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La musique d’aujourd’hui à la portée des mélomanes de demain



 

Entrevue de Mme Marie Lacoursière avec Mme Nathalie De Grâce, enseignante au département de musique du Cégep de Sherbrooke  depuis 5  ans. Elle compte plus de 22 ans d’expérience en enseignement de la musique tant au primaire, au secondaire, au collégial que dans le milieu universitaire (1) 

Mis sur pied par le Cégep de Sherbrooke en partenariat avec le Centre de musique canadienne au Québec, le Prix collégien de musique contemporaine (PCMC), en est à sa 7e année d’existence. Le concours se veut une occasion de faire connaître la musique d’aujourd’hui aux mélomanes de demain. Les étudiants et les étudiantes participants s’ouvrent à des mondes sonores nouveaux et raffinent leurs jugements artistiques, les professeurs disposent d’un moyen didactique efficace et pertinent, et les compositeurs y voient un outil de promotion propice à leur rayonnement artistique. Neuf cégeps et conservatoires participent cette année à ce prix collégien de musique, ce sont les cégeps de Ste-Foy, de Trois-Rivières, de Drummondville, de Sherbrooke, de Lanaudière, Marie-Victorin, ainsi que l’École de musique Vincent D’Indy, le Conservatoire de musique de Québec et le Conservatoire de musique de Saguenay.

Les cinq finalistes de la 7e édition du concours sont connus. Il s'agit de  Gabriel Dharmoo; Julien Robert Legault-Salvail; Jérôme Blais; Martin Bédard; Cléo Palacio-Quintin.C’est maintenant au tour des étudiants et des étudiantes de débattre de leurs goûts artistiques à partir des œuvres de ces cinq compositeurs et de jouer le rôle de jurés.

Un peu d’histoire

Mesdames Line Villeneuve et Chantale Boulanger, toutes deux enseignantes au département de musique et soucieuses de mettre sur pied un projet d’innovation pédagogique, lancent l’activité en 2008. Madame Nathalie De Grâce, actuellement enseignante au département de musique du Cégep et répondante de l’événement depuis 3 ans, a accepté de nous expliquer la genèse du prix : « Elles avaient repéré que de belles compositions musicales créées par nos compositeurs demeuraient méconnues des étudiants inscrits au programme de musique et qu’il existait, de fait, un écart significatif entre ce que ces derniers écoutaient et ce qu’ils devaient connaître. Dans la foulée d’une refonte pédagogique, elles ont mis de l’avant le projet qui voulait faire un lien avec la génération des étudiants inscrits au cégep et celle des compositeurs du Concours de musique du Canada (CMC). » 

Le concours naît à l’instar du Prix littéraire des collégiens

« L’idée du concours est née à l’instar du Prix littéraire des collégiens bien connu dans le réseau collégial depuis 12 ans », précise Nathalie De Grâce. « Les instigatrices se sont dit que si l’initiative allait bon train au regard de la littérature, il pourrait en être de même sur le plan de la littérature musicale. C’est donc à l’intérieur du cours de langages musicaux 4, Histoire de la musique du moderne au contemporain, que l’activité fut intégrée. Le concours fut lancé à petite échelle en association avec quelques établissements et d’année en année les inscriptions à l’évènement se sont fidélisées. » Le Prix collégien de musique contemporaine est en soi une activité engageante qui encourage l’implication personnelle, suscite le débat et requiert un bon esprit de décision.

De nombreuses personnes sont mises à contribution

Un jury constitué de 5 à 7 professionnels du milieu est chargé de l’analyse des 15 à 25 candidatures déposées annuellement. Il rassemble des professeurs de cégeps qui enseignent la littérature musicale, des compositeurs dont le lauréat de l’année précédente des musicologues  dont un de la Société québécoise de la recherche en musique , un des principaux partenaires du concours , ainsi que des interprètes de musique contemporaine. Le Centre de musique canadienne au Québec  est le partenaire principal de l’événement. « Le Centre croyait dès le début à cette aventure qui s’avérait être une excellente façon de faire connaître leurs compositeurs », ajoute Nathalie De Grâce. Le CMC-Québec s’assure, entre autres, de la promotion du concours auprès de ses membres, de l’évaluation minutieuse des dossiers de sorte que l’anonymat des candidats soit assuré afin que les membres du jury ignorent l’identité des participants de même que le titre original des œuvres déposés, ainsi que de la mise en ligne de vidéos promotionnelles de chacun des 5 finalistes à l’intention des étudiants. »

La participation des auteurs et la sélection des œuvres

Le processus de sélection est serré. Les auteurs doivent être admis par le CMC - Québec et avoir une certaine notoriété dans leur domaine, i.e. porter le titre de compositeur agréé de leur association. Ils soumettent une bande sonore de bonne qualité d’environ 15 minutes, ou moins, d’une œuvre enregistrée l’année précédant le concours. Comme le concours s’adresse à des collégiens, les compositions de plus de 15 minutes sont refusées. La bande audio comme la partition doivent être anonymes et la composition peut être de musique acoustique, électro acoustique, mixte ou de musique actuelle. Les 20 compositions reçues par le CMC-Québec sont transférées au Cégep de Sherbrooke et c’est un comité qui procède dans l’anonymat à la sélection des 5 finalistes. Les cégeps participants reçoivent par la suite la biographie, la partition, la bande sonore des 5 compositions mises en lice pour le concours.

Étude des œuvres en lice et choix de l’œuvre gagnante

Une centaine de participants s’inscrivent dans ce processus d’études des œuvres en lice
et c’est en classe que se fait l’étude des 5 compositions. La méthode pédagogique
pour ce faire est laissée au choix du professeur dans chaque établissement. Le vote se
tient au terme de l’étude des œuvres; chaque cégep transmet par la
suite ses résultats et une  compilation de l’ensemble est faite au CMC. Le
candidat qui cumule le plus de points se voit attribuer la première place et une bourse
de 1000 $ de la part de CMC-Québec. Un prix supplémentaire d’une valeur de 1500 $
est octroyé conjointement par la Fondation du collège et PLAV audio à la composition d’une œuvre musicale créée par des étudiants du département de musique.

Le gagnant de l’édition 2014, Tim Brady, a composé la pièce Le trio de l’EST, une œuvre pour flûte traversiaire ,  guitare électrique et piano qui sera interprétée par des étudiants du département en première mondiale dans le cadre du Gala du 12 mai prochain.

Depuis 2008, la majorité des œuvres originales gagnantes ont été enregistrées via le projet de disque promotionnel du département intitulé Récolte musicale du printemps.Comme Le Prix collégien de musique contemporaine vise  à promouvoir la musique contemporaine et à initier les étudiants à des sonorités nouvelles, les bandes sonores en lice sont présentées en classe dans le cadre, par exemple, d’un test à l’aveugle. Les étudiants sont invités à déterminer le gagnant du premier prix,

à préciser et expliquer les critères de sélection ainsi que les raisons qui motivent leur choix. Cet exercice suscite beaucoup de questions quant à la place de la musique dans la société, quant aux raisons qui déterminent le choix d’une composition par rapport à une autre. «Les arguments fusent de toutes parts, explique l’enseignante. Je les divise dans un premier temps en équipes. Chaque équipe cible un compositeur et, dans le cadre de présentations orales devant la classe, chacune explique son coup de cœur. L’exercice favorise l’appropriation des connaissances autour du contexte de création, du langage musical, de la critique, et de la structure musicale. Ils expérimentent l’argumentation objective qui les amène à affiner les critères initialement identifiés et suscite des changements de points de vue. »

Justifier leur coup de cœur et découvrir les bienfaits de l’argumentation

 L’ensemble de l’exercice est captivant, de conclure Nathalie De Grâce.
« Il permet l’approfondissement de la réflexion quant à la place de la musique dans la société actuelle et suscite un engouement pour la musique contemporaine. J’ai cru
énormément à ce projet et j’y crois toujours dans la mesure où l’étudiant s’engage
dans la démarche. Cet engouement est partagé par les 7 autres cégeps qui reviennent
d’année en année.

Un blogue sur le site Facebook de notre établissement en témoigne. Nous y retrouvons des commentaires judicieux et révélateurs des étudiants. » Nathalie De Grâce envisage différents développements possibles pour le concours qui favoriserait plus d’interactions entre les collèges et les étudiants. Nous pouvons retrouver sur ce site
toutes les informations se rapportant aux modalités du concours. Les nouveaux lauréats
seront connus le 12 mai dans le cadre d’un 5 à 7dans le hall de la salle Alfred-Desrochers en présence de tous les partenaires.

Note (1)….Depuis 2008, madame Nathalie De Grâce se démarque par ses projets
innovants : Plattsburgh (2007-2009), Un Vent d’histoire (Prix Forces Avenir, catégorie
Projet engagé au collégial 2010), Projet Miami (2011-2012), Projet iSCORE(2013-).  Elle vient de compléter le microprogramme de 3e cycle en pédagogie de l’enseignement supérieur de l’Université de Sherbrooke (2013) et poursuit actuellement un projet de recherche dans le domaine des pratiques éducatives innovantes dans le cadre du DPES.

Entrevue réalisée par Mme Marie Lacoursière le 13 février 2015.



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