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Le Prix littéraire des collégiens : un nouvel horizon dans le paysage littéraire québécois

2013-04-15


Dans son édition des 28 et 29 avril 2012, Le Devoir accordait une place importante au Prix littéraire des collégiens en publiant les meilleures critiques des jeunes jurés de la plus récente édition de ce prix littéraire qui fait entendre la voix de la jeunesse du Québec. En acceptant de participer à l’exercice rigoureux d’un tel concours, ces jeunes critiques témoignent sans contredit d’une grande passion pour la littérature. Le Portail du réseau collégial s’est non seulement intéressé à l’article publié, mais également à la nature de ce projet de lecture critique, à son organisation et à son déroulement. L’intérêt pédagogique et les effets de l’événement auprès des étudiants auxquels il s’adresse sont éloquents. Nous portons à l’attention de nos lecteurs une synthèse d’informations tirée du site Web qui traite du sujet.

Nous partageons également avec vous le contenu d’un échange que nous avons eu avec monsieur Bruno Lemieux, professeur au Cégep de Sherbrooke et membre du comité organisateur du Prix littéraire des collégiens depuis sa fondation.

Un peu d’histoire

Monsieur Lemieux, en visitant le site Web sur le Prix littéraire des collégiens, nous constatons que ce prix littéraire est né de l’alliance de différents intérêts, des projets pédagogiques distincts semblent avoir lancé l’aventure au début des années 2000. Vous en avez été, il nous semble, un des grands instigateurs et un pivot important. Qu’en est-il exactement?

Le Prix littéraire des collégiens est effectivement né d’une première participation, dès l’automne 2000, du Cégep de Sherbrooke où j’enseigne, au 13e Prix Goncourt des lycéens. Jamais encore une institution d’Amérique du Nord n’avait pris part à ce projet de lecture qui emballait plus de 2000 lycéens de toutes les régions de la France. L’engouement de mes étudiants fut si vif et les effets sur les plans de l’apprentissage et de la culture si probants, que j’ai eu l’intuition que la mise sur pied d’un projet similaire au Québec serait profitable. C’est à ce moment que j’ai lancé l’idée, sur les ondes de Télé-Québec dans le cadre de l’émission Cent titres, de créer ici un Prix littéraire des collégiens afin de donner aux jeunes du Québec une voix qu’ils n’avaient pas dans le paysage culturel.

Des ressources pour s'inspirer du Prix Goncourt des lycéens

Lors de mon séjour en France, j’avais constaté qu’il existait une collaboration importante entre le ministère de l’Éducation et la FNAC, un réseau de magasins dédiés aux livres et aux produits culturels, qui rendait possible la tenue du Prix Goncourt des lycéens. Je me suis alors dit que pour développer au Québec un projet similaire, il faudrait aussi pouvoir compter sur des ressources extérieures au réseau collégial. J’ai lancé l’aventure dans le cadre d’un projet pilote avec deux groupes d’étudiants du Cégep de Sherbrooke afin de modéliser dans un premier temps la structure de ce projet de lecture critique. Dans cette foulée, je me suis rapidement aperçu que cette démonstration suscitait l’intérêt autour d’elle et qu’allait ainsi se développer ce projet collectif et rassembleur.

D’autres intervenants, ailleurs dans le réseau, ont été habités par ce même désir d’un prix littéraire remis par des collégiens, n’est-ce pas?

Effectivement, madame Francine D’Amour, professeure au Collège Montmorency, a mené une activité littéraire similaire en collaboration avec l’hebdomadaire Voir, projet qui comportait un concours de critiques et qui culminait en une fête de la lecture. Dès lors, l’idée de collaboration faisait son œuvre. Dans ce sens, l’engagement de la Fondation Marc Bourgie dans l’aventure a constitué un point important. Madame Claude Bourgie-Bovet, passionnée de lecture et directrice de cette fondation vouée à la transmission des valeurs humanistes, était elle aussi animée par le même rêve. Un partenariat s’est ainsi établi et a continué de croître au fil des ans entre des représentants des ces différentes institutions, avec la collaboration du Devoir sur le plan médiatique. C’est le journal de référence qui accorde le plus de place à la littérature dans ses pages. Par effet de constellation, un comité de coordination a été formé et c’est ainsi qu’est né le Prix littéraire des collégiens que l’on connaît aujourd’hui.

Le Prix littéraire des collégiens repose sur des principes de fonctionnement clairement identifiés et un échéancier serré, n’est-ce pas?

Effectivement, nous préparons toujours une édition un an d’avance. Nous avons d'ailleurs déjà amorcé les travaux pour le dixième anniversaire du Prix des collégiens qui sera souligné durant la prochaine année.

Dans le cadre d’une édition courante, nous devons d’abord rassembler le comité de critiques indépendant chargé de faire la sélection de cinq œuvres littéraires parues dans l’année qui sera soumise à l’appréciation de nos quelque 800 jeunes lectrices et lecteurs. Dirigé par le directeur des pages culturelles du Devoir, ce comité doit faire une forme de radiographie de la production littéraire parue durant l’année précédente, tenir compte des tendances et des phénomènes émergents afin d’offrir aux jeunes des œuvres de qualité. L’objectif est de retenir cinq titres narratifs de qualité qui offrent un portrait de la production littéraire actuelle. Cette sélection est faite au début du mois de novembre en considérant la production de l’année qui précède.

L’annonce de la sélection est faite peu avant le Salon du livre de Montréal, afin que les éditeurs des ouvrages mis en nomination puissent le faire savoir pendant la tenue du Salon du livre et que nous puissions commander les livres. Le marché éditorial au Québec étant un marché moyen, il faut parfois prévoir un délai pour la réimpression des ouvrages dont nous avons besoin. Certaines maisons ont besoin de cette échéance pour livrer les romans à temps afin que nous puissions les redistribuer dans les cégeps pour Noël, tout cela afin que les professeurs qui le désirent en fassent la distribution avant le congé des fêtes.

Les livres doivent à tout le moins être dans les cégeps dès la reprise de la session de janvier afin que les activités de lecture se fassent selon le calendrier prévu par les professeurs. Dans certains cas, nous parlons d’un cercle de lecture parascolaire, dans d’autres cas, cela s’inscrit dans le cadre d’un cours; mais la limite ultime demeure toujours la fin du mois de mars pour que les diverses délibérations locales puissent avoir lieu dans les cégeps en prévision des délibérations nationales qui ont lieu en avril. Les porte-parole de chacune des institutions participantes se rendent à Québec au moment du Salon du livre qui a toujours lieu à la mi-avril, et c’est dans le cadre de ce salon que le Prix des collégiens est remis.

Un site internet précise d’ailleurs tout cela (pour plus d’information, on peut le visiter à l’adresse suivante : www.prixlitterairedescollegiens.ca);les professeurs responsables de l’animation dans leur collège ou cégep respectif peuvent y trouver, entre autres choses, une trousse d’animation de lecture.

Parlez-nous de l’intérêt des étudiants pour l’événement.

L’intérêt des étudiants ne se dément pas d’année en année. L’événement se tient depuis presque 10 ans et, chaque année, la magie opère comme si c’était la première fois. À la suite du Goncourt des lycéens en 2000 et après avoir mené le projet pilote du Prix littéraire des collégiens, je me disais que ça allait prendre 10, 12 ou même 15 ans pour rejoindre et intégrer l’ensemble du réseau collégial. Or, dès la cinquième année, nous avions gagné presque une cinquantaine d’institutions collégiales auxquelles s’ajoute aussi chaque année un lycée français qui participe à l’exercice. Selon une entente de réciprocité avec le Goncourt des lycéens, un cégep québécois participe au Goncourt des lycéens chaque automne, et un lycée français participe au Prix des collégiens chaque printemps. Cela offre des possibilités d’échanges uniques dont les jeunes participants ressortent transformés.

On entend souvent dire que les jeunes ont moins d’intérêt pour la lecture compte tenu du développement des moyens de communication, de l’apparition de la téléphonie mobile, etc. Qu’en est-il selon vous?

Il semble que ce ne soit pas le cas. J’observe plutôt que ceux et celles qui aiment lire s’adonnent sans retenue à leur passion première. Évidemment, cela ne se fait pas tout seul, les professeurs dans les cégeps sont très stimulants. Ils avisent les étudiants de la tenue de l’événement. Ils mettent à leur vue les affiches et les documents s’y rapportant. Ils invitent les intéressés à prendre part à des cercles de lecture et, pour cela, ils les rejoignent aussi en utilisant des moyens électroniques!

Nous croyons cependant que ce que les jeunes préfèrent, c’est de pouvoir discuter d’ouvrages littéraires.

Nous le savons, la littérature s’appréhende généralement toute seule, dans le silence et un isolement relatif. Nous ne sommes plus à l’époque où il n’y avait qu’une personne dans la famille qui savait lire et qui se donnait le rôle de faire lecture à haute voix pour les autres. La lecture demeure essentiellement une activité intime, sinon solitaire. Nous croyons cependant que le Prix littéraire des collégiens change cette donnée. Chez les participants, la lecture devient une activité sociale durant laquelle faire partie d’un groupe de lecteurs et échanger avec ses pairs à propos d’œuvres qu’on a lues transforment le rapport que chacun entretient avec les œuvres, avec les autres et avec l’acte de lecture lui-même. Nos étudiants lisent les mêmes ouvrages que leurs confrères ou consœurs, et ce, afin d’en discuter. Même si la rencontre est animée par un professeur, il demeure que lui-même lit des œuvres contemporaines, et ce, au même rythme que les étudiants. Il ne tient donc pas un discours institutionnel prédéterminé dont il serait porteur. Le professeur ne peut pas aller fouiller dans le Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec ou dans des encyclopédies, il est lui-même devant une œuvre nouvelle avec un regard assez neuf. Cela place, à mon avis, les lecteurs – étudiants et professeur – face au défi de trouver le sens que revêtent les œuvres pour eux-mêmes, dans ce temps-là de leur nouveauté, dans ce qu’elles disent de notre époque.

Lors des mises en commun d’ailleurs, les commentaires sont diversifiés et permettent des échanges dynamiques favorables à l’évolution des points de vue. Le partage des impressions fait en sorte que tout le monde repart avec un bagage bonifié par rapport à l’œuvre étudiée. Cela conforte certains dans la perception qu’ils avaient d’une œuvre et contribue, en d’autres cas, à changer complètement la compréhension qu’ils en avaient. Il est très intéressant de voir cette alchimie se produire et se reproduire de fois en fois.

Vous devez être très fier de ce succès et du rayonnement du Prix des collégiens ?

En effet, je suis heureux de l’évolution de ce projet et de ce qu’il a pu induire ou nourrir de passion littéraire depuis ses débuts. Née d’une idée folle, cette initiative est devenue un important projet d’équipe qui trouve ses ramifications dans les collèges où les professeurs lui ont donné leurs couleurs. Si ce n’était pas le cas, ce serait un pari impossible à tenir. Plusieurs personnes sont au cœur de cette réussite et, en mettant l’épaule à la roue, elles ont permis de donner à l’événement le dynamisme qu’on lui reconnaît aujourd’hui. Depuis 2004, grâce à l’imagination et au soutien de tous ceux qui ont participé à son développement, le Prix littéraire des collégiens contribue à la promotion de la lecture et à la valorisation de la culture. Grâce à la réponse enthousiaste d’étudiants, de professeurs, de directeurs de collèges et de cégeps, de partenaires et de commanditaires, ce projet culturel rassembleur gagne de nouveaux adeptes.

Le Prix littéraire des collégiens met les étudiants en contact avec des auteurs contemporains, ce qui les stimule énormément et démystifie un peu l’image parfois romantique de l’écrivain et de l’écriture qu’ils entretiennent. Les lectrices et les lecteurs peuvent ainsi rencontrer des auteurs vivants, très incarnés, qui ont leurs qualités et leurs particularités; cela les stimule, les ramène à la part créatrice qui les habite aussi.

Après dix années d’existence, quels sont selon vous les défis du Prix littéraire des collégiens?

Le Prix littéraire des collégiens constitue désormais l’un des prix littéraires les plus importants et les plus convoités du Québec. Il joue un rôle majeur dans le réseau de l’enseignement collégial et sur le plan de l’institution littéraire. Il contribue au rayonnement de la culture québécoise, que ce soit par la tenue - grâce au travail du Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises (CRILCQ) - de rencontres littéraires entre les étudiants et les auteurs dans les grandes librairies du Québec, par la publication dans Le Devoir des meilleures critiques étudiantes, par l’accueil chaque année de lycéens de France qui participent à la consécration de l’œuvre d’un auteur québécois ou par le parrainage des étudiants d’ici qui participent à l’attribution du Prix Goncourt des lycéens en France. Le Prix littéraire des collégiens est devenu au fil du temps le baromètre des goûts littéraires de la jeunesse étudiante du Québec.

                

Jocelyne Saucier, entourée de jeunes jurés, lors de la remise du Prix en avril 2012 au Salon international du livre de Québec.

La lauréate du Prix littéraire des collégiens 2012, Jocelyne Saucier, a fait une forte impression avec son roman Il pleuvait des oiseaux. Les étudiants y ont vu un éloge à la vie et à la liberté de choisir à nouveau de continuer à vivre, jour après jour. Dans le cadre de l’exercice auquel ils se soumettent, les étudiants sont de grands lecteurs et, parfois même, d’étonnants philosophes. Dans cette même mesure, je dirais que le défi du Prix littéraire des collégiens continuera de rester pertinent, année après année, en offrant une sélection d’œuvres inspirantes et significatives aux jeunes lectrices et lecteurs des collèges et cégeps du Québec. Et j’ai foi que nous allons y parvenir! En quelques années à peine, le Prix littéraire des collégiens est devenu le nouvel horizon du paysage littéraire québécois. Tous les membres du comité de coordination et moi-même, nous avons à cœur de demeurer attentifs aux besoins des professeurs et à la réalité des jeunes lecteurs afin de continuer à offrir un contexte de discussions littéraires qui favorise la transmission du plaisir de lire la littérature contemporaine québécoise.

Entrevue réalisée avec monsieur Bruno Lemieux, professeur au Cégep de Sherbrooke, par Mme Marie Lacoursière, le 5 mai 2012.



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