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50 ans des cégeps: «la grande bousculade»


Patricia Cloutier
Le Soleil

21 août 2017 - Article publié par Le Soleil , 20 août 2017 - (Québec) «L'idée du cégep a germé dans notre esprit devant l'état du système d'éducation à l'époque, qui favorisait une petite élite», raconte le sociologue Guy Rocher, 93 ans, seul commissaire survivant de l'équipe qui a rédigé le rapport Parent, en 1964. M. Rocher considère que la création des Collèges d'enseignement général et professionnel - d'où l'acronyme cégep - était l'idée la plus «révolutionnaire» du rapport qui a jeté les bases du système d'éducation actuel.

«Ça a été une grande bousculade», se souvient-il. Les gens au pouvoir dans les années 60 étaient tous passés par les collèges classiques et y étaient attachés. «Le mot-clé pour faire accepter l'idée, c'était la démocratisation de l'éducation, l'égalité des chances. Les gens étaient d'accord avec ça.» 

Après avoir créé le niveau secondaire, les commissaires ont pensé à créer un niveau intermédiaire qui faciliterait le passage vers l'université ou vers le marché du travail. L'idée était de donner une formation générale commune aux futurs techniciens comme aux futurs universitaires. En juin 1967, le gouvernement donnait son feu vert à la création de cette nouvelle institution accessible à tous, et en août, 12 cégeps situés un peu partout au Québec ouvraient déjà leurs portes. Souvent, ils étaient le résultat de fusions entre instituts techniques, instituts familiaux, écoles normales et collèges classiques. 

La majorité des 48 cégeps actuels ont été créés avant 1971. Les jeunes ont adopté ces nouvelles institutions, le nombre d'inscriptions ayant doublé en une dizaine d'années. «Le Québec avait besoin d'une main-d'oeuvre plus éduquée. Autrement, on serait restés une colonie», opine M. Rocher. 

Le sociologue croit que le cégep a surtout permis aux filles d'accéder aux études supérieures et aux régions du Québec d'appliquer le slogan de l'époque : «Maître chez nous». «Contrairement aux collèges classiques, qui étaient fermés sur eux-mêmes, les cégeps en région sont étonnamment en contact avec le milieu et sont devenus des piliers de développement.»
M. Rocher croit que les nombreuses critiques faites envers les cégeps leur ont seulement permis de s'améliorer. «On est tellement malheureux quand on est tout seuls à avoir quelque chose de bon au Québec. Quand je vais dans l'Ouest canadien parler des cégeps, ils trouvent qu'on est chanceux d'avoir ça», explique M. Rocher. 

Premiers au Canada
Bernard Tremblay, président-directeur-général de la Fédération des cégeps, rappelle que le Québec occupe la première place au Canada quant au nombre d'adultes qui ont un diplôme d'études supérieures en poche. «Ça c'est l'effet cégep», lance-t-il. Il y a 50 ans, le Québec était plutôt la province la moins scolarisée du pays. 
Selon M. Tremblay, l'expertise développée par le réseau est aujourd'hui enviée. Il a reçu récemment une délégation de la Colombie qui cherche à construire un niveau d'étude similaire en Amérique du Sud. Le Québec a aussi remporté un appel d'offres international pour aider à créer les premiers Instituts supérieurs en enseignement professionnel (ISEP), l'équivalent des cégeps, au Sénégal. 

M. Tremblay considère que sans changer complètement leur structure, les cégeps doivent encore évoluer s'ils veulent aider la société québécoise à affronter la quatrième révolution industrielle, celle du numérique. Pour ce faire, il milite en faveur d'un cégep plus autonome et plus souple. «Le marché du travail évolue trop vite par rapport à la vitesse du ministère de l'Éducation, qui a le contrôle sur 133 programmes techniques. Les révisions prennent plusieurs années», déplore M. Tremblay. 

Malgré cette requête nationale, M. Tremblay évalue que chaque cégep, au niveau local, trouve quand même les moyens d'offrir une formation très actuelle aux jeunes. «Si j'ai un souhait pour les 50 ans des cégeps, c'est que les Québécois prennent conscience de ce qu'ils ont créé. Quand même, on a fait quelque chose d'immense.»

Les débuts du Cégep de Sainte-Foy



Roland Legandre, William Donnelly et Gilles Lavoie devant la fresque qui raconte l'histoire du Cégep de Sainte-Foy
Le Soleil, Caroline Grégoire
Spécialisée en études commerciales, l'Académie de Québec était au bord de la faillite en 1967. «Le gouvernement a acheté le bâtiment pour 1$ et a assumé la dette», raconte William Donnelly, ex-directeur adjoint aux études du Cégep de Sainte-Foy. Quelques mois plus tard, le Cégep de Sainte-Foy est né, dans l'édifice presque neuf bâti par les Frères des écoles chrétiennes, sur le chemin Sainte-Foy.
Ayant développé des liens forts avec l'Université Laval et le nouveau ministère de l'Éducation, dont les bureaux étaient à Québec, le Cégep de Sainte-Foy a en quelque sorte servi de «banc d'essai» dès 1965 aux nouveaux cours que l'on souhaitait implanter dans les cégeps, se souvient M. Donnelly. 

Dès la rentrée de 1967, l'institution a fait un bond de 800 à 1200 étudiants. Par manque d'espace les premières années, le Cégep de Sainte-Foy devait refuser environ 3 étudiants sur 4. «On prenait la crème», soutient M. Donnelly. Plusieurs pavillons ont par la suite été construits autour du bâtiment original. L'ancienne chapelle est devenue l'espace la Margelle et une fresque d'époque trône toujours dans le hall principal. 

Choix des horaires
Gilles Lavoie, professeur de mathématiques à la retraite, se souvient que le Cégep de Sainte-Foy a été l'un des premiers à offrir aux étudiants de la souplesse, en leur faisant choisir leurs horaires de cours dans un grand gymnase à la rentrée. 
Les archives du journal Le Soleil révèlent qu'en 1970, les cours de psychologie axés sur la sexualité suscitent un tollé. «Les étudiants appelaient ça la psycho des fesses. On a eu des plaintes des parents qui ne voulaient pas que leurs enfants choisissent ça. Mais ça répondait à un besoin à l'époque», se souvient Roland Legandre, professeur d'histoire à la retraite. 

En 1971, une bombe artisanale éclate dans une salle de réunion du cégep. Le directeur se trouve non loin, mais il n'est pas blessé. L'attentat est revendiqué par un groupe d'étudiants «écoeurés» du système.

Les débuts du Cégep Limoilou



Jacques Loiselle, Jean-Guy Marceau, Pierre Malouin et Claude Auger devant   l'ancienne entrée principale du Cégep Limoilou
Le Soleil, Erick Labbé

C'est dans les salles de classe surchauffées du collège Saint-Jean-Eudes à Limoilou, à l'été 1967, que des dizaines d'enseignants et de pédagogues ont écrit en quelques semaines les nouveaux programmes de français, de philosophie et d'éducation physique communs à tous les cégeps. 
Le ministre de l'Éducation Paul-Gérin Lajoie avait confié au frère Jean-Paul Desbiens (alias frère Untel) la mission de structurer les cégeps. «Le frère Untel nous disait : "Vous avez pas le droit de manquer votre coup. Ce que vous allez élaborer doit durer"», se souvient Jacques Loiselle, enseignant d'éducation physique à la retraite du Cégep Limoilou. Cinquante ans plus tard, les bases du système sont toujours là, constate-t-il avec satisfaction. 

Proactivité du clergé
Pour l'ancien directeur général du Cégep Limoilou Pierre Malouin, la transition vers le cégep a été facilitée par les prêtres. «La transformation, le clergé au Québec s'y est prêté, je dirais de façon proactive.» 

Son ex-collègue Jean-Guy Marceau, enseignant de littérature, s'est rapidement retrouvé devant des étudiants aux niveaux pédagogiques diversifiés, qui contestaient tout : l'habillement exigé, les présences obligatoires, etc. «Des manifestations et des grèves, il y en a eu dès le départ», se souvient-il. 

Né de la fusion entre le collège Saint-Jean-Eudes et l'École de technologie de Québec, le Cégep Limoilou a toujours voulu accueillir tout le monde, quitte à se tasser un peu. Il fallait respecter la tradition de justice sociale des pères Eudistes.

«De la sélection, il n'y en a jamais eu ici, ça a été un refus», soutient l'ancien directeur général Claude Auger. 

Rapidement, le cégep Limoilou a procédé à des agrandissements de ses locaux. Pour soutenir son développement, il a même cherché à déménager au début des années 70 sur des terres agricoles situées au coin des autoroutes de la Capitale et Laurentienne, mais la vente n'a pas fonctionné. Le Cégep Limoilou a finalement décidé en 1992 d'ouvrir un deuxième campus, à Charlesbourg.

Souvent attaqué
Particularité québécoise, le cégep a souvent été attaqué et sa pertinence remise en question. En 2004, les dirigeants des commissions scolaires ont proposé d'abolir le niveau collégial, en ajoutant une année au secondaire et une autre à l'université. L'idée pour elles était de faire épargner de l'argent au gouvernement et de prendre le contrôle de la formation professionnelle et technique. Le ministre de l'Éducation de l'époque, Pierre Reid, avait rejeté l'idée. En 2011, aux débuts de la Coalition avenir Québec (CAQ), le chef François Legault a critiqué le cégep, en soutenant que «c'est une maudite belle place pour apprendre à fumer de la drogue». Lors de la dernière course au leadership du Parti libéral du Québec (PLQ), le candidat Pierre Moreau a voulu ouvrir le débat sur la pertinence des cégeps, mais son adversaire Philippe Couillard avait plaidé pour leur maintien.

Années de création des cégeps de l'Est du Québec
1967

Limoilou
Rimouski
Sainte-Foy
1968

Gaspésie et des Îles
1969

Garneau
La Pocatière
Lévis-Lauzon
Rivière-du-Loup
Thetford
1970

Matane
1971

St. Lawrence
1980

Baie-Comeau
Sept-Îles
1990

Beauce-Appalaches
Source: Fédération des cégeps du Québec



 
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