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Le Prix littéraire des collégiens, une activité littéraire incontournable

2013-12-06


Par Mme Marie Lacoursière, édimestre pour le Portail du réseau collégial.

Crédits photografiques : Dany Leclair

Le Prix littéraire des collégiens remettait le 15 novembre dernier le Prix de la décennie à l’un des dix lauréats des éditions de 2004 à 2013. Étaient dévoilés par la même occasion les titres des cinq œuvres en lice pour l’édition 2014. Depuis la première édition du Prix littéraire des collégiens (PLC) lancé en novembre 2003, plus de 8000 cégépiens de près de 60 collèges y auront participé. Le Portail du réseau collégial s’intéresse aux activités conduites dans le cadre de l’attribution de ce prix, et ce, plus particulièrement au moment des festivités soulignant son 10e anniversaire sur le thème Lire délivre.Le Prix littéraire des collégiens constitue une activité littéraire incontournable dans le paysage de la formation collégiale. Son incidence sur le parcours des cégépiens qui s’y inscrivent est digne de mention.

Marie Lacoursière,  s’est entretenue avec Élizabeth Martel, étudiante au Collège international Sainte-Anne de Lachine et membre du jury de grands lecteurs associé à l’attribution du Prix de la décennie. Elle a également été membre du jury du PLC 2013 et s’apprête à revivre l’expérience dans le cadre du Prix des collégiens 2014.

Sur la photo, les membres du jury de grands lecteurs associé à l’attribution du Prix de la décennie.

À l'avant, de gauche à droite : Justine Falardeau (Sainte-Foy), Stéphanie Lavigne (Lionel-Groulx), Morgane Laverdure (Jean-de-Brébeuf), Élizabeth Martel (Collège international Sainte-Anne), Suzanne Zaccour (Jean-de-Brébeuf), Vanessa Benoit (Rivière-du-Loup) et Noémie Gourde-Bouchard (Outaouais). À l'arrière, de gauche à droite : Myriam Roy (Sherbrooke), Karl Marcotte (Alma), Samuel Poirier-Poulin (Bois-de-Boulogne), Alex Vandal-Milette (Sorel-Tracy), Alexis Langlois-Rémillard (Saint-Jean-sur-Richelieu), Marie-Hélène Guilbault (Saint-Laurent) er Miguel Gagnon (Gaspésie-les-Îles).


Une occasion de découvertes littéraires

Pour Élizabeth Martel, le Prix littéraire des collégiens constitue depuis maintenant deux ans l’occasion unique de participer à un groupe de discussion autour d’œuvres littéraires tout en découvrant la littérature québécoise contemporaine. Cette découverte n’est pas toujours évidente pour des étudiantes et étudiants spontanément attirés par la culture populaire et les romans anglophones. Le contexte du Prix des collégiens leur permet de prendre contact  avec ce qui est produit ici et de rencontrer d’autres lecteurs tout aussi passionnés qu’eux.

Des délibérations stimulantes

Dans le cadre de l’activité de sélection du lauréat  2013, après le vote local, les représentants de la cinquantaine de collèges associés au Prix se sont retrouvés à Québec dans un univers d’échanges et de discussions animées. Élizabeth Martel nous décrit son impression : « J’étais fascinée de rencontrer autant de personnes de mon âge qui partagent la même passion pour la lecture. Comme les étudiants que nous rencontrons là-bas sont intéressants, motivés et critiques, nos débats et nos échanges le sont tout autant. J’ai été impressionnée par la qualité des arguments des autres cégépiens lors des délibérations.» Afin que le débat soit intéressant et pour en assurer le bon fonctionnement, compte tenu du nombre élevé de participants, des ateliers en petits groupes sont organisés en après-midi afin que chacun puisse donner son point de vue sur les cinq finalistes. Après un repas où tout le monde fraternise et poursuit les discussions de façon informelle, une courte période de libre-échange permet aux étudiants de former des alliances, d’établir une stratégie commune, de préparer des arguments et des contre-arguments. Lors des délibérations finales, en plénière, les interventions de chaque juré sont d’autant plus riches qu’elles sont mûries, pleinement réfléchies. Élizabeth explique : « Comme chacun possède un seul droit de parole, cela permet d’éviter le chacun pour soi et les répétitions qui rendent les échanges caducs. Une compétition amicale s’établit inévitablement entre nous afin de faire valoir objectivement notre livre coup de cœur, et ce, en avançant des arguments qui dépassent le simple niveau anecdotique ou affectif. »

Des débats formateurs

Dans le cadre du premier cours de philosophie du cursus collégial, les étudiants sont initiés aux caractéristiques des bons et mauvais arguments, sans avoir cependant l’occasion de confronter leurs habiletés en la matière. Le débat occupe une place importante dans l’échéancier des activités du Prix littéraire. Élizabeth constate qu’être un bon débatteur et défendre adéquatement ses idées est certainement un atout. « Pour présenter efficacement notre point de vue, nous devons construire notre argumentaire. Le Prix littéraire des collégiens constitue en ce sens un magnifique laboratoire. L’impact de notre opinion repose sur la qualité des arguments que nous avançons. Les différentes discussions permettent de développer un bon sens de la répartie et d’apprendre l’importance du contre-argument percutant. Nous réalisons rapidement si un argument est bon ou mauvais, tout simplement utile ou indéniablement essentiel. Notre capacité d’écoute et notre ouverture d’esprit sont constamment sollicitées. »

Des rencontres avec les auteurs

Dans le cadre de chaque édition, l’occasion est donnée au jury étudiant de rencontrer les auteurs. Pour des passionnés de lecture comme Élizabeth, c’est une occasion unique. « L’auteur d’une œuvre m’est toujours apparu comme un personnage abstrait, un peu mythique. Échanger avec lui donne une autre perspective à l’œuvre et me permet de la reconnaître à travers son créateur. Cette rencontre enrichit définitivement l’expérience de lecture », ajoute celle qui a eu l’occasion de rencontrer les dix lauréats du Prix de la décennie lors d’une activité célébrant le 10e anniversaire du Prix, en septembre dernier, à la Grande Bibliothèque de Montréal.

Des lecteurs passionnés

La collégienne aime passionnément lire, et ce, depuis qu’elle est toute petite. « J’ai conservé cet amour de la lecture jusqu’à aujourd’hui. Au secondaire comme au collégial, les livres que nous lisons dans le cadre des cours de français sont imposés et ne correspondent pas nécessairement à nos goûts en lecture. Le plaisir de lire perd de ce fait son sens pour certains. Dans le cadre du Prix littéraire des collégiens, nous avons l’occasion de rencontrer des personnes qui partagent une passion similaire pour la lecture. » Quelqu’un qui n’aime pas lire ne s’inscrit certainement pas dans une aventure qui requiert la lecture de cinq livres selon un échéancier déterminé. Chaque membre du jury reçoit gratuitement, en début de concours, les cinq livres en lice minutieusement sélectionnés parmi toutes les nouvelles parutions de l’année antérieure. «C’est tout un avantage pour une amoureuse de la lecture comme moi! »

Une aventure bénéfique

Dans certains cégeps, le Prix littéraire des collégiens est intégré à un cours de français obligatoire. Les cinq œuvres en lice sont étudiées dans le cadre de ce cours.
Au Collège international Sainte-Anne, le PLC est intégré à la liste des activités parascolaires. L’échéancier de lecture des œuvres est géré par les étudiants inscrits et les débats se tiennent sur l’heure du lunch.

Dans le cadre du Prix de la décennie, les quatorze jurés ont lu les dix oeuvres lauréates pendant l’été, pour ne pas être surchargés par ces quelque 2500 pages de lecture durant l’année scolaire. Comme ils venaient de tous les coins du Québec, ils ont pu échanger leurs impressions via un groupe privé sur Facebook. Ainsi, quand ils se sont rencontrés pour la première étape des délibérations le 21 septembre, ils ont pu continuer de vive voix les discussions virtuelles amorcées durant l’été. Le 14 novembre, lors des délibérations finales, le jury a repris là où il avait laissé en septembre.

Dans tous les cas, l’exercice de lecture est central et bénéfique. « Lire les œuvres en lice contribue à l’enrichissement de la culture, et ce, sur des sujets que je n’aurais jamais abordés en dehors de ce contexte. À titre d’exemple, la lecture de La Constellation du Lynx de Louis Hamelin, gagnant de l’année 2012, m’a permis de mieux cerner la nature et l’impact de la crise d’Octobre dans l’histoire du Québec. Le roman Hadassa de Myriam Beaudoin, gagnant de l’année 2007, traite de la communauté juive hassidique au Québec, communauté dont je ne connaissais pas grand-chose et sur laquelle j’entretenais à tort de nombreux préjugés. Ce sont dans les deux cas des lectures qui ont largement contribué à l’enrichissement de mes connaissances. Le Prix littéraire des collégiens nous permet aussi de découvrir des auteurs et ainsi de mieux comprendre leur style, comme ce fut le cas avec Éric Dupont dont j’ai lu La fiancée américaine pour le Prix 2013. Cette année, dans le cadre de mon cours de littérature québécoise, nous devions lire La logeuse, du même auteur. Le fait d’avoir lu La fiancée américaine l’année précédente et d’en avoir discuté me donnait une longueur d’avance sur mes collègues en plus de me permettre de mieux l’apprécier. »

L’activité rejoint-elle l’intérêt d’un nombre significatif d’étudiants?

Elizabeth étudie dans un collège inscrit depuis seulement deux ans au Prix littéraire des collégiens, ce qui ne lui permet pas de porter un jugement sur l’intérêt actuel des étudiants de son collège. Elle parle cependant avec passion de l’expérience qu’elle a vécue en se rendant à Québec dans le cadre des délibérations provinciales, qui rassemblent plus de 50 étudiants en provenance de cégeps et collèges différents. À son avis, les participants sont de fiers représentants de leur établissement et ils expriment avec conviction le point de vue de leur cégep sur les œuvres en lice.

Des cégépiens à l’œuvre

Le lauréat du Prix de la décennie, attribué par un jury de 14 grands lecteurs, a été dévoilé le vendredi 15 novembre dans le cadre des activités clôturant le 10e anniversaire du Prix littéraire des collégiens. L’œuvre primée est Il pleuvait des oiseaux de Jocelyne Saucier, publié chezc.

Dans le cadre du même évènement, les œuvres en lice pour la 11e édition du Prix littéraire des collégiens ont été dévoilées. Il s’agit de : Artéfact, de Carl Leblanc, chez XYZ; Chanson Française, de Sophie Letourneau, chez Le Quartanier; Guano, de Louis Carmain, chez l’Hexagone; Mensonges, de Christiane Duchesne, chez Boréal; Nina , de Patrice Lessard, chez Héliotrope.

Cégépiens à l’œuvre! Le fruit de vos délibérations déterminera, en avril prochain, au Salon du livre de Québec, le lauréat du Prix littéraire 2014. Bonne lecture!



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