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La Commission d’évaluation de l’enseignement collégial jette un regard sur ses propres pratiques




 

Entrevue avec Mme Céline Durand, présidente de la Commission d’évaluation de l’enseignement collégial

Le 25 novembre 2016, la Commission d’évaluation de l’enseignement collégial annonçait avoir reçu la reconnaissance officielle de la conformité de ses pratiques aux grands standards internationaux en matière d’assurance qualité en enseignement supérieur. Cette reconnaissance par l’International Network for Quality Assurance Agencies in Higher Education (INQAAHE) positionne favorablement le Québec sur le plan mondial. Madame Céline Durand, présidente de la Commission, s’est entretenue avec le soussigné du Portail du réseau collégial sur le sujet.

À l’image des façons de faire qu’elle a instaurées depuis ses débuts et qu’elle poursuit dans le cadre de l’audit des systèmes d’assurance qualité des collèges, la Commission s’est prêtée à l’exercice d’évaluation externe de ses propres pratiques. C’est d’ailleurs elle qui en a fait la demande à l’INQAAHE conformément à ce qui est inscrit dans son Plan stratégique 2012-2017. La Commission souhaitait ainsi jeter un regard critique sur ses pratiques. Selon Céline Durand : « Nous voulions mettre de l’avant les qualités de l’exercice d’évaluation effectué avec les collèges et savoir s’il y avait des pistes d’amélioration à retenir pour la suite. L’activité a ainsi permis de faire valoir l’ensemble des progrès réalisés par les collèges depuis l’existence de la Commission. Nous croyons avoir joué un rôle majeur dans le développement de la culture d’évaluation au sein des établissements collégiaux, notamment dans les cégeps. Bien sûr, les collèges sont à géométrie variable. Ce n’est jamais égal partout. Même si, à certains égards, il y a encore des améliorations à apporter, tout ce qui a été construit à l’interne demeure exceptionnel. Un des plus beaux cadeaux que j’ai reçus, c’est au colloque de l’Association québécoise de pédagogie collégiale (AQPC) du mois de juin 2016, où des professeurs démontraient à des collègues professionnels et enseignants les outils qu’ils avaient mis en place pour valider des évaluations finales de cours, ce qui témoignait d’une prise en charge institutionnelle réelle de l’évaluation des apprentissages. »

Avec cet exercice d’évaluation externe, la Commission voulait faire reconnaître l’influence de ses pratiques d’évaluation sur la qualité de l’enseignement collégial. À ce sujet, Céline Durand ajoute : « Nous avons choisi l’agence internationale INQAAHE qui a pour mission de développer et promouvoir des normes professionnelles guidant les pratiques en assurance qualité ainsi que de favoriser et soutenir l’amélioration continue des organisations membres qui sont au nombre de 275 sur tous les continents. Son processus d’évaluation est semblable à celui utilisé par la majorité de ses membres. Il se déroule sur quelques mois. L’INQAAHE a établi 12 lignes directrices en matière d’assurance qualité à partir desquelles on a réalisé une autoévaluation, en ciblant nos forces tout comme les éléments à bonifier et en établissant des pistes d’action en ce sens. Ensuite, un comité de trois experts internationaux a été constitué et nous a rendu visite pour approfondir sa compréhension des pratiques en vigueur à la Commission. Nous avons échangé avec eux et ils ont aussi rencontré des partenaires et des gens des collèges et du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement collégial. »

L’indépendance de la Commission, un point stratégique
Le rapport de l’INQAAHE souligne que la Commission est un organisme public et indépendant par rapport au pouvoir politique et aux collèges qui se consacre principalement à l’évaluation et qui possède un mandat et des pouvoirs clairs, ces caractéristiques étant essentielles à tout système d’assurance qualité crédible. Il note aussi les progrès considérables réalisés par les collèges québécois en matière d’évaluation des programmes, d’évaluation des apprentissages et de planification stratégique depuis la création de la Commission. Pour le réseau, il s’agit d’un constat d’importance. Céline Durand estime que ce rapport d’évaluation arrive à point nommé puisque, au même moment, la ministre David lançait sa consultation qui remettait en question les structures actuelles. Le document de consultation avance l’idée qu’au mandat-conseil du nouveau Conseil des collèges soit jumelé un mandat d’évaluation. Céline Durand est affirmative : « Dans la perspective où les mécanismes d’évaluation externe doivent conserver une indépendance et une autonomie décisionnelle pour assurer la crédibilité des jugements rendus, il est difficile de les regrouper sous une même entité que la fonction-conseil. Cela pourrait créer des situations très problématiques faisant en sorte qu’un même organisme qui serait par exemple en processus de réflexion sur la formation générale pourrait se retrouver en situation d’évaluer en même temps cette même formation. Il y aurait là un risque certain de fragiliser la portée de l’évaluation. L’indépendance demeure donc pour l’INQAAHE un aspect central du profil d’un organisme d’évaluation externe, et c’est une des lignes directrices à laquelle la Commission répond en tout point. »

Un haut niveau de maturité du système de gouvernance
L’INQAAHE affirme que le système de gouvernance de la Commission a atteint un grand niveau de maturité. C’est le résultat de 24 ans d’effort du réseau qui est ainsi mis en lumière. Céline Durand rappelle que la Commission est née dans un contexte de plafonnement structurel de l’ancien Conseil des collèges sur le plan de l’évaluation : « Il n’avait pas les outils et l’indépendance nécessaires pour faire de l’évaluation de façon systématique et efficace. En 1993, le Conseil des collèges a donc été démantelé au profit de la création de la Commission de l’évaluation. Il est loin d’être sûr que faire aujourd’hui l’opération inverse serait une bonne idée. La Commission a d’ailleurs déposé un mémoire dans le cadre de la consultation qui s’est tenue à l’automne dans lequel elle insiste sur l’importance d’une délimitation claire entre la mise en œuvre de la fonction d’évaluation et la fonction de conseil stratégique. »

Une diversité accrue dans le processus de décision ?
Dans son rapport d’évaluation, l’INQAAHE signale qu’au regard de sa gouvernance la Commission gagnerait à s’associer à une plus grande diversité de personnes. Céline Durand explique que notre système de désignation des commissaires est assez rare par rapport aux pratiques internationales : « Dans la plupart des autres organismes, on fait appel à des évaluateurs externes comme nous le faisons, mais dans la majorité des cas, c’est une personne du groupe qui devient président de la visite au sein de l’établissement et qui aura la responsabilité de produire le rapport. Dans les milieux où l’on retrouve des personnes qui ont une proximité langagière et culturelle, c’est une formule très intéressante. Au Québec, ce serait un défi important si, par exemple, un directeur général de cégep devait signer un rapport d’évaluation pour un autre collège. Ce serait faisable, mais ce serait délicat. Par ailleurs, en faisant venir des gens de l’extérieur, on se bute au problème de la maîtrise de langue française. La formule que nous avons retenue au Québec pour nommer les commissaires apparaît donc judicieuse. Si nous devions maintenir ce choix, nous aurions tout de même intérêt à collaborer davantage avec des intervenants en provenance de l’extérieur du réseau. La Commission a manifesté sa volonté de mettre en place un comité-conseil composé de personnes reconnues pour une expertise en évaluation ou dans d’autres domaines. Les membres pourraient provenir de différents milieux et soutenir la Commission dans sa réflexion et dans le développement de ses pratiques, ce que la loi actuelle permet. »

Une participation accrue des étudiants ?
Concernant les procédures d’assurance qualité de la Commission, le rapport d’évaluation constate qu’elles sont claires et adéquates en fonction de sa mission. Les experts recommandent cependant une participation accrue des étudiants. À ce sujet, Céline Durand affirme que la participation des étudiants au processus d’évaluation constitue un enjeu d’importance, entre autres lors des visites des collèges : « Nous demandons toujours à rencontrer les étudiants. Cela représente un défi à chaque fois et cela est encore plus difficile lorsque les professeurs refusent de s’impliquer généralement pour des raisons idéologiques. Une anecdote révélatrice : un collège a offert la pizza pour attirer les étudiants pour lesquels il s’agit d’une corvée et qui ignorent souvent l’ampleur et la signification d’une telle démarche. Nous avons donc mis de l’avant des actions facilitantes, comme des communications directes avec les associations étudiantes pour les aviser qu’on va aller visiter leur collège et qu’on souhaiterait discuter avec leurs membres. Par ailleurs, on s’est demandé pourquoi les étudiants ne participeraient pas à nos travaux à titre d’experts ou au sein des comités mis en place. Nos étudiants ont une expérience concrète de l’évaluation. Ce sont eux qui la vivent et ils ont des choses à dire. De nombreux collèges intègrent d’ailleurs déjà les étudiants sur leur comité de programme. »

Rejoindre un public plus large
En matière d’information publique, les évaluateurs font des commentaires très positifs : documentation accessible, très bien structurée, consistante, précise et détaillée. La conception des rapports de la Commission est adéquate pour les besoins des collèges, de l’administration et des autorités gouvernementales. Ils soulignent le haut niveau de transparence de l’organisme en regard de la diffusion de ses travaux. Ils suggèrent de développer de meilleurs mécanismes d’échange avec le Ministère, les employeurs et les universités afin de mieux faire connaître les résultats des évaluations. La présidente confirme que beaucoup d’efforts sont consacrés dans ce sens. Le site Internet a d’ailleurs été modifié. « Mais il est difficile d’intéresser la population en général à cause du caractère pointu de notre mission », avoue-t-elle. « Notre public est très ciblé. Nous rejoignons les collèges. Les cégeps estiment cependant que nous devrions faire valoir la plus-value. Mais encore faudrait-il que les établissements eux-mêmes intègrent sur leur site les rapports de la Commission, ce qu’aucun ne fait, même si les rapports sont porteurs de très bonnes nouvelles. »

Une flexibilité suffisante accordée aux collèges
Les commentaires des évaluateurs au sujet des relations de la Commission avec les collèges sont très positifs : la Commission guide et accompagne ces derniers tout en respectant leur autonomie pour qu’ils mettent en place leurs mécanismes d’évaluation. C’est un choix d’orientation important pour la présidente et la Commission : « Il est bien évident que la flexibilité allouée commande plus de travail de la part des établissements, mais cela correspond à leurs pratiques. Nous pourrions aller encore plus loin à cet égard dans un deuxième cycle d’évaluation par la reconnaissance de l’efficacité des mécanismes en œuvre dans les établissements. Ainsi, dans un collège où tout va très bien, nous pourrions penser à un cycle d’évaluation sur dix ans plutôt que sur cinq. Par contre, pour un collège qui doit améliorer ses pratiques, le cycle de cinq ans pourrait être maintenu, voire même diminué. »

Un processus d’appel ?
Le rapport de l’INQAAHE soulève l’absence d’un processus d’appel concernant les résultats des évaluations de la Commission. L’agence reconnaît qu’un tel processus ne semble pas nécessaire dans le contexte puisque les collèges ne font face à aucune sanction, mais elle recommande à la Commission de se pencher sur les options qui permettraient de garantir le droit des collèges d’exposer leur point de vue de manière indépendante. Céline Durand rappelle que : « La décision de la Commission n’a pas d’influence sur le financement des établissements et ne leur donne pas non plus d’accréditation ou d’habilitation, comme on le voit dans certains systèmes d’enseignement supérieur. Ici, notre finalité est l’amélioration continue. Nous envoyons le rapport préliminaire aux établissements et les invitons à réagir. C’est nous qui interprétons le point de vue du collège et à la fin de nos rapports, nous mentionnons qu’il souscrit ou non aux avis et jugements formulés, en précisant les actions qu’il a réalisées depuis la visite. Nous ne reprenons pas tous les commentaires du collège. Faudrait-il rendre publique sa position? Nous avons déjà soumis cette hypothèse aux établissements via notre comité de liaison, où tous les types de collèges sont représentés (cégeps, collèges privés subventionnés et non subventionnés). Le comité de liaison continue à réfléchir aux avantages et aux inconvénients que cela représente. Le processus pourrait être laissé à la discrétion du collège. »

Un système qui devrait s’ouvrir davantage sur l’extérieur
À la fin de son rapport, l’INQAAHE propose à la Commission d’ouvrir les horizons de l’évaluation au Québec vers l’international. Les trois experts qui l’ont évaluée sont originaires de l’Europe. L’un d’eux a d’ailleurs été au cœur du processus de Bologne qui a établi des normes de diplomation à l’échelle de l’Europe pour favoriser la mobilité étudiante. L’Afrique francophone travaille aussi dans ce sens. Selon Céline Durand : « Au Québec, nous sommes complètement à part. Les observateurs extérieurs sont impressionnés par le peu de mobilité de nos étudiants, autant au niveau du Canada que dans le reste du monde. Comment expliquer cette situation ? Il y a bien sûr le défi de la langue. Les différences dans les formules de diplomation et les particularités culturelles expliquent en partie la situation. Le rapport de l’agence suggère à la Commission d’être un acteur de changement à ce propos et de favoriser la mobilité étudiante. Selon l’agence, la Commission devrait d’ailleurs avoir plus de relations avec les gens de l’extérieur du pays et travailler avec des experts internationaux. Nous sommes bien sûr d’accord avec eux, mais les contraintes gouvernementales et budgétaires nous en empêchent. »

Les suites à donner
Quelles sont les suites que la Commission compte donner à ce rapport ? Voici la réponse de Céline Durand : « Les suggestions de l’INQAAHE vont dans le sens d’actions déjà entreprises par la Commission. Cette année, toutefois, la Commission est en quelque sorte en attente des décisions ministérielles sur les orientations concernant un futur Conseil des collèges et la place qui lui sera réservée dans un tel contexte. En attendant, la loi est toujours en vigueur. Elle commande que la Commission assume son mandat en matière d’évaluation. Avec un rapport aussi positif d’une agence internationale, je me demande pourquoi on changerait une formule gagnante. » La Commission a proposé la mise en place d’un organisme d’évaluation de l’enseignement supérieur qui s’intéresserait tant aux collèges qu’aux universités. Dans les rapports déposés par les collèges au Rapport Demers, plusieurs soulignent l’importance de l’évaluation. Entre-temps, des visites continuent dans les établissements collégiaux, même si le plan de travail de la Commission a dû être légèrement modifié à la suite du départ et du non-remplacement de deux commissaires. Pour suppléer à cette situation, la Commission a fait appel à des experts externes qui agiront à titre de présidents de comités de visite. Malgré le contexte, la présidente défend les avancées des collèges au chapitre de l’évaluation et insiste sur l’importance de préserver les acquis pour continuer de s’améliorer.

Entrevue et texte réalisés par Alain Lallier, éditeur en chef et édimestre au Portail du réseau collégial.





 
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