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Le réseau collégial, de plus en plus féminin

2020-10-06


Par Élise Prioleau

La population étudiante du réseau collégial est composée à 57 % de filles, contre 42 % de garçons1. Au début des années 1960, les filles représentaient 14 % du contingent d’étudiants des collèges classiques de la province2.  Soixante ans plus tard, on constate que les filles accèdent en plus grand nombre à tous les niveaux d’enseignement et s’impliquent davantage dans leur milieu scolaire. Quels sont les impacts de la féminisation des collèges ? Certains domaines sont-ils encore genrés?

L’idéal de démocratisation de l’éducation était au cœur de la réforme du système d’éducation et de la création du réseau collégial. « (…) le cégep est né dans la décennie 1960 comme un projet de justice sociale, pour répondre à un besoin d’équité, à la fois pour corriger les écarts de chances d’accès aux études supérieures entre les filles et les garçons et pour réduire les inégalités alors flagrantes de classes sociales, de quartier, de région, de culture », rappelle Guy Rocher, sociologue et membre de la Commission Parent3.

En quelques décennies, les filles ont rattrapé les garçons. En 2007-2008, le taux d’accès en 5e secondaire était de 82 % chez les femmes, contre 70 % chez les hommes. Elles sont 73 % à accéder au réseau collégial, contre 53 % chez les hommes. Au baccalauréat, 50 % des femmes y accèdent, alors que les hommes y parviennent dans 35 % des cas4. Le Conseil supérieur de l’éducation se dit «préoccupé par la situation de l’accès des garçons, dont l’écart par rapport aux filles s’est rapidement creusé au fil des années ».5

« Depuis 5 ans, notre groupe le plus actif au cégep est notre groupe féministe. Elles se rencontrent toutes les semaines et elles font de nombreuses activités dans le collège. »
- Danielle Malkassoff, directrice des Services aux étudiants au Cégep de Saint-Laurent

Danielle Malkassoff, directrice des Services aux étudiants au Cégep de Saint-Laurent

Les filles plus impliquées au parascolaire
La féminisation des collèges s’observe au niveau de l’implication parascolaire.« Les activités étudiantes sont fréquentées par une majorité de filles, qui sont généralement plus enclines à s’impliquer à long terme que les garçons », selon Danielle Malkassoff, directrice des Services aux étudiants au Cégep de Saint-Laurent. « Dans l’ensemble du secteur socioculturel, qui comprend entre autres la danse, le journal étudiant, la radio, le club photo et le groupe environnemental, le ratio est de 65% de filles contre 35 % de garçons. »

Si les filles ont toujours été plus nombreuses à s’impliquer en environnement, à la vie communautaire et en coopération internationale, certaines activités plus traditionnellement masculines ont connu une mutation dans les dernières décennies, affirme Danielle Malkassoff. « Notre équipe de technique événementielle, la radio étudiante, l’improvisation et le sport sont des domaines traditionnellement plus masculins où les filles sont de plus en plus nombreuses. Aujourd’hui, nous sommes rendus à près de 50-50% dans ces activités-là. »

L’offre d’activités sportives du Cégep de Saint-Laurent est également influencée par la hausse du nombre de filles. Si de nouveaux cours répondent désormais à la demande des filles, comme le yoga ou la zumba, le sport compétitif aussi s’adapte à la féminisation de la population des cégeps. « Il y a de plus en plus de filles qui pratiquent un sport de niveau compétitif. Lorsque nous allons refaire le programme, nous allons penser à créer davantage d’équipes féminines pour répondre à la demande », explique la directrice des Services aux étudiants.

« Nos services d’orientation, nos services d’aide psychologique et nos services adaptés sont consultés à 85 % par des filles. »
- Danielle Malkassoff, directrice des Services aux étudiants au Cégep de Saint-Laurent


Les femmes sous représentées dans les secteurs stratégiques
Bien que les femmes fréquentent massivement le système collégial, certains chercheurs observent toutefois que le choix des programmes demeure genré.« Ainsi, les données indiquent que les filles sont majoritaires dans les programmes appartenant aux familles des techniques biologiques, humaines et des arts et qu’elles sont nettement minoritaires dans les techniques physiques. À la formation préuniversitaire, les filles sont proportionnellement moins nombreuses à être inscrites en sciences de la nature et sont proportionnellement plus nombreuses en arts et lettres », comme le souligne Pierre Doray6, professeur et chercheur au département de sociologie de l’UQAM. Selon le SRAM, les techniques physiques et administratives sont encore très fortement masculines. Les garçons y sont représentés respectivement à 79% et 61%7.

Josée Ouellet, directrice du Cégep d’Alma

Au Collège d’Alma, le projet Les femmes vers l’économie du savoir vise à encourager les femmes à se diriger dans le domaine des technologies numériques, un secteur stratégique fortement investi par le collège dans le cadre de son Laboratoire d’innovation sociale et culture numérique, Colab. « Quand on a amorcé le projet, nous avions une fille sur vingt étudiants dans le programme de technique informatique », relate Josée Ouellet, directrice. « Si l’on compte les femmes en tête d’entreprises numériques dans la région, on ne dépasse pas 10 personnes. »

Cette année, Colab compte déployer des actions pour stimuler l’intérêt des filles du secondaire, du collégial et du secteur universitaire pour les technologies. Sont prévues des activités de sensibilisation dans les écoles, des stages et des projets de jumelage avec des entreprises dirigées par des femmes. « Présentement, les femmes ne se voient pas dans le domaine des technologies numériques. Elles ont parfois l’impression que c’est un domaine peu social où l’aspect humain n'est pas important, alors qu’en réalité les femmes peuvent apporter une réelle contribution sur le plan humain dans ce secteur. Il y a un changement à faire dans les mentalités », constate Josée Ouellet.

Au Collège d’Alma, on va même jusqu’à craindre un recul des femmes en entrepreneuriat si elles demeurent minoritaires dans le domaine des technologies de l’information et de la communication (TIC). « Malgré le fait qu’elles soient maintenant plus nombreuses sur les bancs des universités, les jeunes femmes sont peu présentes dans les disciplines desquelles émergent les projets entrepreneuriaux les plus porteurs, spécifiquement en sciences et technologies et dans le domaine du numérique », peut-on lire sur le site de COlab.

En revanche, certains domaines autrefois réservés exclusivement aux hommes ont enfin atteint la parité. En 2018, 50,1 % des médecins étaient de sexe féminin, contre 49,9 % de sexe masculin, selon l’Université de Montréal. C’est aussi le cas du milieu de l’éducation, qui fait bonne figure dans le domaine de l’équité entre les hommes et les femmes.

Du côté des directions, des professeurs et des professionnelles

• 34 % des directions de cégep sont représentées par des femmes

• À la direction des études, elles sont 61 %.

• À la FNEEQ, parmi les 18 523 enseignants du niveau collégial, 55 % sont des femmes.

• À la CSQ : FEC (enseignants) 47,9% de femmes et à la FPPC (professionnels) 75,1% de professionnelles.


1. Fédération des cégeps, communiqué, Hausse importante de la population étudiante des cégeps, 27 août 2020, consulté en ligne : https://fedecegeps.ca/categorie/communiques/
2. À Babord, Les filles ont le goût du cégep, Dossier Cégeps, 50 ans d’existence, no 69, mai 2017
3. Après 50 ans : L’évolution des cégeps inspirée des réflexions de Guy Rocher, Association des cadres des collèges du Québec, 2019
4. Institut de la statistique du Québec, Portrait social du Québec, données et analyse, Édition 2010, p. 123.
5. Conseil supérieur de l’éducation, Les collèges après 50 ans: regard historique et perspective, mars 2019, p.48

6. Conseil supérieur de l’éducation, Les collèges après 50 ans: regard historique et perspective, mars 2019, p.50; Kamanzi, Pierre Canisius, Pierre Doray et Benoît Laplante (2012). «Accessibilité et provenances socioéconomiques des étudiants postsecondaires », Vie économique, vol. 4, n° 1, réf. de septembre 2018, http://www.eve.coop/?a=155
7. Service régional d’admission du Montréal métropolitain (SRAM), Rapport annuel 2017-2018, p.9

8. Site de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, Nouvelles en ligne : https://medecine.umontreal.ca/2018/01/23/plus-de-femmes-dhommes-medecins-quebec/

 



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