Dossiers / Gestion / Gestion d'un collège

Faire son cégep aux Îles-de-la-Madeleine




Entrevue avec M. Serge Rochon, directeur, Campus des Îles de la Madeleine, du Cégep de la Gaspésie et des Îles

Des Madelinots attachés à leur cégep
L’air de rien, le Campus des Îles de la Madeleine existe depuis 32 ans. Selon Serge Rochon, le centre est très bien implanté aux Îles. Les Madelinots tiennent beaucoup à leur cégep. Quelque 150 étudiants le fréquentent. Pour les jeunes Madelinots, inscrits dans les programmes préuniversitaires, faire leur cégep aux Îles, c’est la possibilité de vivre chez eux deux années de plus et d’éviter des frais excessifs. « Les étudiants sont très attachés au cégep, et le taux de rétention est très élevé. C’est normal : l’éloignement des Îles dans le golfe Saint-Laurent occasionne des coûts importants pour ceux et celles qui décident d’aller étudier à Québec ou à Montréal. On parle d’un billet de 900 $, sans compter les coûts du logement et du retour au temps des fêtes. »

Pour les Madelinots, le cégep, c’est un outil de développement
« Nous avons créé un environnement pédagogique assez intéressant. Le campus est reconnu pour la qualité d’encadrement sur mesure que nous offrons, pour l’engagement des enseignants et les mesures d’aide mises en place. La vie étudiante est très stimulante grâce à la mise en place d’un volet culturel et sportif de qualité. Les activités parascolaires permettent entre autres aux jeunes de faire de la raquette dans des paysages magnifiques. Nous pouvons profiter de la mer avec des sports de glisse. On leur fait vivre les Îles à plein », d’affirmer monsieur Rochon.

Rentrée 2014

Amarres et voilures
Il est bien certain qu’à la fin de leur secondaire, les jeunes ont hâte de quitter les Îles. Conscient de l’attrait des grandes villes, le campus a créé un organisme à l’intérieur de ses murs qui s’appelle « Amarres et voilures ». « Amarres », parce que l’on voulait retenir les jeunes sur place et leur faire connaître vraiment les Îles. En leur faisant faire du bénévolat, on les met en contact avec leur milieu. « Voilures », pour l’international. « On les fait voyager partout dans le monde, au Pérou, au Costa-Rica, en Grèce. Ce programme fait en sorte que les jeunes restent plus longtemps chez nous. C’est une dynamique stimulante pour les étudiants. Même ceux qui ont quitté le campus depuis longtemps y restent très attachés. Ils reviennent; viennent manger à la cafétéria. Nous parlons d’une grande vie de famille quoi. »

Innover pour maintenir les programmes
Le campus offre quatre programmes : trois programmes préuniversitaires (sciences humaines; sciences de la nature; arts, lettres et communication) et une technique en comptabilité et gestion. Il y a déjà eu plus de 1500 élèves à la polyvalente; aujourd’hui, elle en compte 500. Le bassin naturel d’alimentation s’est vraiment amenuisé. « Nous avons tout de même réussi à maintenir nos programmes, grâce à un très haut taux de rétention. Nous avons accepté des étudiants de l’extérieur. Nous avons créé une entente de mobilité avec le Collège de Maisonneuve. Depuis l’hiver dernier, des étudiants de Maisonneuve viennent faire une session aux Îles en sciences humaines ou en arts, lettres et communication. Ce qui compense en partie la baisse des élèves de la polyvalente. Mais surtout, en comptabilité et gestion, nous avons fait un virage en enseignement à distance. De plus en plus, nous avons des étudiants qui ne sont pas présents aux Îles, mais qui suivent leurs cours à notre campus. Ils peuvent demeurer à Fermont, en Gaspésie ou ailleurs au Québec. Grâce à un partenariat avec Cégep à distance, des étudiants peuvent suivre leurs cours à distance, mais en classe. Tout est interactif. Les étudiants peuvent poser des questions et même faire des travaux d’équipe à distance. C’est ainsi que l’on a pu sauver notre programme. Un câble sous-marin de fibres optiques déployé entre les Îles et la Gaspésie en 2004 a permis de bénéficier de la haute vitesse et rend possible cette innovation. »

En sciences humaines, il existe également un parcours de formation offert à distance. « Nous nous sommes aperçus que les étudiants jeunes de Grande-Rivière qui désiraient étudier devaient déménager vers Québec ou Rimouski Pour suivre un programme en sciences humaines.. Notre modalité de formation leur permet de suivre leurs cours à partir de l’École des pêches et de l’aquaculture à Grande-Rivière. »

Cette année, le cégep offre le DEC en soins infirmiers et la technique en informatique grâce à une formule pédagogique par téléenseignement; ainsi, les enseignants demeurent à Gaspé et les étudiants sont en classe au campus des Îles. Il s’agit là d’une autre innovation didactique qui permet de diversifier l’offre de formation pour les jeunes Madelinots.

La formation par modules
Le cégep est un des trois collèges à expérimenter la formation par modules pour le programme d’Administration générale. On parle ici de cumul de modules en comptabilité, bureautique et informatique, ce dernier module étant assumé par le Cégep de Matane.
Le campus des Île-de-la-Madeleine compte une trentaine d’enseignants.

Un pôle d’enseignement supérieur
Le Centre de formation continue, Groupe Collegia, regroupant les cégeps de Rivière-du-Loup, de Matane,  de la Gaspésie et des Îles, offre plusieurs formations pour adultes. De plus en plus, le Cégep de la Gaspésie et des Îles établit des partenariats avec l’Université du Québec à Rimouski. Un bac en soins infirmiers est offert depuis deux ans. L’École spécialisée en pêches donne aussi des formations sur mesure aux travailleurs, notamment en usine dans la transformation du poisson. Tout se passe au cégep et, ce faisant, celui-ci devient un outil de développement socio-économique important. Des conférences grand public y sont organisées. La bibliothèque offre des rencontres avec les auteurs. « Aux Îles, le campus est très connu et bien reconnu. Il reçoit le support important et dynamique de la municipalité et de la Chambre de commerce. »

Des rénovations qui s’imposent
Le seul établissement d’enseignement supérieur aux Îles compte rénover ses installations par le biais d’un projet important de rénovation de l’ordre de 4 à 5 millions. Une partie du bâtiment est constitué de sections modulaires datant des années 80 et qui ne répondent plus aux besoins. Les deux tiers des salles de classe s’y retrouvent. Le campus est situé à l’Étang du Nord juste à côté de la polyvalente, qui possède un auditorium partagé avec le campus. Pour les cours d’éducation physique, on utilise aussi les gymnases existants à la polyvalente.

Des compressions budgétaires qui font mal
En tant que directeur de campus, Serge Rochon assume à la fois la direction administrative et la direction pédagogique du cégep. Il siège au Comité de direction du Cégep de la Gaspésie et des Îles avec les autres directeurs de campus. La plupart des réunions se tiennent à distance en visioconférence.

Les compressions budgétaires actuelles dans le réseau collégial représentent un enjeu important pour le Campus des Îles. « Nous avons travaillé intensément au mois de juin pour attacher le budget de cette année. La commande pour le Cégep de la Gaspésie et des Îles représente un total de 2,7 millions en compressions récurrentes lorsque l’on fait le total des quatre dernières années. Nous avons fait face à un enjeu de taille. Notre objectif était de maintenir, dans la mesure du possible, les services aux étudiants et je pense que nous avons réussi. Mais, près d’une vingtaine d’emplois ont été perdus, principalement au volet administratif. Ici aux Îles, un poste d’agente de bureau assumé par une personne partant à la retraite n’a pas été renouvelé. Ces tâches sont assumées par une autre employée. Les services de la bibliothèque et des services aux étudiants ont échappé aux compressions. À la rentrée, nous avons ressenti l’impact de ces compressions. Nous avons travaillé avec du personnel en moins. Notre organisation est à l’os. Le Collège ne pouvait pas s’appuyer sur des surplus accumulés pour amortir le choc. Nous avions déjà un déficit qui a nécessité un plan de redressement au cours des quatre dernières années. Nous venions tout juste de nous en sortir, et on nous a ajouté une commande additionnelle. Les temps sont durs. Mais vous savez, aux Îles, nous avons l’habitude des grands vents et des tempêtes et sommes bâtis pour les affronter et les déjouer. »

C’est bien connu, le vent souffle fort aux Îles et surtout par les temps qui courent; mais le capitaine Rochon semble bien en contrôle du bateau.

 

 

Entrevue et texte par M. Alain Lallier, édimestre, Portail du réseau collégial



Les partenaires du Portail