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Les cégeps, comme les universités, font partie de l'enseignement supérieur, mais en retirent-ils tous les avantages?



Dans un texte paru le 3 avril dernier sur AMEQ en ligne, j'affirmais que les professeurs des cégeps étaient sous-payés. Cette affirmation s'appuie sur l'importance pour le développement des cégeps d'accorder à leurs professeurs un statut correspondant à celui des professeurs des universités. En maintenant nos professeurs dans un statut semblable à celui des enseignants du primaire-secondaire, les cégeps sont privés d'un des avantages de faire partie de l'enseignement supérieur, à savoir: un développement institutionnel basé sur l'émulation et la reconnaissance de l'excellence. Aussi pour certains autres aspects de leurs activités, les cégeps devraient adopter des comportements qui les associent davantage à l'enseignement supérieur.

Certains attributs qui font que l'enseignement collégial fait partie de l'enseignement supérieur

D'ailleurs, la Loi des collèges confirme que l'enseignement collégial fait partie de l'enseignement supérieur puisqu'elle stipule que les Cégeps ont, entre autres, pour mission de mettre en œuvre les programmes pour lesquels ils sont autorisés; d'effectuer des recherches en pédagogie, de contribuer par des activités de recherche appliquée et d'aide technique, à l'élaboration et à la réalisation de projets d'innovation technologique, etc. De plus, il existe au sein du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport, une Direction de l'enseignement supérieur dont le mandat est d'assurer l'élaboration et la mise en œuvre des orientations ministérielles visant à soutenir le développement de l'enseignement collégial et universitaire.

Tout comme pour l'enseignement universitaire, les programmes d'études constituent la base de l'offre de formation de l'enseignement collégial. En effet, l'étudiant est inscrit dans un programme et, le cas échéant, il obtient le diplôme identifié au programme qu'il a choisi.

Dans les cégeps et les universités, les professeurs sont embauchés comme spécialistes d'une discipline académique ou d'une matière. Ils sont regroupés en département d'enseignement établi en référant soit à la discipline enseignée (ex. : mathématiques) ou au programme de formation auquel est rattachée la discipline (ex. : génie civil).

Sans avoir dans leur contrat d'embauche un mandat de recherche, les professeurs de l'ordre collégial peuvent, s'ils le veulent, participer à des projets de recherche appliquée ou en pédagogie. D'ailleurs, le réseau des centres collégiaux de transfert de technologie (CCTT), qui comprend 40 CCTT, témoigne de l'implication et du dynamisme des cégeps dans des projets d'innovation technologique en soutien aux entreprises et au développement régional.

Ces attributs confirment, sans équivoque, l'appartenance de l'enseignement collégial à l'enseignement supérieur, mais les cégeps en retirent-ils tous les profits et les avantages qu'ils devraient?


Les cégeps auraient avantage à adopter certaines façon de faire des universités

Les cégeps devraient regarder de près certaines façons de faire des universités et s'en inspirer afin d'asseoir plus solidement leur appartenance à l'enseignement supérieure. C'est le cas notamment pour l'offre de formation, les relations avec le ministère de l'Éducation, la détermination des conditions de travail de leurs ressources humaines et le statut de leurs professeurs.

En effet, l'offre de formation des cégeps n'est pas la même pour les étudiants à l'enseignement régulier et ceux de la formation continue, puisqu'aucun programme court n'est offert aux étudiants de l'enseignement régulier, alors que dans les universités, plus de 3 000 programmes menant à un certificat sont offerts à tout étudiant qui désire s'y inscrire. Tout comme les universités, je crois que les cégeps auraient avantages à élargir leur offre de formation et offrir aux étudiants de l'enseignement régulier, comme c'est le cas pour la formation continue, la possibilité de s'inscrire à des programmes courts menant à une attestation d'études collégiales (AEC) et d'obtenir par cumul d'AEC, un diplôme d'études collégiales (DEC).

Quant aux relations des cégeps avec le ministère, elles sont ambiguës. En effet, bien qu'ils fassent partie de l'enseignement supérieur et qu'il existe au ministère une Direction de l'enseignement supérieur regroupant l'enseignement collégial et universitaire, pour certains secteurs de leurs activités, les cégeps doivent transiger avec d'autres directions du ministère. C'est le cas pour la formation technique et la formation continue qui relèvent de la Direction de la formation professionnelle et technique et de la formation continue; et ce, autant pour le réseau collégial que celui des commissions scolaires.

C'est aussi le cas pour les relations de travail des cégeps. Puisqu'il existe au ministère la Direction des relations de travail qui a pour mandat l'élaboration et la mise en œuvre des politiques ministérielles comprenant les ressources humaines, matérielles et financières des réseaux de l'éducation préscolaire et de l'enseignement primaire et secondaire, ainsi que les conditions de travail des ressources humaines du réseau de l'enseignement collégial.

En conséquence, il m'apparaît impératif que dans leurs relations avec le ministère, les cégeps se dissocient des réseaux préscolaire, primaire et secondaire et se rapprochent des universités au sein de la direction de l'enseignement supérieur.

Par ailleurs, la convention collective qui encadre les conditions de travail des professeurs des cégeps, origine des années '60, au moment de la création des cégeps. À l'époque, la Centrale des enseignants du Québec (CEQ) qui représentait surtout les enseignants du primaire-secondaire, était la seule centrale syndicale qui possédait l'expertise en relations de travail des enseignants. C'est pourquoi, les premières conventions collectives des professeurs des cégeps ont été fortement inspirées par les conventions collectives des enseignants du primaire-secondaire. Depuis, la tendance s'est maintenue jusqu'au point où, aujourd'hui, l'échelle salariale des professeurs de cégep est la même que celle des enseignants du primaire-secondaire, et ce, malgré que les cégeps font partie intégrante de l'enseignement supérieur.

Je suis persuadé qu'il faut délaisser ce modèle conçu pour les petites écoles et introduire un nouveau modèle correspondant à ce que sont devenus les cégeps, c'est-à-dire des établissements d'enseignement supérieur. Dans cette optique, tout comme pour les universités, l'État devrait se limiter à déterminer les fonds qu'il compte attribuer au réseau collégial pour ses besoins en ressources humaines et laisser aux administrateurs des cégeps, avec les représentants de leurs employés, le soin de négocier et de déterminer leurs conditions de travail; s'éloignant ainsi du contexte politique prévalant habituellement en fin de ronde de négociations et privilégiant un véritable contexte de relations de travail.

Il en va de même du statut des professeurs des cégeps qui doit, à mon avis, lui aussi se modeler sur celui des professeurs des universités. Tout comme pour ces derniers, le statut des professeurs des cégeps doit comprendre plusieurs catégories et celles-ci devraient être attribuées après évaluation du rendement et de l'engagement institutionnel de chacun des professeurs. À ce statut doit correspondre une nouvelle échelle salariale plus près de celle des professeurs des universités exécutant des fonctions d'enseignement similaires.

Dans le texte paru le 3 avril sur AMEQ en ligne, j'ai traité de la rémunération des professeurs des cégeps. Ce texte a suscité beaucoup de réactions. Celles des professeurs des cégeps ont été, sans surprise, très positives, alors que celles des syndicats et des patrons vont de l'indignation à la reconnaissance que l'actuelle ronde de négociations aura été une occasion manquée de donner aux professeurs des cégeps un statut correspondant à celui de professeurs de l'enseignement supérieur.

Cependant, je crois que tout n'est pas perdu puisque dans la foulée de la présentation du budget 2010-2011 du gouvernement, la ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport, a convié les réseaux de l'éducation, à l'automne prochain, à débattre: bien sûr de la hausse des frais de scolarité et de la performance des universités, mais aussi de démocratie scolaire, des besoins futurs en main-d'œuvre et de formation professionnelle et technique.

Mais avant de se présenter à un tel rendez-vous, le réseau collégial doit se concerter puisque l'exercice sera encore une fois inutile (comme cela a été le cas lors de consultations menées par les deux prédécesseurs de la ministre) si le réseau se présente à cette consultation en rangs désordonnés. Patrons et syndicats doivent parler d'une seule voix et avant de se faire une opinion commune, ils doivent ensemble entendre ce que les professeurs ont à dire sur les cégeps comme établissement d'enseignement supérieur, puisque le développement de ceux-ci comme établissement d'enseignement supérieur ne peut se faire sans l'engagement et l'implication formels des professeurs.

 


Roch Tremblay
Ex-directeur général du Collège Ahuntsic
De 1996 à 2008

roch.tremblay@collegeahuntsic.qc.ca
 

20 avril 2010





 
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