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Point de vue

Le 49e cégep du Québec: la ministre Biron a-t-elle vraiment saisi l’enjeu?

Cette lettre ouverte est signée de Martin Maltais, professeur en financement et politiques d’éducation, UQAR, campus de Lévis

Simon Séguin-Bertrand/Archives Le Droit

Le Soleil - Opinions 

Actuellement professeur d’université à l’UQAR-Campus de Lévis, j’ai eu le privilège depuis 15 ans de travailler comme conseiller de quatre ministres dans trois partis différents au Québec.

J’ai été directeur de cabinet adjoint pour deux d’entre eux. J’ai aussi conseillé le ministre de la Défense du Canada sur les collèges militaires canadiens. Je suis depuis plus d’un an le dossier du Campus Notre-Dame-de-Foy (CNDF), ce collège privé de Saint-Augustin-de-Desmaures qui demande à devenir le 49e cégep public du Québec. Le dossier est complet, chiffré, appuyé par un rapport de recherche produit par l’IREQ, les élus et les gens d’affaires de la région. Il attend toujours une décision favorable de la ministre de l’Enseignement supérieur, Martine Biron, et de sa sous-ministre, Paule De Blois.

Pourquoi cette demande presse-t-elle? Parce que non seulement les cégeps au Québec sont mal entretenus, mais à Québec, les cégeps existants débordent et qu’un scénario de fusion avec un cégep existant (en dehors de Mérici qui compte peu de places disponibles) constituerait une distraction et réduirait les gains en termes de diplomation comparativement à la création d’un nouveau cégep excessivement performant en termes de réussite.

À la rentrée 2025, le Cégep de Sainte-Foy accueillait 7000 étudiants pour un devis ministériel de 6515 places, et le Cégep Garneau, 6500 étudiants pour 5915 places. Seul Limoilou dispose encore de places.

La région de la Capitale-Nationale connaîtra, selon les propres projections du ministère (lesquelles sous-estiment le réel comme je l’ai déjà relevé), la plus forte croissance de l’effectif collégial de tout le Québec d’ici 2034, avec un manque projeté de 3000 à 6300 places d’ici 2033.

Pendant ce temps, à quinze minutes de route, le CNDF accueille 1389 étudiants pour une capacité pouvant atteindre 4000 places, doté d’un conseil d’administration, d’une commission des études, d’un corps professoral et de systèmes de gestion déjà calqués sur ceux d’un cégep.

Récemment, Mme Biron privilégiait une intégration du CNDF au Cégep Sainte-Foy, jugeant qu’ajouter «davantage de structures administratives» ne serait pas «efficient».

Elle avait raison. Mais c’est exactement l’argument en faveur du scénario proposé par le CNDF: il ne s’agit pas d’ajouter une structure, mais d’en reconnaître une qui existe déjà, pleinement opérationnelle, depuis 60 ans, avec un parc immobilier évalué à 77,25 millions de dollars.

Les coûts de construction d’infrastructures comparables, permettant d’accueillir autant d’étudiants ailleurs à Québec, seraient de l’ordre d’un demi-milliard selon les échanges que j’ai moi-même eus avec le Conseil du Trésor — l’équivalent du dépassement de coûts du fiasco SAAQclic. Rien à construire. Rien à improviser. Une aubaine!

Sur le plan financier, l’État finance déjà le CNDF à hauteur de 12,3 millions de dollars par année à titre de collège privé subventionné. Le faire basculer au réseau public et atteindre 4000 étudiants exigerait un effort additionnel net d’environ 5,8 millions de dollars par année à maturité, selon le modèle de financement FABRES, et une économie potentielle avoisinant 500 millions de dollars sur la programmation des infrastructures.

Reste la question qui m’inquiète le plus: celle de l’équité territoriale. La MRC de Portneuf compte plus de 60 000 habitants et aucun établissement collégial public.

Son taux de diplomation collégiale n’est que de 21,4 %, contre 29,5 % à Québec. On sait, depuis les travaux réalisés par Statistique Canada, que la distance freine directement la fréquentation aux études supérieures. Un cégep public à l’ouest de Québec n’est pas un caprice régional: c’est une réponse à une inégalité mesurée et documentée depuis des décennies.

Est-ce que Mme Biron et Mme De Blois mesurent pleinement cette réalité, pour la région de Québec comme pour l’ensemble du Québec, ou traitent-elles ce dossier selon leurs croyances personnelles?

J’écrivais moi-même, en avril dernier, qu’une annonce en ce sens serait plausible avant la fin du printemps 2026, considérant que les crédits nécessaires figurent déjà dans le cadre budgétaire actuel. L’été tire à sa fin. Rien n’a bougé de façon appropriée et diligente. La saturation des cégeps de Québec, elle, ne prend pas de pause estivale.

Madame la ministre, madame la sous-ministre: le Québec a besoin d’une décision favorable sur la création d’un 49e cégep au Québec, pas d’un dossier de plus qui sera l’objet d’engagements électoraux pour les différents partis politiques…

Mais si ça doit être le chemin à prendre et que vous n’avez pas suffisamment de lumière autour de vous pour briller, je les invite à se prononcer clairement, publiquement, sur cette question, qui deviendra inévitablement un enjeu régional et un échec du gouvernement actuel.

Québec, le 19 août 2026