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Bilan et perspectives



 

 

 

 

 

Entrevue avec le président-directeur général de la Fédération des cégeps, monsieur Bernard Tremblay

 

 

 

 

 

Au terme d’une première année à la direction de la Fédération des cégeps, Bernard Tremblay a accepté de rencontrer le Portail pour dresser le bilan de la dernière année et échanger sur les perspectives pour 2016

Une année record de compressions
Parmi les faits marquants de l’année, il n’y a pas de surprises à ce que le président-directeur de la Fédération désigne les compressions budgétaires comme le premier fait marquant de 2015. Une année record. Un triste record. Une année de compressions qui s’additionnent aux années précédentes. Nous parlons ici de sept années de compressions en 4 ans pour 150 millions de compressions dans un réseau relativement petit. « La dernière année a été particulièrement difficile, puisque l’effet d’accumulation se fait sentir. Notre préoccupation a été de bien sensibiliser tous les acteurs de la société sur l’impact de ces compressions. Au moment où l’on demande des efforts pour une meilleure adéquation formation-emploi, les cégeps sont des acteurs-clés, mais encore faut-il être pouvoir les soutenir dans cette mission-là. Nous avons donc tenté de sensibiliser tous ceux qui sont concernés par le monde collégial, sur l’impact de ces compressions sur les services aux étudiants », d’expliquer Bernard Tremblay.

Le réseau collégial, un investissement
Monsieur Tremblay précise que la Fédération travaille constamment à repositionner le réseau pour que les gens y voient non pas une dépense, mais un investissement. « La Fédération a publié en novembre dernier une lettre ouverte avec des partenaires (Fédération étudiante du Québec, Acfas, TransTech), rappelant que le Québec est une société qui, il y a cinquante ans, était une des moins scolarisées en Occident vivant une situation économique difficile.

(...) C’est assurément par l’éducation que le Québec s’est hissé dans le peloton de tête au niveau mondial. Ce choix de rendre accessible l’enseignement supérieur partout sur son territoire a été un levier économique incroyable et de première importance. À une époque où la considération économique prend une place de tête, il faut rappeler que ce n’est pas par des compressions que nous réussirons, mais par des investissements stratégiques. Quand le gouvernement dit qu’il faut réaliser une meilleure adéquation éducation-emploi, nous levons la main et nous disons présents. Nous détenons d’ailleurs une clé d’importance : tout ce qui s’appelle enseignement universitaire transite par les cégeps ; tout ce qui s’appelle enseignement technique se réalise dans les cégeps ; et ce sont les emplois d’avenir en grande partie. »

Seulement 10 % des budgets sont compressibles
Pour le président-directeur général, il y a encore du travail à faire pour bien expliquer et faire comprendre la réalité budgétaire des cégeps. Par exemple, la capacité des cégeps d’intervenir sur leurs budgets. Les directions des cégeps ont une capacité de compression estimée à seulement 10 % du budget total du collège. En fait, sur 2 milliards de budget total pour l’ensemble des cégeps, c’est à peine sur 200 millions que peuvent s’exercer des compressions. « Quand on dit que nous avons connu des compressions de 150 millions, c’est dire que nous avons comprimé l’enveloppe de 200 millions au maximum. Il faut bien voir que dans cette enveloppe, il y a par exemple les frais de chauffage qui sont incompressibles en hiver au Québec. Il faut donc couper ailleurs et c’est souvent par l’abolition de postes de ressources qui travaillent auprès des étudiants. Quand le gouvernement nous invite à faire les choses différemment, nous en sommes, mais il faut que les règles changent. Si les règles du jeu restent les mêmes, on ne peut nous demander de faire différemment. Il faut accepter de financer à la hauteur des besoins. »

Les compressions vont elles se poursuivre en 2016 ?
Les compressions se poursuivront-elles en 2016 ? Bernard Tremblay ose croire que non. Différents signaux indiquent qu’on peut être optimistes. D’abord, le ministre vient d’annoncer un investissement de 10 millions sur 5 ans pour soutenir les étudiants en situation de handicap ou avec des besoins particuliers. « Il serait incohérent d’annoncer cela et en même temps annoncer que l’on compresse les cégeps. Tout me laisse croire que nous avons terminé l’époque des dures compressions. Il y a d’autres signaux qui laissent percevoir une situation financière meilleure. La négociation avec nos employés a conduit à des ententes majorant l’offre gouvernementale de façon significative. Nous ne sommes pas encore rendus aux “vertes prairies”, mais nous sommes sortis des temps de disette. »

Une année de négociations qui s’est bien terminée
Parmi les autres faits saillants de l’année, les négociations avec les différentes catégories de personnels ont occupé une place importante. « Ce sont toujours des années de tension ; des années difficiles. Nous sommes très heureux d’avoir des ententes signées. Le réseau est très satisfait de ce résultat. Pour en arriver à des ententes sectorielles, nous avons établi un beau partenariat avec le gouvernement et réussi à maintenir de bonnes relations avec les syndicats. Il y a eu des moments de tension ; mais, dans l'ensemble, ça c’est bien passé. Ceci témoigne de la qualité des relations de travail dans notre réseau et je crois qu’il faut continuer à travailler. Nous entrons dans 5 années de paix industrielle. C’est le moment de renouveler le partenariat avec nos organisations syndicales et de travailler avec eux. »

L’offre de formation collégiale
Pour Bernard Tremblay, le Rapport Demers demeure une référence intéressante et pertinente. « Ce n’est pas le rapport pour le rapport. C’est important pour nous, parce qu’il conditionne des actions pour une évolution de notre modèle. Un modèle d’ailleurs tout aussi performant cinquante ans après sa création, puisque c’est au Québec que l’on diplôme le plus au postsecondaire au Canada avec un écart notable de 10 % entre le Canada et le Québec. Mais, ce modèle doit cependant évoluer. Le rapport Demers couvre différents aspects sur lesquels il doit y avoir poursuite des travaux. Nous avons suivi les travaux du ministère sur ces questions. Nous attendons toujours de prochaines réalisations. La révision du règlement sur le régime d’études apparaît d’ailleurs comme une priorité que nous avons hâte de voir concrétiser. Il faut introduire plus de souplesse. Le volet du recrutement international prend également une grande importance. Le Québec est en baisse démographique ; il recherche des stratégies de régionalisation de l’immigration, une clé formidable de développement. Nous faisons déjà des choses. Mais encore trop peu. Le potentiel dans ce sens est important pour le Québec et il faut être plus actif à ce niveau. Avoir une main-d’œuvre en contact avec des étrangers serait profitable pour nos entreprises et peu coûteux pour le gouvernement. »

Pour une plus grande mobilité des étudiants
La mobilité à l’intérieur du Québec permettant des déplacements des étudiants demeure une autre question d’importance pour monsieur Tremblay. Pour lui, avant d’aller en voyage d’études au Nigaragua, ça vaudrait la peine d’aller passer quelques mois en Abitibi ou en Gaspésie pour mieux connaître et vivre le Québec.  C’est dans cet esprit que la Fédération des cégeps a appuyé la recommandation de la FEC qui met de l’avant cette idée.

Pour un développement de la formation continue
Dans une perspective de l’adéquation formation-emploi, la Fédération estime importantes toutes les avenues de développement de la formation continue. « Il s’agit là d’une autre clé pour le développement du Québec. Nous sommes limités au niveau budgétaire. Ça demeure une aberration par rapport aux objectifs généraux du Québec qu’en 2016 nous disions manquer de main-d’œuvre au et que nous ayons encore des enveloppes fermées qui laissent sur le carreau des milliers de personnes souhaitant pourtant se former. Les collèges doivent répondre qu’ils ne peuvent pas les accueillir par manque de financement ».

La campagne de positionnement
Pourquoi la Fédération a-t-elle investi dans une campagne de positionnement des cégeps ?

Pour Bernard Tremblay, bien que le modèle des cégeps soit unique au monde, il y a de nombreux d’aspects de ce modèle qui se retrouvent partout dans le monde ou qui sont en train de se développer ailleurs. « Ce qui se passe en Chine en matière de migration des universités vers des universités technologiques commence à ressembler à ce que l’on fait ici. Quand le Sénégal invite le Québec à créer des cégeps dans leur pays, on commence à avoir un modèle qui se propage et qui est moins unique. Par ailleurs, nul n’est prophète en son pays. Nous avons besoin de rappeler aux Québécois la valeur des cégeps. Régulièrement, il y a quelqu’un pour dire que dans les autres provinces du Canada on ne fonctionne pas comme ça. Il importe de rappeler combien les cégeps ont été un levier pour l’évolution du Québec. Il faut prendre le temps de l’expliquer à ceux qui ne le savent pas. »

Cégeps et cie
Avec la mise en place du site internet Cégeps et cie, la Fédération veut mieux faire connaître une activité importante dans les cégeps : celle de la formation offerte aux entreprises. « Développer une culture de formation continue représente un enjeu majeur quand on regarde tous les indicateurs par rapport à l’économie de demain. Il faut être capable dans nos entreprises d’offrir de la formation de façon plus soutenue que présentement. Les cégeps sont capables d’offrir une formation spécialisée, de haut savoir et de haut niveau. Ils le font déjà. Nous avons développé un site accessible qui permet plus facilement à des entreprises d’obtenir des propositions de formation de la part des cégeps. »

Permettre une meilleure intégration des immigrants au marché du travail
L’arrivée récente d’un important contingent de Syriens interpelle le réseau collégial sur le rôle qu’il pourrait jouer dans une meilleure intégration au marché du travail. « Nous avons besoin des immigrants au Québec, mais nous manquons de cohérence. Nous les accueillons chez nous sur la base de leurs compétences, mais quand ils sont ici, nous ne les soutenons pas assez dans la mise en œuvre ou l’actualisation de ces compétences. Le cégep peut dans ce sens être un acteur signifiant par la reconnaissance des acquis expérientiels et l’identification des formations complémentaires manquantes permettant la reconnaissance efficace des diplômes obtenus à l'étranger. Il faut de plus que les cours de francisation soient accessibles et performants. Dans ce dernier cas, les cégeps ont une valeur ajoutée particulière pour les individus qui arrivent ici avec une bonne formation et qui ne parle pas français. Nous pouvons lui offrir une connaissance de base de la langue. Si on veut l’amener sur le marché du travail, il a besoin d’un français qui lui permette d’expliquer les choses spécifiques à sa fonction de travail. Il lui faut maîtriser le jargon propre à son métier et sa profession. Actuellement, on constate des lacunes à cet égard qui expliquent peut-être pourquoi au Québec on a plus de difficultés pour l’intégration des immigrants. »

L’importance de la valorisation de la recherche
À la fin de l’entrevue, Bernard Tremblay tient à souligner l’importance de valoriser la recherche qui se fait dans les CCTT. « Le modèle développé en la matière au Québec constitue un modèle performant et unique mis en place dans centres collégiaux de transfert technologique. Il procure au Québec des revenus enviables de 210 millions de retombées. Il permet la réalisation de recherches appliquées en lien avec les besoins des entreprises. C’est un secret bien gardé qu’il faut absolument diffuser. Il faut augmenter les liens entre les CCTT et les cégeps afin de permettre que ce savoir de haut niveau puisse être transposé rapidement dans les formations. C’est un enjeu important pour les prochaines années. »

Les priorités pour 2016
Le président-directeur de la Fédération des cégeps entend travailler dans la continuité des priorités de 2015. « Nous voulons bien montrer comme organisme public que nous sommes en cohérence avec les priorités gouvernementales. Nous sommes des acteurs clés. Nous pouvons aider le gouvernement à réaliser les objectifs qu’il s’est fixés. Les cégeps sont là pour participer à l’effort du secteur public. Dans une perspective de développement réseau, nous voulons être encore plus actifs et présents dans le dossier de l’adéquation formation-emploi par des ententes avec des partenaires sous forme de nouveaux stages en entreprises, de création de nouveaux parcours avec les commissions scolaires et les universités. Nous voulons prioriser tout le volet de l’innovation avec nos CCTT. »

(…)L’immigration sera au cœur de nos priorités ainsi que la valorisation du volet international des cégeps par les échanges d’étudiants étrangers. Nous devons également travailler sur la relève de l’entrepreneuriat. Nos jeunes ont plein d’idées et d’aspirations. Plusieurs cégeps ont mis de l’avant d’intéressants projets susceptibles de stimuler la fibre entrepreneuriale. Par ailleurs, la promotion du réseau constitue toujours une grande priorité. En 2017-2018, nous fêterons les cinquante ans des cégeps. Nous devrions à ce moment pouvoir dire : heureusement qu’on a eu les cégeps et une chance que nous les avons encore. »

Après une première année collégiale
Invité à nous dire ce qu’il retient de cette première année de vie collégiale, Bernard Tremblay conclut : « Ce que je sens au collégial, c’est un réseau qui a un souci de cohérence et de cohésion, de travail d’équipe et de partage. Le milieu travaille en réseau, il est conscient de l’importance de travailler ensemble pour faire avancer l’enseignement supérieur au Québec. Cette maturité, je la sens beaucoup dans le réseau collégial et ce partage et cette solidarité, je les trouve des plus inspirants. »

Après à peine un an à la tête de la Fédération, nous sentons que le nouveau président-directeur général est en pleine maîtrise de ses dossiers. Son appartenance au réseau ne fait aucun doute.

Dossier préparé par Alain Lallier, édimestre et éditeur en chef, Portail du réseau collégial





 
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