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« Le collégial demeure ce qui est le plus réussi de notre système d’éducation » Guy Rocher





Monsieur Guy Rocher au lancement de l’Avis du Conseil supérieur, Les collèges après 50 ans : regard historique et perspectives.

 

À l’occasion du lancement de l’Avis du Conseil supérieur de l’Éducation, Guy Rocher a été invité à prendre la parole devant les invités. Après avoir expliqué le contexte historique de la préparation du Rapport Parent dont il est le seul signataire encore vivant, il s’est attardé à expliquer en quoi les recommandations de la Commission Parent concernant la création des cégeps étaient révolutionnaires et en quoi cet avis du Conseil est remarquable.

Les cégeps : des changements révolutionnaires
Pour Guy Rocher, la création des cégeps fut l’évènement historique auquel il a assisté qui lui a réservé le plus de surprises. Et ce, pour quatre raisons : les cégeps ont été créés à partir d’institutions religieuses (collèges, couvents, écoles normales) ; et de là allait naître une nouvelle institution qui elle allait être laïque. Les cégeps ont été créés à partir d’institutions qui étaient toutes privées pour créer finalement des établissements publics. Les cégeps ont été créés à partir d’institutions qui étaient séparées - les filles d’un côté, les garçons de l’autre (couvents – collèges) -  pour créer un cégep mixte. Les cégeps ont été créés à partir d’institutions qui étaient payantes ; et tout à coup, on a créé une institution qui est gratuite. « Ces quatre grands changements étaient sûrement révolutionnaires » selon lui.

Cet avis est un document tout à fait remarquable
Guy Rocher ne tarit pas d’éloges face à l’avis du Conseil supérieur de l’Éducation : « Il faut prendre le temps de lire cet avis, dit-il, parce que c’est un document d’une centaine de pages denses, considérables. Je félicite le Conseil supérieur, la commission et les auteurs. C’est un document tout à fait remarquable. Il est remarquable par sa langue. Ce document est écrit dans une belle langue française, pure, simple, directe, selon le modèle des avis du Conseil. Ses documents ont toujours été présentés dans une très belle langue, simple, claire, mais toujours efficace. Mais, surtout, cet avis est remarquable par le contenu. Je note d’abord le résumé qui est un document remarquable. Dans trente à quarante pages, il y a une synthèse historique des cégeps de leur création à aujourd’hui, qui est un modèle d’histoire. Et je souhaite vivement que chaque professeur de cégep du Québec reçoive un exemplaire de ces trente pages. Parce que chaque professeur pourra réaliser comment l’histoire des cégeps s’est déroulée et comment les cégeps se sont installés au Québec. Et comment, dans la dernière phase de cette histoire, on peut dire des cégeps qu’ils sont maintenant matures. Ils ont acquis maintenant une maturité. Je pense que ce constat ferait un grand plaisir aux membres de la Commission Parent. »

Cet avis nous impose une vision prospective
Guy Rocher souligne que la deuxième partie de l’avis est une projection vers l’avenir. Pour lui, cela est important. « Pour notre système d’éducation, je peux dire que nous souffrons constamment de myopie. Nous vivons dans le présent. Le système d’éducation par sa nature, il est projeté dans l’avenir. Il existe en fonction des jeunes qui seront les citoyens de demain, les travailleurs de demain, les hommes et femmes politiques de demain, les hommes d’affaires et les femmes d’affaires de demain. Cet avis nous impose une perspective que j’appellerais prospective. La prospective n’est pas le prophétisme. La perspective peut être rationnelle et même scientifique. Parce que la prospective, elle se fait sur la base des grandes tendances présentes qui sont déjà là, qui annoncent déjà ce qui s’en vient. La prospective dans nos sociétés peut se faire à partir des études démographiques qui nous disent quelle sera la population des trente ou quarante prochaines années. »

Le collégial demeure ce qui est le plus réussi de notre système d’éducation
De l’expérience cégep, Guy Rocher conclut que le collégial demeure ce qui est le plus réussi de notre système d’éducation. « Quand on regarde l’ensemble du système d’éducation québécois, c’est le collégial qui à mon avis est le plus réussi. Je dis cela sans flagornerie. Parce qu’à mon sens notre système d’éducation a un maillon faible qui est le secondaire. Parce que nous avons des polyvalentes, mais nous n’avons pas la polyvalence qui était là à l’origine du secondaire polyvalent. Alors que le cégep réussit la polyvalence que le secondaire n’a pas réussie. Le cégep est à la fois préuniversitaire et professionnel et il a réussi à bien garder cette double orientation qui fait son succès. Et en plus de cela, le cégep a su s’implanter dans les régions d’une manière remarquable. Et ce qui n’était pas aussi prévisible que l’on pouvait le penser, les options professionnelles du cégep font le succès des cégeps particulièrement. À cause de la variété des options qui y sont présentées. À cause de l’imagination des administrateurs et des professeurs. Et le cégep, on a raison de le dire, a influencé le Québec, ce qui nous fait dire maintenant qu’on peut abandonner les commissions scolaires, mais on ne peut pas abandonner les cégeps. Je dirais que ceux qui ont contribué à ce succès, ce sont les hommes et les femmes qui ont dirigé les cégeps, ce sont les hommes et les femmes qui ont enseigné dans les cégeps au préuniversitaire et au professionnel. Et ce que l’on sait très bien, c’est qu’au cours des cinquante dernières années, la qualité des professeurs de cégep n’a cessé de se hausser constamment. Ce qui est tout à fait remarquable de ces cégeps, c’est comment le corps professoral s’est attaché à ces institutions et en a fait son affaire. »

Le collégial fait partie intégrante de l’enseignement supérieur
Le conférencier raconte une anecdote : trois ou quatre ans après la création des cégeps, les commissaires ont reçu une délégation de la France du ministère de l’Éducation qui venait s’informer de ce qu’était cette nouvelle bête, le cégep. « Après quelques jours, nous nous sommes réunis et ils nous ont annoncés : ce qui nous inquiète pour vous, c’est que vous allez former un corps de professeurs frustrés, parce qu’ils vont tous vouloir enseigner à l’université ; mais il n’y aura pas assez de places pour eux ; donc les professeurs seront frustrés… L’erreur française! Le corps professoral des cégeps s’est constitué. Il s’intéresse à la pédagogie du collégial ; ce corps professoral s’intéresse à l’implication du cégep dans son milieu, dans sa région. Ce corps professoral continue à hausser la qualité de son enseignement. Si bien que le collégial qui était conçu comme un niveau intermédiaire indépendant est devenu maintenant partie intégrante de l’enseignement supérieur. Ce sont des hommes et des femmes pour qui j’ai un très grand respect. »

Si les universités sont un succès, c’est parce que les cégeps sont un succès
« C’est évident que les universités sont un certain succès au Québec. Je ne peux dire le contraire », affirme Guy Rocher. Mais, si les universités sont un succès, c’est parce que les cégeps sont un succès. Parce que l’une ne va pas sans l’autre. Et si les universités sont ce qu’elles sont, c’est parce que les étudiants qui nous arrivent ont été formés dans les cégeps. Parce que les étudiants qui nous arrivent ont appris à travailler dans les cégeps ; parce que les étudiants sont réorientés dans les cégeps ; parce que les étudiants qui nous arrivent ont appris à faire de la recherche dans les cégeps. Et cela est vraiment un acquis remarquable. »

Le cégep est essentiel à la prospérité du Québec
Guy Rocher conclut en affirmant que le cégep est essentiel à la prospérité du Québec. « Il l’a été et à mon avis le cégep a devant lui un grand avenir. Et c’est dans cette perspective d’avenir qu’il faut lire cet avis du Conseil supérieur de l’éducation. Ce n’est pas tellement ce qui se passe aujourd’hui. Nous sommes déjà demain. Et cet avis nous propose un ensemble de défis qui sont ceux de demain. Et à cet égard, je dirais que j’ai pleinement confiance. Parce que ce que sont devenus les cégeps aujourd’hui avec leur maturité, c’est vraiment la meilleure promesse pour l’avenir. »

Un texte d’Alain Lallier, éditeur en chef, Portail du réseau collégial
Crédits photo : Portail du réseau collégial

 

 

 

 



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