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Des passionnés de toute nature!




Entrevue avec monsieur Louis Lefebvre, directeur général du Cégep de Saint-Félicien

Un programme fer-de-lance : Techniques du milieu naturel

Le Cégep de Saint-Félicien est situé au confluent des rivières Ashuapmushuan, Ticouapé et Mistassini et du majestueux lac Saint-Jean. Fort d’un tel environnement, le Cégep de Saint-Félicien a décidé depuis fort longtemps de se donner une image de marque : celle d’être un collège à dimension humaine caractérisé par un accueil et un encadrement personnalisés, qui a comme programme fer-de-lance les Techniques du milieu naturel, programme unique et exclusif au Québec. Le seul programme collégial québécois (francophone) accrédité par la Commission canadienne d'accréditation environnementale (CCAE).

Ce programme représente à lui seul près de 25 % de la clientèle de l’établissement et 90 % des étudiants qui y sont inscrits proviennent de l’extérieur de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. « C’est un programme extrêmement important qui nous caractérise fort bien. Nous formons des techniciens qui interviennent en milieu naturel. Le programme compte un tronc commun d’une année et demie et quatre voies de spécialisation : Aménagement de la faune, Aménagement et interprétation du patrimoine naturel, Aménagement de la ressource forestière et Protection de l’environnement. Les diplômés interviennent partout au Québec dans toutes sortes d’organisations, privées ou publiques, notamment pour la Sépaq et les parcs.

Toujours dans cet axe nature, le collège offre aussi les programmes de Santé animale et de Tourisme.

Ce dernier programme est exclusif au niveau régional et le seul qui offre une formule modulaire qui porte le nom de “ Triplex ”, soit trois modules de formation séparés. Cette particularité attire des étudiants internationaux intéressés à faire un ou deux modules. Actuellement, près de 50 % de la clientèle vient de l’international », explique Louis Lefebvre.

Pour le programme de tourisme, le collège a négocié des ententes avec la Sépaq (Société des établissements de plein air du Québec) au niveau provincial, avec la Société zoologique (Zoo sauvage de St-Félicien) et l’Association touristique régionale. Ces ententes offrent des lieux de stage et de recrutement. Si vous allez dans certains parcs de la Sépaq du Québec, vous verrez des affiches qui parlent du programme de tourisme et de la voie de spécialisation d’aménagement et d’interprétation du patrimoine naturel des Techniques du milieu naturel. Au jardin zoologique, on retrouve des affiches qui présentent des diplômés du Cégep de Saint-Félicien qui travaillent dans plusieurs domaines au zoo : santé animale, milieu naturel, comptabilité et gestion, accueil touristique, etc.

« Je dis souvent que, malgré le fait que nous soyons un collège de petite taille, nous occupons 67 % du territoire québécois »
C’est ainsi que Louis Lefebvre résume une situation unique au Québec. « Nous avons un centre d’études collégiales, celui de Chibougamau, qui est situé à 232 kilomètres du Cégep de Saint-Félicien. C’est le seul établissement d’enseignement supérieur dans le Nord-du-Québec. Un territoire immense mais peu peuplé, aux distances importantes, ce qui amène des contraintes au niveau de l’organisation de la formation. Les deux municipalités régionales de comté (MRC) qui couvrent le territoire du cégep, ce sont 22 municipalités et une communauté montagnaise, Mashteuiatsh. Il y a seulement trois villes de plus de dix mille habitants. C’est un défi, dans ces conditions, de répondre aux besoins en matière d’accessibilité aux études collégiales. Dans un contexte de baisse démographique, le collège doit déployer beaucoup d'effort et d’ingéniosité pour maintenir son niveau d’attractivité. Nous avons mis en place, en collaboration avec la Fondation du cégep, des programmes de bourses qui favorisent, entre autres, le transport collectif. »

« Ce qui nous caractérise, c’est cette volonté d’être près des gens »
À l’occasion d’une mission récente au Mexique, qui lui a permis de visiter une quarantaine d’universités technologiques, Louis Lefebvre a expliqué à ses interlocuteurs ce qui fait le succès de son établissement : « Je leur ai raconté que, quand nous avons mis en place un service pour recruter des étudiants internationaux, nous n’avions ni expérience ni expertise. Je me suis posé la question : comment mes trois filles devraient-elles être accueillies si elles allaient faire un stage au Mexique? Quel genre d’encadrement devraient avoir mes enfants là-bas? C’est ce genre d’accueil que nous avons mis en place chez nous. Notre approche axée sur un encadrement personnalisé a reçu un accueil plus qu’intéressé au Mexique. Ce qui nous caractérise, c’est cette volonté d’être près des gens. Quand un étudiant est en difficulté, tout le monde le sait. On essaie de voir ce qu’on peut faire. Personne n’est laissé pour compte. »

Un impact important des étudiants internationaux
Louis Lefebvre est très fier d’avoir pu attirer au Cégep de Saint-Félicien un important contingent d’étudiants de France et d’ailleurs dans le monde, ce qui a permis de consolider les programmes Techniques de milieu naturel et Techniques de tourisme. En plus, en matière d’occupation du territoire, l’impact est important, car certains ont décidé de s’installer dans la région. « Au-delà des bienfaits en terme de multiculturalisme au Collège, c’est aussi un impact économique important : si un étudiant dépense plus ou moins 1000 $ par mois, c’est plus ou moins 630 000 $ qu’injectent les 70 étudiants étrangers dans la ville de Saint-Félicien. La Ville en est très consciente et collabore étroitement avec nous pour accueillir ces étudiants. »

D’autres compressions qui inquiètent
L’état des finances publiques annonce d’éventuelles nouvelles compressions dans les cégeps. Louis Lefebvre est très au fait du problème. « Pour un collège de petite taille, toute nouvelle compression peut devenir un casse-tête. Quand 83 % du budget va en salaires, la marge de manœuvre est presque nulle. Nous avons eu des compressions importantes au cours des trois dernières années. S’il y en a d’autres, nous serons dans l’impossibilité de maintenir tous les services que nous offrons, et des choix devront être faits. Il y a quinze ans, les prévisions démographiques indiquaient déjà les baisses de clientèle actuelles. Nous avons décidé que, pour traverser ces années difficiles, nous devions nous assurer un surplus accumulé. Nous avons généré un surplus de 2,5 millions pour maintenir le même niveau de services. Mais si le gouvernement ajoute à cette baisse de financement occasionnée par la diminution du nombre d'étudiants une compression additionnelle, nous nous retrouverons en sérieuse difficulté. »

Un député… premier ministre
Le Cégep de Saint-Félicien peut maintenant compter sur un député… premier ministre. En tant que député du comté de Roberval, Philippe Couillard connaît bien la réalité du cégep. « Depuis 15 ans, j’ai toujours eu une bonne relation avec notre député. Nous avons des rencontres régulières pour l’informer des défis, des enjeux, du plan stratégique. J’entends rencontrer notre nouveau député pour lui faire part de notre situation. Je l’ai rencontré avant qu’il soit élu. Il aime bien les collèges et ce qui s’y fait. Il est extrêmement préoccupé par l’accessibilité aux études collégiales et l’importance des régions. Je suis persuadé de trouver en lui un allié très réceptif aux enjeux qui nous confrontent. »

Pendant les 15 années à la tête du collège, « j’ai toujours eu le Cégep de Saint-Félicien tatoué sur mon cœur ».
Après 15 ans à la tête du cégep durant lesquels il a dirigé l’élaboration et la réalisation de trois plans stratégiques, Louis Lefebvre a toujours des projets en tête. Actuellement, il est cependant en période de réflexion : son troisième mandat se termine le 31 août 2014. C’est demain. Louis Lefebvre est très attaché à son collège : « Je suis natif de Saint-Félicien. J’ai étudié au Cégep de Saint-Félicien et à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC); j’ai fait le choix de venir faire ma carrière ici. J’ai eu de nombreuses occasions d’aller occuper un poste de directeur général dans un gros collège, ce que j’ai toujours refusé. Je travaille avec le même directeur des études depuis 15 ans, Gilles Lapointe, un ami de longue date. Nous ne voulons pas quitter la direction en même temps. Nous voulons que le collège soit dans une très bonne position au moment de quitter nos fonctions. J’ai toujours eu le Cégep de Saint-Félicien tatoué sur mon cœur. Le cégep m’enflamme encore. Ma préoccupation demeure la stabilisation de l’ensemble des opérations dans un contexte de décroissance démographique et de l’état des finances publiques. Il faut que nos valeurs institutionnelles se transfèrent à la nouvelle génération, et ce, plus particulièrement quant à l’accueil et à l’encadrement personnalisés. C’est un défi que nous devons relever. »

Le slogan du Cégep de Saint-Félicien : “Des passionnés de toute nature”… son directeur général est  à coup sûr un passionné par nature...

Entrevue et texte d’Alain Lallier, éditeur en chef, Portail du réseau collégial



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