluent très rapidement dans un contexte de compétition planétaire. Il faut suivre la parade ou être dans la parade. Dans ce contexte, il nous faut une formation continue qui soit plus ouverte et beaucoup mieux financée qu’elle ne l'est actuellement. La contrepartie à la baisse du nombre d’étudiants à l'enseignement régulier devrait être compensée par des activités plus importantes au niveau de la formation continue, et ce, avec un financement à la clé. »

Pour une formation de base qui permet de s’adapter tout au long de la vie
« Les cégeps doivent se rapprocher des besoins des entreprises, mais sans en faire une maladie. Il faut aussi donner à l’étudiant de l'enseignement régulier une base qui lui permettra de s’adapter, d'outrepasser le stade d'un technicien qui maîtrise une certaine technologie, qu’on exploite, puis qu’on rejette une fois que la vague a passé. Nous devons non seulement former une personne polyvalente, un bon citoyen doté d’un esprit critique, mais également lui offrir une formation qui lui permettra de se recycler plusieurs fois au cours de sa carrière. » 

Pour une révision de la formation générale
Dans le contexte des réformes proposées par le Rapport Demers, les professeurs de la formation générale craignent de voir diminuer le nombre de cours de français ou de philosophie. Robert Poulin croit qu’il y a moyen de revoir la formation générale pour l'actualiser : « Les méthodes de travail intellectuel ont beaucoup changé avec la numérisation. Il faut regarder, sans que les disciplines se sentent menacées, comment cette nouvelle réalité permettrait de revoir la formation générale qui s'avère fort importante dans le devis de formation collégiale. Les disciplines doivent poursuivre ensemble une réflexion au-delà des visées corporatives qui existent et relever les défis qui nous confrontent. Cela s’avère essentiel à mes yeux. »

Texte et entrevue réalisés par Alain Lallier, éditeur en chef et édimestre, Portail du réseau collégial





 
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