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CANNABIS - Informer et sensibiliser

2020-02-18


Thérèse Lafleur
Rédactrice

Depuis le 1er janvier 2020, l’âge légal pour consommer ou se procurer du cannabis au Québec est passé de 18 à 21 ans. Mais, avant tout, c’est un choix qu’ont à faire les étudiants comme dans bien d’autres sphères de leur vie d’ailleurs.

Dans son mémoire présenté dans la foulée du projet de loi no 157 sur l’encadrement du cannabis, la Fédération des cégeps estime qu’il faut maximiser les mesures d’information et de sensibilisation en matière de cannabis afin que les étudiants puissent faire des choix éclairés.


 

De l’idée à l’action pour réduire les méfaits du cannabis

Étienne Giguère et Cindy Frenette-Hayes, techniciens en travail social au Service d’aide financière et d’action communautaire du Cégep Limoilou, ont pensé un projet pour les 18-25 ans visant la réduction des méfaits liés à l’usage du cannabis. Ils ont proposé une résolution d’énigmes servant à communiquer un contenu intéressant dans le contexte ludique et attractif qu’est le jeu d’évasion.

Le Cégep Limoilou a ainsi pu répondre à l’appel de projet visant les 18-25 ans fait par la Direction de santé publique du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSS) de la Capitale-Nationale. Initié au départ par Étienne Giguère, le projet s’est finalement concrétisé par l’obtention d’un financement de 12 000 $ dans le cadre du Plan d’action intergouvernemental en dépendance (PAID) 2018-2028 : Prévenir, réduire et traiter les conséquences associées à la consommation de substances psychoactives, à la pratique de jeux de hasard et d’argent et à l’utilisation d’Internet.

Afin d’en faire profiter un maximum de jeunes, le Cégep Limoilou et ses partenaires des commissions scolaires des Découvreurs, des Premières-Seigneuries et de la Capitale ainsi que des collèges publics et privés de Québec ont travaillé ensemble pour élaborer cette activité facilement transférable.

Bien que l’Enquête nationale sur le cannabis réalisée à chaque trimestre depuis 2018 par Statistique Canada révèle une légère augmentation de 2 % chez les 15-24 ans entre le premier trimestre 2018 et le deuxième trimestre 2019, Étienne Giguère, technicien en travail social au Cégep Limoilou, explique que « c’est la consommation exploratoire qui est en cause probablement. Les intervenants du Cégep et des autres établissements n’ont pas observé d’augmentation quant à eux. Toutefois, les enjeux liés à la consommation ‘’problématique’’ demeurent et nous préoccupent. En ce sens, les efforts de prévention auprès des étudiants sont constants dans les collèges tout comme à l’éducation aux adultes et à la formation professionnelle. Des efforts qui sont appelés à se renouveler à l’arrivée de chaque nouvelle cohorte d’étudiants. »

Cannabis : le jeu d’évasion

Une fois le contenu défini, la production du matériel et l’animation de l’activité ont été confiées à Défi-Évasion, des spécialistes de ce jeu. C’est ainsi que Dans l’ombre du grenier a pris forme. L’activité s’est déroulée en novembre 2019 et a rejoint près de 400 jeunes dans quatorze établissements de la Capitale-Nationale :
Campus Notre-Dame-de-Foy
Cégep Garneau
Cégep Limoilou — Campus de Charlesbourg
Cégep Limoilou — Campus de Québec
Collège Mérici
Collège régional Champlain St. Lawrence
Centre Louis-Jolliet
CFP Fierbourg
CFP Maurice-Barbeau
CFP Neufchâtel
CFP Samuel-de-Champlain
CFP Wilbrod-Bherer
École des métiers et des occupations de l’industrie de la construction de Québec — ÉMOICQ

Pour progresser dans ce jeu d’évasion, les participants doivent résoudre des énigmes. Les étudiants apprécient ce mélange de plaisir et de complexité qui leur en apprend sur les méfaits associés à la consommation de cannabis.

L’activité prend la forme d’une zone de jeux dans laquelle les participants, seuls ou en équipe, circulent de manière autonome ou soutenue, au besoin, par un maître de jeu. Au terme de l’expérience, ils sont invités à prendre un égoportrait avec une affichette sur laquelle ils auront inscrit une alternative qu’ils pourront mettre en place pour réduire les méfaits liés à la consommation de cannabis. En s’engageant ainsi, la probabilité est plus élevée qu’ils mettent réellement en application cette alternative le moment venu.Tout au long du parcours comportant neuf énigmes, ils reçoivent une information juste sur le cannabis et les risques associés à sa consommation ainsi qu’avec des alternatives réalistes et crédibles à la consommation de substances psychoactives.

C’est avec enthousiasme qu’Étienne Giguère porte un regard sur cette première expérience du défi évasion : « Notre projet est facilement transférable et suscite l’intérêt des jeunes. On raffinera la formule pour l’An 2, mais l’essentiel y est. Ce qu’on retient surtout c’est que le contenu n’est pas contesté par les étudiants. Ils le trouvent pertinent. L’expérience est aussi positive tant pour le Cégep Limoilou que pour les partenaires du projet. Comme il est possible de renouveler la demande, pourquoi ne pas envisager un volet en classe sous forme d’atelier tout en conservant une approche à la fois amusante et informative ? Par exemple en abordant les risques de consommer du cannabis en lien avec l’utilisation d’outils en atelier ou de matériel de laboratoire. On pourrait même envisager la production de capsules pour le Web mettant en scène des étudiants qui s’adressent aux étudiants en compagnie de spécialistes et d’intervenants terrain. On va regarder les possibilités avec nos partenaires. »

Les questions d’intérêt

« Ce que j’entends, ce qui suscite l’attention des jeunes, ce qu’ils ont nommé, bref leurs questionnements portent sur les effets de la consommation de cannabis sur la santé. » précise Étienne Giguère. « Sans nécessairement les alarmer, le risque de psychose toxique lié au cannabis a surpris les étudiants. Il y a aussi un lien à faire avec les maladies respiratoires pour détruire le mythe que c’est moins dommageable de fumer du cannabis que du tabac : la présence de goudron est plus importante dans le cannabis, c’est plus dommageable de fumer du cannabis bien qu’il y ait d’autres moyens de consommer. Cela les a étonnés. Comme intervenant, c’est intéressant d’être présent lors de l’activité pour discuter avec les participants en questionnant plus en profondeur ce qui les a surpris. » ajoute monsieur Giguère.

Par exemple, que répondriez-vous à la question : Quels sont les impairs de la consommation du cannabis sur la santé ?
a) Augmentation de la fréquence cardiaque et altération du rythme cardiaque ;
b) Prédisposition à l’apparition de maladies respiratoires ;
c) Risque de psychose toxique ;
d) Aucune de ces réponses ;
e) A, B et C.

La bonne réponse est « e » : augmentation de la fréquence cardiaque et altération du rythme cardiaque; prédisposition à l’apparition de maladies respiratoires; risque de psychose toxique.

Par ailleurs, est-ce qu’ils vont consommer davantage le cannabis autrement qu’en le fumant ? Difficile à prédire. Comment savoir si leurs jujubes ou leurs muffins en contiennent ? Comment identifier les étudiants plus à risque qui consomment régulièrement sans les avoir déjà côtoyés dans leur état naturel ? Mieux vaut travailler en amont en mettant en œuvre des initiatives d’information et de sensibilisation.

Étienne Giguère poursuit en mentionnant que « ce qui m’a surpris c’est de constater que les étudiants sont intéressés par l’activité pour s’informer, mais pas très intéressés par le cannabis lui-même. C’est encore l’alcool la substance psychoactive la plus consommée, le cannabis arrive en deuxième et la cocaïne en troisième. Ce qui est inquiétant et qui reste à aborder, c’est l’augmentation des drogues de synthèse. La consommation de drogues produites clandestinement comme le PCP ou les méthamphétamines ou encore les psychostimulants volés et revendus au marché noir sont en croissance et représentent un réel danger. En quête de marginalité ou de rébellion, ce sont des jeunes plus vulnérables qui vont davantage s’intéresser à ces substances. Les jeunes qui fonctionnent bien ont déjà de bons facteurs de protection. Ils ont des amis, ils font des activités, ils sont engagés dans leurs études donc moins à risque d’être une clientèle qui va explorer ces substances qui font plus peur. »

Quand il aborde les étudiants, Étienne Giguère donne une information juste et actuelle sur les méfaits liés à l’usage du cannabis. Son objectif n’est pas de les dissuader de consommer du cannabis, mais de les faire prendre conscience des méfaits encourus : ne pas avoir l’âge légal, ne pas se faire fouiller, arrêter et amener au poste de police ; ne pas se faire mettre à la porte de son cours à cause de son état de consommation ; ne pas se blesser en manipulant des outils dans un cours pratique ou un laboratoire ; ne pas tomber en psychose toxique en abusant du cannabis. »

Le cadre légal


Mieux vaut prévenir que guérir

Depuis la législation sur le cannabis, peu de choses ont changé et il n’y a pas plus d’incidents constatent les intervenants de première ligne du Cégep Limoilou précise Nanci Paquette, coordonnatrice des affaires étudiantes et communautaires. Cependant, comme le mentionne Étienne Giguère, l’importance d’informer et de sensibiliser les étudiants sur le cannabis tout comme sur les infections transmises sexuellement et par le sang (ITSS) ou encore sur l’alcool demeure. Les jeunes doivent avoir accès à de l’information de qualité pour être en mesure d’exercer leur jugement, de faire des choix éclairés. Le financement reçu a donné les moyens au Cégep Limoilou et à ses partenaires de développer une activité de prévention de plus grande envergure que ce qui est habituellement réalisé.

En fait, la législation entourant le cannabis n’a pas suscité de changement au sein des établissements. Depuis longtemps, c’est « tolérance zéro » en matière de consommation ou de possession de drogue, peu importe l’âge des étudiants. L’important c’est d’agir pour informer et sensibiliser les étudiants à propos des choix qu’ils sont appelés à faire.



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