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Le Cégep sur la frontière



Entrevue avec monsieur Frédéric Poulin, directeur général du Cégep de l’Outaouais et président de l’Alliance pour la cause de l’enseignement supérieur en Outaouais (ACESO).

 

 

 

 

 

 

Frédéric Poulin est arrivé à Direction des études du Cégep de l’Outaouais en août 2011. Il assume la Direction générale depuis février 2012.

 

 

 

Le réflexe d’aller de l’autre côté pour obtenir les services
D’entrée de jeu, monsieur Poulin nous explique que la situation géographique de la région de l’Outaouais pose un défi particulier pour les établissements d’éducation, mais aussi pour la Ville de Gatineau, quatrième plus grande ville au Québec : « Nous sommes adjacents à une autre province et à la capitale canadienne, Ottawa. Les gens ont développé avec le temps le réflexe d’aller de l’autre côté pour obtenir des services de tout acabit, notamment en éducation, en santé et dans le domaine du commerce au détail. Ceci a envoyé au gouvernement québécois un message : les gens de l'Outaouais ont les services de l’autre côté. Donc si on veut économiser, on n’investira pas là, parce que de toute façon, les gens les retrouveront ailleurs, ces services. »

2500 jeunes traversent les ponts pour aller suivre une formation postsecondaire de l’autre côté de la rivière
Pour l’éducation et l’enseignement supérieur, ça se traduit quotidiennement par le fait que 2500 jeunes traversent les ponts pour aller suivre une formation postsecondaire de l’autre côté de la rivière. Voilà un des premiers impacts frontaliers. Pourquoi les jeunes vont-ils là? « Pour essentiellement deux raisons, explique monsieur Poulin. La première : les jeunes nous disent que la formation qu’ils voulaient suivre n’était pas offerte en Outaouais, mais l’était à Ottawa. La deuxième : les collèges ontariens sont des collèges d’arts appliqués et de technologie qui ont comme mandat presque unique de préparer pour le marché du travail. Les jeunes sont attirés parce que la formation qu’ils offrent est quasi exempte de formation générale. Quand on dit à un jeune qui veut faire une technique qu’il pourra l’acquérir en un an plutôt qu’en trois ans, ça l’attire énormément. Pour nos institutions, cette migration représente annuellement 25 millions de moins d’allocations pour nos financements. Si nous rapatriions demain ces étudiants qui sont allés étudier dans un collège ontarien, nous pourrions ajouter 2000 étudiants au Cégep de l’Outaouais. Le Cégep compte déjà une population de 5000 étudiants, ce qui en ferait un cégep de très grande taille. » Perte d’étudiants égale perte de financement pour les établissements. Mais c’est aussi de l’argent de moins pour la région de l’Outaouais, c’est-à-dire un manque à gagner annuel de quelque 70 millions pour l’économie régionale.

Quatre différents types d’exode étudiant
Frédéric Poulin nous décrit les quatre différents types d’exode étudiant vers l’Ontario: « Le premier : l’élève obtient son diplôme de secondaire 5 en Outaouais et s’inscrit directement à l’Université d’Ottawa. S’il a une bonne moyenne, il peut accéder directement à l’université sans passer par le cégep. Le deuxième type : l’étudiant vient faire une année au cégep et est automatiquement admis à l’Université d’Ottawa ou dans une autre université en Ontario. Nous perdons donc ainsi des étudiants qui font un an chez nous et qui quittent par la suite. Le troisième type d’exode, ce sont les élèves qui partent du secondaire, qui ne viennent ni au cégep ni à l’université, mais qui s’en vont directement dans un collège ontarien. Un dernier type touche plus les commissions scolaires, soit les jeunes qui décrochent, après un secondaire 3 ou 4, et s’en vont dans un collège ontarien compléter une formation professionnelle offerte ici dans les commissions scolaires. »

Monsieur Poulin souligne que l’effet pervers vient du fait que la région de l’Outaouais est, par rapport à d’autres régions du Québec, moins bien nantie en ce qui concerne la diversité des programmes offerts. Ce qui explique, entre autres, que la plupart des travailleurs dans le domaine de la santé sont issus d’autres régions. Ils viennent travailler en Outaouais un certain temps et ils sont ensuite magnétisés par deux pôles. Soit ils sont attirés par l’Ontario tout près qui offre des conditions salariales plus alléchantes, soit ils choisissent de retourner dans leur région d’origine. L’impact de cette réalité : la région de l’Outaouais est toujours en pénurie de main-d’œuvre, parce que plusieurs formations ne sont pas offertes dans la région, et ce, autant au cégep qu’à l’université.

Une alliance pour la cause de l’enseignement supérieur en Outaouais
Toutes ces problématiques sont la pierre d’assise de l’Alliance pour la cause de l’enseignement supérieur en Outaouais. « Nous revendiquons l’équité pour notre région en matière de formation. Lorsque l’on se compare avec la région de la Mauricie ou celle du Saguenay-Lac-Saint-Jean, nous sommes des plus déficitaires en termes d’offre de programmes de formation postsecondaire. Nous demandons au gouvernement du Québec de nous accorder un plan de rattrapage. Il n’est pas normal que nous ayons si peu à offrir à nos jeunes compte tenu de notre poids démographique », de préciser monsieur Poulin, président de cette alliance qui regroupe le Cégep de l’Outaouais, le Cégep Héritage, le Collège préuniversitaire Nouvelles Frontières (collège privé), l’Université du Québec en Outaouais et aussi le Conservatoire de musique et d’art dramatique.

Le front commun de l’Alliance a permis de faire de l’éducation un thème prioritaire de la dernière campagne électorale provinciale. Le premier ministre Couillard a promis, dans le cadre de cette campagne, un statut particulier à l’Outaouais en éducation. « C’est une énorme victoire pour l’Alliance qui attend la suite avec impatience », de commenter M. Poulin.

Demande d’un nouveau CCTT (centre collégial de transfert technologique) dans le domaine de l’intelligence territoriale
Pour le Cégep de l’Outaouais, pour la région de l’Outaouais et pour Gatineau, l’octroi d’un CCTT est crucial. « Pour une région comme la nôtre, ne pas avoir de CCTT n’est pas normal. Nous sommes une des seules grandes régions sans CCTT. Ce dernier est une demande de la communauté outaouaise. L’intelligence territoriale est un domaine clairement identifié par les gens de la communauté et constitue un projet régional. Les attentes de la communauté à cet égard sont très fortes, autant à l’externe qu’à l’interne. Le collège possède déjà un centre de recherche dans le champ de l’intelligence territoriale. La reconnaissance officielle de ce CTTT assurerait la pérennité du financement de ses activités et de ses projets. L’intelligence territoriale permet de développer et d’occuper le territoire de façon stratégique et intelligente. C’est-à-dire avoir des acteurs capables de nous outiller aux niveaux économique, environnemental, géographique, technologique et de l’urbanisme. En Europe, cette approche est très développée. En Amérique du Nord, c’est un concept en effervescence. Nous avons pris l’initiative dans ce dossier et nous voulons que le gouvernement reconnaisse ce besoin régional, en nous accordant le statut de CTTT. »

Un cégep qui va continuer de se développer
Fort d’un Plan stratégique 2011-2016 dans lequel le conseil d’administration du Cégep de l’Outaouais réitère la place de l’étudiante et de l’étudiant au cœur de sa mission éducative, monsieur Poulin tient les guides d’un cégep en expansion. Plus de 25 millions ont récemment été investis dans ses infrastructures.

L’agrandissement des locaux vient combler un manque à gagner en termes d’espaces et va permettre de respirer un peu mieux. À moyen et long termes, le Cégep de l’Outaouais sera moins touché que le réseau par la décroissance anticipée. Au cours des prochaines années, les clientèles devraient demeurer stables ou ne varier que légèrement. L’augmentation va reprendre graduellement dans trois ou quatre ans, selon les prévisions démographiques du secondaire. Au niveau global, la population de l’Outaouais est appelée à grandir au cours des prochaines années. Monsieur Poulin termine en nous disant que « si on rapatriait les étudiants qui vont étudier de l’autre côté de la frontière en leur offrant les programmes qu’ils souhaitent, nous deviendrions du même coup un collège de très grande taille et l’économie de la ville de Gatineau et de toute la région en profiterait ».

Entrevue et texte par Alain Lallier, édimestre et éditeur en chef, Portail du réseau collégial.

 





 
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