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La philo: une école de liberté - Georges Leroux appelle à un renouveau de l'enseignement de la philosophie au collégial.

 

Selon Georges Leroux, la philosophie doit donner aux jeunes les outils de discussion rationelle sur le pluralisme moral et culturel qui caractérise la société québécoise.  Photo: Istock

Article paru 23 Novembre dans Actualités UQAM, par Claude Gauvreau -

Faut-il maintenir une formation générale commune à tous les cégépiens? Quelle place doit y occuper la philosophie? Comment former les jeunes à l'autonomie et à la liberté? Ces questions sont au centre de l'ouvrage collectif L'enseignement de la philosophie au cégep. Histoire et débats (Presses de l'Université Laval), dont le lancement a eu lieu le 19 novembre dernier, à l'occasion de la Journée mondiale de la philosophie.

Publié sous la direction de Pierre Després, ex-enseignant de philosophie au Cégep du Vieux-Montréal, cet ouvrage est le premier à retracer l'histoire des débats qui ont marqué l'enseignement de la philosophie  dans les cégeps depuis la création de cette institution en 1967. Il propose également une réflexion sur les enjeux entourant le type de formation philosophique que le Québec doit offrir aujourd'hui à ses jeunes.

«Certains des auteurs ont fréquenté, à la fin des années 1960, le Collège Sainte-Marie, établissement fondateur de l'UQAM, puis se sont engagés dans l'enseignement collégial de la philosophie, note Georges Leroux, professeur émérite du Département de philosophie, qui signe la postface du livre. Ils ont écrit leur ouvrage en pensant aux enseignants actuels dans le réseau collégial – la plupart ont moins de 35 ans – qui n'ont pas connu les luttes des dernières décennies pour défendre la mission des cégeps et la place de la philosophie dans la formation générale.»

Préserver une formation commune

En 1967, dans la foulée des recommandations du rapport Parent, le Québec s'est doté d'une institution qui lui est propre, visant à former à la fois des citoyens éclairés et des travailleurs qualifiés. Les cégeps réunissent des élèves des filières techniques et préuniversitaires autour d'un programme commun de formation générale, qui intègre l'enseignement obligatoire de la philosophie. Or, depuis près de 50 ans, la mission des cégeps et la pertinence de l'enseignement de la philosophie ont été constamment remis en question.

«À l'époque de la création des cégeps, les signataires du rapport Parent croyaient que la formation collégiale devait non seulement préparer la relève universitaire, mais aussi accélérer la qualification de la main-d'œuvre, rappelle Georges Leroux. Leur pronostic était que 70 % des élèves se retrouveraient dans le secteur technique et 30 % dans le secteur pré-universitaire. Dès les premières années, la proportion inverse s'est réalisée, suscitant plusieurs débats.»

On s'est demandé, de façon récurrente, s'il n'était pas préférable de créer des instituts techniques, comme il en existe partout aux États-Unis et au Canada anglais, quitte à prolonger d'une année la durée de la scolarité au secondaire et au premier cycle universitaire. «Le Québec a toujours résisté à ça, insiste le professeur émérite. L'année du 25e anniversaire des cégeps, les Québécois se sont mobilisés pour s'opposer à un projet visant à séparer la formation technique et la formation générale afin de préserver un espace commun de formation civique et d'éducation à la pensée critique, au sein duquel la philosophie joue un rôle clé.»

Plus récemment, à l'automne 2014, un rapport ministériel – le rapport Demers – revenait à la charge en proposant d'arrimer la formation collégiale aux besoins du marché de l'emploi et aux exigences du développement économique et technologique. Sous prétexte d'un assouplissement de la formation générale, le rapport laisse entendre que des étudiants pourraient être diplômés sans avoir suivi les cours obligatoires du tronc commun (philosophie, français, anglais, éducation physique). «Ce projet de réforme s'inspire des principes néolibéraux – rentabilité, performance – qui ont cours actuellement», soutient Georges Leroux.

Le philosophe estime que les cégeps peuvent se féliciter d'avoir participé à la démocratisation de l'accès aux études postsecondaires. «D'un réseau de 12 cégeps qui regroupaient 14 000 étudiants à leur création, on est passé aujourd'hui à un réseau de 48 établissements présents dans toutes les régions du Québec», dit-il. À la rentrée de 2014, plus de 178 000 étudiants étaient inscrits à la session d'automne: 47,2 % en formation pré-universitaire et 46,7 % en formation technique.

Une discipline indispensable

En 2005, dans sa stratégie intersectorielle concernant la pilosophie, l'UNESCO soulignait le caractère indispensable de l'enseignement de cette discipline. Elle rappelait les raisons pour lesquelles la philosophie constitue une école de liberté:

- Parce qu'elle construit les outils intellectuels nécessaires pour pouvoir analyser et comprendre des concepts essentiels comme la justice, la dignité et la liberté;

- Parce qu'elle aide à développer des capacités de réflexion et de jugement indépendants;

- Parce qu'elle stimule les facultés critiques indispensables pour comprendre le monde et s'interroger sur les problèmes qu'il pose;

- Parce qu'elle favorise la réflexion sur les valeurs et les principes.
Diversifier les contenus et les modèles

Selon Georges Leroux, le projet humaniste associé à la formation générale collégiale doit être renouvelé, notamment en enracinant l'enseignement de la philosophie sur le plan éthique et politique dans une société québécoise marquée par un pluralisme d'opinions et de visions du monde, religieuses et séculières, qui pose de nouveaux défis.

«Au fil des ans, l'enseignement de la philosophie s'est rétréci, affirme le philosophe. La quasi-totalité des cours complémentaires en philosophie, qui s'intégraient à divers programmes, ont été perdus. Les étudiants ne peuvent plus suivre de cours sur la philosophie de la religion ou sur la philosophie des sciences. Les enseignants sont obligés de donner les même trois cours de philo à tous, des cours assujettis à des devis ministériels qui limitent leur marge de manœuvre et de liberté.»

Le maître mot, c'est l'ouverture, soutient Georges Leroux. «Dans un contexte où les cohortes d'étudiants sont de plus en plus hétérogènes, il s'agit de diversifier l'offre de formation et les modèles d'enseignement. On peut développer des contenus de cours en concertation avec d'autres disciplines, comme les lettres, les sciences humaines, les sciences et les techniques au moyen, par exemple, d'expériences multidisciplinaires de team teaching. On peut également enrichir la formation philosophique en la faisant essaimer dans d'autres programmes de formation.»

La philosophie a, par ailleurs, un devoir émancipateur, poursuit le professeur. «Les questions relatives à l'égalité hommes-femmes, à la justice sociale, à la laïcité, aux droits des minorités et des autochtones, au respect de l'environnement doivent faire l'objet d'un enseignement de la philosophie diversifié.»
Contrer la radicalisation

Le collectif d'auteurs de l'ouvrage L'enseignement de la philosophie au cégep s'est constitué récemment en un groupe appelé Philosophie, éducation et société. Ce groupe collaborera avec l'Observatoire sur la radicalisation et l'extrémisme violent de l'Université de Sherbrooke, auquel est associé le professeur du Département de psychologie Jocelyn Bélanger, et avec le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence de la Ville de Montréal. «Ces deux organismes manifestent un intérêt pour la contribution de la philosophie à l'éducation à la citoyenneté en vue de contrer les dérives sectaires ou de radicalisation», souligne Georges Leroux.

À compter de janvier prochain, le groupe Philosophie, éducation et société fournira aux enseignants de philo dans les cégeps une trousse leur permettant de développer dans leurs cours un module d'éducation sur la prévention de l'extrémisme et de la radicalisation. «Nous avons le devoir d'accueillir des jeunes dans une culture dont certains ne comprennent pas les principes – la délibération démocratique, la possibilité de critiquer l'autorité, la défense des droits et des libertés, observe le professeur. Nous avons aussi le devoir d'être attentifs sur le terrain aux attitudes de fermeture à l'égard de ces principes. Il faut que les cours de philosophie donnent aux jeunes des outils de discussion rationnelle sur le pluralisme moral et culturel qui caractérise la société québécoise.»

Source : Actualités UQAM


 
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