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« JE TIENS LA ROUTE », un programme de promotion de la santé mentale au Cégep de l’Outaouais.



Entrevue réalisée  avec monsieur Marc Martineau enseignant au Cégep de l’Outaouais

Monsieur Martineau travaille comme psychologue auprès des adolescents et de jeunes adultes depuis 25 ans. Il est également chercheur dans le domaine de la santé mentale chez les jeunes depuis plusieurs années et coordonne les activités du programme « JE TIENS LA ROUTE ».
 

Plusieurs études portant sur la réussite scolaire en milieu collégial au Québec évoquent le lien étroit entre la santé mentale et la réussite scolaire. Il existe une corrélation entre la présence de symptômes anxieux et dépressifs et les difficultés à réussir les études. L’accès aux études postsecondaires s’accompagne de transitions et de difficultés particulières. Plusieurs doivent quitter le milieu familial et leur environnement pour fréquenter un collège. Au Québec, un collégien travaille en moyenne 50 heures par semaine. La conciliation travail-étude devient, dans ces circonstances, excessivement difficile. Elle a un impact important sur l’organisation de la vie des étudiants, de leur loisir, de leur sommeil et de leur santé mentale.

En 2011, messieurs Marc Martineau et Guy Beauchamp, respectivement professeurs de psychologie et de chimie au Collège de l’Outaouais, se sont associés à l’équipe de recherche de madame Louise Fournier, chercheuse au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) et détentrice d’une chaire de recherche en santé publique. C’est dans la foulée de cette association qu’est né en 2011 le projet Transition Québec. Nous avons échangé avec monsieur Martineau sur le sujet.

Le projet Transition Québec trace le portrait de ce qui se fait en matière de soutien à la santé mentale dans les cégeps afin de développer des stratégies de prévention et de promotion, en réponse à hausse importante des problèmes de santé mentale, tant chez les étudiants de cégeps que chez ceux des universités. Six cégeps ont répondu à l’appel. Ce sont les cégeps de l’Outaouais, de Valleyfield, d’Ahuntsic, de Montmorency, de Rimouski et de St-Jean-sur-le-Richelieu. « Chez nous, au Cégep de L’Outaouais, nous avons pris dès le départ l’initiative d’inscrire le projet au programme PAREA afin de pouvoir bénéficier d’allocations de recherches nous permettant d’aller promptement de l’avant avec le projet “ JE TIENS LA ROUTE ”, un projet consacré essentiellement à la prévention et à la promotion de la santé mentale chez nos étudiants.»

Les six cégeps participants ont par ailleurs formé un comité qui s’est rencontré six fois durant l’année 2011-2012. Constitué de professionnels et d’étudiants, le comité, avec l’appui d’une agente de recherche, s’est concentré sur le développement de stratégies directes d’interventions qui, dès l’automne 2013, ont pu être implantées dans les différents établissements. Bien que les résultats aient été variables d’un cégep à l’autre, les travaux ont permis à chacun d’avancer sur différents plans. Tous les cégeps associés à la recherche ont par exemple réussi à améliorer la coordination des services et l’arrimage avec les partenaires de la communauté.

« Chez nous, grâce à un outil d’évaluation du milieu qui nous a été fourni par l’équipe de recherche de madame Fournier, nous avons pu rencontrer l’ensemble des directions, des services et des équipes départementales afin de tracer le portrait des moyens mis de l’avant dans notre milieu en soutien aux étudiants. Cet exercice a contribué à ajuster nos services à l’interne et à l’externe. Cette année au Cégep de l’Outaouais, nous nous sommes aussi particulièrement concentrés sur la mise en place de nombreuses stratégies en prévention et en promotion de la santé mentale grâce au soutien financier de partenaires privés et de la Fondation du Cégep. »

L’action citoyenne en santé mentale

Afin de permettre une meilleure compréhension de la problématique reliée à la santé mentale des étudiants du milieu, l’ensemble de la communauté collégiale du Cégep de l’Outaouais fut rencontré afin de mettre chacun au diapason concernant :

1. Les services disponibles dans l’établissement en matière de santé mentale.
2. La façon d’intervenir auprès d’un étudiant en détresse.
3. Les facteurs de risques.
4. Les premiers symptômes de problèmes de santé mentale.
5. Les facteurs de protection supportés par des données de recherche concernant l’atteinte et le maintien d’une bonne santé mentale : caractéristiques personnelles, comportements à adopter, stratégies à mettre de l’avant, etc.

« Par le biais de quelque 50 rencontres, plus de 800 personnes du milieu et près de 600 étudiants ont ainsi été sensibilisés. À la suite de ces présentations, nous avons senti jaillir un intérêt commun, de préciser monsieur Martineau. Tout un chacun était prêt à collaborer au projet d’établissement. Tous les secteurs d’activité se sentaient interpellés et voulaient mettre l’épaule à la roue afin d’encourager les initiatives prises tant par les étudiants que par les intervenants. Des activités concrètes d’interventions ont ainsi vu le jour : des capsules de théâtre, des animations diverses ainsi que la mise en place d’un site internet informatif et accessible. Nous avons ni plus ni moins amorcé l’approche du “petit geste”, celui qui dans une situation difficile peut faire toute la différence. »

Des capsules de théâtre comme moyen de sensibilisation

Lors de la longue fin de semaine de l’Action de grâce de l’automne, des comédiens de la troupe Les Fous de la rampe du cégep et de la troupe d’improvisation ont travaillé pendant trois jours, en collaboration avec une animatrice du Théâtre Parminou, à la création de capsules de théâtre de trois à cinq minutes. Ces capsules visaient à sensibiliser les gens à l’importance de prendre soin de sa santé mentale. Les quatre capsules réalisées ont été présentées dans les aires publiques des deux campus : cafétérias, bibliothèques, cafés, corridors et classes. La capsule « Je suis dégueulasse » a été jouée dans une dizaine de classes. Les étudiants ont manifesté un grand intérêt pour ce type de sensibilisation qui avait, selon eux, le mérite de créer la surprise, de les rejoindre et de susciter leur adhésion.

Des actions d’animation, sous toutes les formes, afin de conscientiser les étudiants à l’importance de prendre soin de leur santé mentale et de générer des réflexions positives

Kiosques de caresses et d’actions généreuses, poésie écrite sur les tableaux des salles de cours, « statues vivantes en pyjamas » se relayant chaque heure pour dormir dans des lits posés dans les lieux publics, tenue d’une « Journée orange » pour souligner la persévérance scolaire dans le cadre de la Semaine nationale de la santé mentale, autant d’idées porteuses qui ont été mises de l’avant dans le milieu afin de conscientiser les étudiants des deux campus à la santé mentale positive. Les médias parlés et écrits de l’Outaouais se sont intéressés à la campagne « JE TIENS LA ROUTE » dans le cadre d’une conférence de presse qui soulignait la clôture de ses activités le 8 mai dernier.
 

www.jetienslaroute.com , un site internet informatif pratique et accessible

L’équipe d’intervenants dans le milieu s’est rapidement rendu compte de l’importance de pouvoir compter sur un site web comme point de ralliement. Elle a aussi saisi que la promotion de la santé mentale ne pourrait bien se faire sans une image porteuse. C’est à la suite de ces constats que fut créé le site informatif « JE TIENS LA ROUTE ». La campagne se base sur l’analogie d’une voiture qui doit traverser les tempêtes de la vie munie de quatre bons pneus d’hiver : un premier pneu est physique (pratiquer des activités physiques afin de bien manger, bien dormir, etc.); le deuxième est psychologique (bien se connaître, savoir gérer son stress, se donner des objectifs, etc.); le troisième est social (enrichir sa vie sociale, mettre ses limites, demander de l’aide, etc.); le quatrième correspond à la quête de sens (adhérer à des causes éloquentes, développer sa spiritualité, méditer, etc.). Sur le site, des stratégies sont développées concernant chaque pneu. « Le site deviendra au fil du temps un lieu de dialogue dynamique et interactif. Nous entendons susciter des collaborations afin que des trucs concrets puissent jaillir du milieu et devenir inspirants pour les principaux intéressés. D’outil de découverte, le site devrait véritablement jouer son rôle stimulant d’animation durant la prochaine année ».

La promotion de la santé mentale s’adresse à tout le monde.

La campagne mise de l’avant dans l’ensemble des cégeps participants vise une augmentation de la littératie en matière de santé mentale. Plus on en connaîtrait sur la santé mentale optimale et les moyens d’y arriver et de la maintenir, plus on serait en mesure de modifier nos comportements en conséquence. Le mode de prévention primaire est de reconnaître chez soi les premiers signes d’un problème de santé mentale tels maux de tête, maux de ventre, réactions émotionnelles excessives, difficultés d’organisation et de concentration. Monsieur Martineau insiste : « chaque personne a des signes différents qui sont en quelque sorte des drapeaux de mise en garde qui pourraient l’amener à changer certaines habitudes et à mieux prendre soin d’elle. La recherche indique que les gens qui parviennent régulièrement à se sentir plus heureux répandent la joie de vivre autour d’eux, mais deviennent eux-mêmes plus résilients et plus résistants aux obstacles. On peut prévenir les symptômes de dépression et l’anxiété est aménagée de façon différente. La résolution de problèmes devient plus facile ».

Premiers impacts de la recherche mise en place

Comme dans tout processus de recherche, des groupes d’étudiants furent évalués en début de parcours. Les chercheurs procèdent actuellement à leur réévaluation afin de mesurer l’atteinte des objectifs. Un « groupe contrôle » d’étudiants anglophones, non exposés à la campagne de sensibilisation ont également été testés une première fois et le seront une deuxième afin de comparer les résultats obtenus. L’équipe de chercheurs reconnaît d’ores et déjà que les étudiants réagissent très bien aux initiatives mises de l’avant à ce jour. Ils ont peut-être pris un certain temps à saisir le sens du thème « JE TIENS LA ROUTE », précise monsieur Martineau, mais ils en ont intégré le principe. Sur le plan qualitatif, nous remarquons des différences que la recherche nous permettra d’identifier plus spécifiquement ».

Une évidence s’impose cependant : la campagne « JE TIENS LA ROUTE » est de plus en plus connue en Outaouais et ailleurs au Québec. Plusieurs Cégeps voudraient maintenant s’en inspirer pour mettre en place des initiatives de leur cru en promotion de la santé mentale. En ce sens, elle s’avère déjà un franc succès.

Entrevue réalisée par Marie Lacoursière édimestre pour le portail du réseau collégial.
 



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