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La valorisation du français au collégial



Colette Ruest, Animatrice du Réseau Repfran au Carrefour de la réussite du réseau  collégial de la  Fédération des cégeps

Cinq ans après l’annonce du cadre de mesures ministérielles pour la valorisation et l’amélioration du français dans les collèges, où en sont rendus les établissements? Comment les répondants et répondantes de ce dossier, les repfrans, ont-ils rempli leur « ambitieuse et délicate mission »? Pour le savoir, le Carrefour de la réussite, qui soutient le Réseau Repfran depuis 2012 conformément au mandat que lui a confié le Ministère dans son plan quinquennal, les a invités en novembre dernier à répondre à un questionnaire de bilan visant « à identifier les actions/mesures/activités qui ont vu le jour, se sont poursuivies ou ont été bonifiées grâce à la subvention » du Ministère.

Rappelons que le cadre de mesures ministérielles visait «la mise en place d’une offre accrue de services permettant d’améliorer la maîtrise du français dans les collèges francophones et anglophones.» Il voulait « assurer une plus grande cohérence dans le suivi des actions et apporter une réponse adaptée aux besoins des élèves, du personnel enseignant et de la communauté collégiale ». Les collèges avaient notamment l’obligation d’inscrire « le français au cœur des préoccupations dans tous les cours de la formation spécifique », autant au secteur préuniversitaire qu’au secteur technique. Au cadre de mesures était annexé le Référentiel de compétences langagières décrivant les compétences langagières exigées lors de l’embauche du nouveau personnel enseignant.

Le bilan fait état de la situation que permettent de décrire les réponses provenant de 52 collèges (48 francophones, 4 anglophones -- 47 publics et 5 privés). Il a fait l’objet de présentations à la Commission des affaires pédagogiques de la Fédération des cégeps (CAP), qui lui a donné un appui unanime le 18 mars, au colloque du Carrefour de la réussite et à la Journée Repfran des 7 et 8 avril. Les tendances qui s’en dégagent dessinent des figures à géométrie variable selon les décisions des collèges.

Qui sont les repfrans dans les collèges? Grosso modo, 60 % sont des professeurs de français et 40 % des conseillers et conseillères pédagogiques. Selon les mandats qui leur ont été confiés, on peut dire qu’ils et elles ont été des conseillers, des animateurs, des formateurs qui enseignent et qui accompagnent. Leur rôle a fait d’eux des défenseurs de la qualité de la langue, des inspirateurs et des instigateurs de projets, des catalyseurs d’actions, des promoteurs de la valorisation du français dans les collèges. Le résumé qui suit reprend les grands axes d’intervention autour desquels s’articulent le cadre de référence de notre communauté et le questionnaire du bilan.

Le français au collège

La valorisation de la langue dans la communauté regroupe trois éléments: la mise à jour   des politiques, la mobilisation et la promotion.

  • La mise à jour des différentes politiques a renforcé la place accordée à la langue. Ont ainsi été revus PVLF, PIEA, Plan de réussite et Plan stratégique.
  • On a suscité la mobilisation du personnel par des activités de consultation, souvent préalable à la mise à jour des politiques.
  • La promotion de la qualité du français s’est faite par des activités d’animation et de  réflexion à caractère à la fois ludique et formatif : semaine du français, concours de toutes sortes, conférences, jeux; projets d’aide à des départements ciblés, guides, site Internet, centre d’autocorrection, pour n’en nommer que quelques-uns.

On peut dire que les actions de valorisation de la langue dans la communauté ont donné un élan vers la cohérence institutionnelle, pierre d’assise d’un changement significatif.

Le test de français à l’embauche
Les activités du Réseau ont dégagé le constat des différences entre les tests utilisés par les collèges pour l’engagement de leur personnel. Différences dans le format, la teneur, les modalités de passation, les critères de réussite et les conséquences. La journée de rencontre et le webinaire sur ce thème furent aussi l’occasion de réfléchir au suivi à assurer pour favoriser le perfectionnement de ceux et celles que les collèges souhaitent engager même s’ils éprouvent quelques difficultés linguistiques. Le processus de révision des tests devrait se poursuivre et mener à une harmonisation avec le Référentiel de compétences langagières fourni par le Ministère.

Le perfectionnement en matière de compétences langagières
Le cadre de mesures visait une offre accrue de services pour répondre aux besoins de perfectionnement, entre autres du personnel. Les repfrans y ont contribué en mettant sur pied un service de consultation ponctuelle, en présence ou virtuel, et en donnant des activités de formation portant sur des objets divers comme Antidote, la correction de copies d’élèves, la mise à jour des connaissances grammaticales, l’orthographe rectifiée, les modalités d’évaluation, l’enseignement de stratégies de révision et le développement de compétences langagières adaptées aux disciplines. Les activités ont généralement pris la forme d’ateliers; le tutorat a aussi été apprécié, particulièrement auprès du personnel en difficulté; et le web est venu compléter la panoplie par des capsules, des blogues et même des cours en ligne. La participation a été jugée plutôt positive. Afin de contrer le sentiment d’incompétence, un frein à la mobilisation du personnel, les collèges doivent assurer une offre constante de formation et de perfectionnement en compétences langagières, une offre adaptée aux besoins des différents milieux.

Les services d’aide aux élèves
Les élèves n’ont pas été négligés. Même si les mesures les concernant ne sont pas souvent sous la responsabilité des repfrans, elles font partie du programme que les collèges se donnent pour améliorer la qualité de la langue. À ce titre, mentionnons les mesures suivantes :

  • L’offre accrue de services ou de participation dans les centres d’aide en français, les CAF. En plus de la formule habituelle du tutorat: ateliers, consultation ponctuelle, accompagnement pour la postcorrection, etc.
  • Les mesures d’aide supplémentaire et la réorganisation des cours mises de l’avant par les départements de français relativement à l'enseignement de la formation générale ou à la réussite de l’Épreuve uniforme (ÉUF) : modification de la séquence, ajout d’heure d’encadrement, atelier, tutorat, simulation.
  • La création de mesures particulières pour les élèves non francophones, dont l’augmentation du nombre déborde les collèges de la métropole : cours adaptés, formation des professeurs, ateliers.

Plusieurs services d’aide aux élèves ont porté fruit, il importe de les poursuivre, de les améliorer.

L’intégration des apprentissages langagiers dans les cours de toutes les disciplines, incluant ceux de français

Pour réussir à améliorer les compétences langagières des élèves, on doit travailler en amont et en parallèle avec leurs professeurs de toutes les disciplines parce que c’est avec elles et eux que les élèves passent le plus de temps, qu’ils construisent leur image professionnelle. En ce sens, les enseignants et enseignantes sont des modèles. S’ils incarnent le discours de l’importance de la qualité de la langue, le message gagne en force et en crédibilité. C’est pourquoi les repfrans ont non seulement veillé à leur offrir du perfectionnement linguistique, mais ils commencent à développer chez leurs collègues de nouvelles habitudes didactiques et pédagogiques pour intégrer des apprentissages langagiers dans les cours de la formation spécifique. Ce ne sont pas les professeurs de français qui peuvent enseigner comment rédiger un devis technique, présenter un rapport d’expérience scientifique, produire un rapport d’intervention ou de stage, décrire une démarche artistique ou même répondre à des clients par courriel. Ce sont les spécialistes du domaine qui peuvent enseigner les compétences langagières propres à leur discipline.

Vers de nouvelles pratiques
Au chapitre des apprentissages langagiers,  l’engagement des équipes départementales en est à ses débuts. Néanmoins, on voit apparaitre des pratiques gagnantes telles que

  • donner accès à des outils linguistiques en classe,
  • accorder une importance particulière au vocabulaire spécialisé,
  • favoriser l’emploi d’une stratégie de révision,
  • décrire plus explicitement les critères langagiers des écrits demandés.

Pour que l’amélioration de la qualité de la langue signifie plus que la seule réussite des cours de français et de l’épreuve uniforme, elle doit être étroitement et explicitement associée à la réussite des études collégiales. La meilleure façon d’atteindre les élèves, de les aider, de les faire progresser, c’est en passant par leurs professeurs, les plus significatifs étant les enseignants et enseignantes de leurs programmes.Développer l’approche des genres textuels dans les disciplines présente une voie prometteuse en ce sens parce qu’elle constitue une façon de mobiliser davantage les élèves et les professeurs autour du français dans les cours de la formation spécifique. Du soutien est nécessaire et souhaité pour accompagner et encadrer à cette fin les équipes enseignantes.

La correction et l’évaluation de la langue dans les cours de toutes les disciplines, incluant les cours de français

Quand on parle de compétences langagières, le premier aspect qui vient à l’esprit est celui de la grammaire. On s’attend à ce que les professeurs corrigent selon les normes du français écrit correct. Encore faut-il convenir de ce qu’est une erreur : problème de construction de phrase, virgule manquante ou mal placée sont-ils considérés comme fautifs? Et s’entendre sur la manière de corriger, c’est-à-dire comment marquer les erreurs repérées (code de correction ou non et lequel). Et finalement, s’entendre sur les modalités d’évaluation. On a constaté des écarts entre les barèmes utilisés pour un même cours, la légèreté de certaines pondérations rendant insignifiant le message livré par la correction.

Les activités des repfrans ont posé un jalon significatif pour la cohésion à cet égard en menant des activités de réflexion et de formation sur l’art de corriger et l’équité dans l’évaluation. Pour que l’évaluation de la langue soit constructive et juste pour les élèves, les équipes départementales doivent harmoniser leurs pratiques. Pour que ces décisions départementales soient appliquées, elles doivent être jugées efficaces et raisonnables par les professeurs. Pour y arriver, il faut les accompagner.

Le Réseau Repfran
Quels bénéfices les repfrans ont-ils retirés de leur participation au Réseau Repfran? Voici ce qu’ils nous ont dit. Le statut de repfran les a aidés à construire leur crédibilité, à être reconnus comme porteurs de dossier. Par les liens qu’ils ont tissés dans leur milieu, ils ont pu faire progresser la valorisation du français dans leur collège. Par le réseautage avec les repfrans des autres collèges, ils ont pu partager et bonifier leurs expériences; développer leurs compétences professionnelles; élargir leur vision de la problématique; et s’outiller pour mieux jouer leur rôle.

Conclusion
Les collèges québécois n’ont pas attendu l’annonce du cadre de mesures ministérielles pour se préoccuper de la qualité du français. Depuis le cadre de mesures, cependant, des gestes importants et nombreux ont été posés dans chaque milieu en vue d’améliorer la maitrise des compétences langagières des élèves et de la communauté dans son ensemble. Les mesures ont fourni les moyens d’enraciner davantage cet objectif dans la culture organisationnelle de chaque établissement, de susciter autour de celui-ci l’adhésion de ses membres et d’amener le réseau à une plus grande cohérence dans le dossier du français.

Les champs d’intervention identifiés au début de la mission des repfrans n’en demeurent pas moins pertinents, ils requièrent un engagement solide et durable pour une pérenne transformation des habitudes didactiques et pédagogiques, des procédures administratives et des attitudes à l’égard de la langue. Après quatre années d’efforts en synergie, les repfrans sont encore mieux à même de s’y employer. C’est pourquoi nous recommandons de poursuivre le développement de leur réseau, de reconnaitre leur rôle de porteurs de dossier, à l’égal des repcars et des reptics et d’assurer la continuité de leurs actions dans les collèges.

Pour en savoir plus,  le texte intégral du Bilan du Réseau Repfran 2011-2016 est disponible.

 



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