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Des jeunes dans la vie politique: fougue, audace et convictions



 

Entrevue avec M. Samuel L’Heureux, étudiant du Cégep Limoilou, représentant du Québec à la septième édition du Parlement francophone des jeunes (PFJ), par Mme Marie Lacoursière.

 

 

« Il n’est plus à prouver qu’une implication active des jeunes dans la vie politique soit incroyablement bénéfique pour toute démocratie. C’est par leur souffle rafraîchissant, leur fougue, leur audace et leurs convictions toujours aussi surprenantes que peuvent aboutir de grands projets de société, de grands projets de demain ». Nous citons tout de go un extrait du  texte de mise en candidature de Samuel L’Heureux, étudiant du Cégep Limoilou, qui représentait le Québec à la septième édition du Parlement francophone des jeunes (PFJ) qui s’est tenu à Berne du 5 au 10 juillet dernier.

Crédit photo à l’assemblée parlementaire de la francophonie.

Le PFJ, une création dynamique

Les Chefs d’États et de gouvernements de la Francophonie, réunis en septembre 1999 à l’occasion du Sommet de Moncton, ont pris la décision de créer un Parlement francophone des jeunes et d’en confier la mise en œuvre à l’Assemblée parlementaire de la Francophonie. Le programme de coopération interparlementaire est majoritairement financé par la Délégation aux Droits de l’Homme, à la Démocratie et à la Paix de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Depuis 1999, six sessions du PFJ, regroupant des jeunes de l’espace francophone, ont été organisées à Québec (Québec) en 2001, à Niamey (Niger) en 2003, à Bruxelles (Belgique) en 2005, à Libreville (Gabon) en 2007, à Paris (France) en 2009 et à Abidjan (Côte d’Ivoire) en 2013.

«  L’objectif principal du PFJ est de réaliser une simulation parlementaire des plus réalistes pour illustrer, avec les nouvelles générations, le modèle de la démocratie parlementaire, et former ainsi de véritables citoyens responsables au sein de l’espace francophone. Il donne l’occasion aux participants d’échanger et de débattre sur des problématiques politiques internationales, en donnant une voix à la jeunesse francophone. Les sessions du PFJ sont l’occasion pour cette dernière d’exprimer ses attentes et ses aspirations sous forme de résolutions et de déclarations présentées aux parlementaires de l’APF par les jeunes eux-mêmes, créant ainsi un véritable lien entre ces derniers et leurs représentants. »

Une participation souhaitée et réfléchie
La participation de Samuel à la rencontre internationale 2015 s’inscrivait dans la foulée du Forum étudiant 2015 auquel il avait participé. L’originalité dans les arguments et les positions défendues dans son texte de candidature, «Comment, au XXIe siècle, susciter la participation active des jeunes à la vie politique et favoriser leur intégration au sein de nos parlements respectifs », ainsi que la maturité dans le raisonnement et la qualité du français lui ont valu d’être sélectionné pour aller débattre à Berne.Pour Samuel,

Crédit photo à l’assemblée parlementaire de la francophonie.

l’expérience fut tout simplement formidable. « J’ai eu l’occasion de rencontrer des gens que je n’aurais pu connaître autrement. Les chances dans la vie de tous les jours de côtoyer et d’échanger avec des gens de la Roumanie et de la Côte d’Ivoire sont assez faibles. Cet échange de point de vue avec des personnes qui n’ont pas nécessairement les mêmes valeurs, le même bagage et la même culture fut captivant et intéressant. Le PFJ est en définitive une copie conforme de l’Assemblée parlementaire de la francophonie. On y retrouve différentes commissions comme la culture, l’éducation, l’emploi. Les commissions font un important travail de coopération permettant l’émission de résolutions et de recommandations dans un contexte d’entraide et une grande ouverture d’esprit. Nous assistons donc à de très beaux débats et des séances plénières riches durant lesquelles tout est présenté, accepté ou refusé dans le cadre de débats laissant une place à tous les représentants. »

Un intérêt manifeste pour les débats politiques
Samuel s’intéresse aux débats politiques depuis plusieurs années, plus précisément depuis le printemps 2012. Il était alors en secondaire 3; il termine actuellement sa première année au collégial. Le début de son engagement actif dans la vie communautaire en général s’inscrit dans des prises en charge successives. « J’ai été président de l’école secondaire où j’étudiais et c’est au cégep que j’ai vraiment eu l’occasion de rencontrer des gens avec lesquels j’avais des atomes crochus. Je me suis présenté dans mon association étudiante où j’ai été élu. J’ai postulé pour participer au forum étudiant, qui a bien fonctionné. L’expérience m’a ravi et s’est avérée très intéressante. Pour faire partie du forum étudiant, il fallait avoir fait une simulation parlementaire, ce que j’ai fait. Les événements se sont par la suite enchaînés. Sur le plan politique, j’ai commencé à militer pour la première fois dans le cadre de la dernière campagne électorale municipale à Québec. J’ai par la suite milité en politique provinciale, où je milite encore  à mes heures. »

Des expériences porteuses
Les activités auxquelles s’est inscrit Samuel  requéraient une solide ouverture d’esprit. En militant dans divers regroupements et associations, il a été confronté à des cultures variées et dans des endroits très éloignés les uns et les autres. « Des objets font consensus ici au Québec et ne le font pas nécessairement lorsque nous sortons de notre province. Cela fut un choc pour moi de voir ou de réaliser l’importance des divergences d’opinion sur des objets qui peuvent facilement faire consensus ici. »

Un concours oratoire captivant
Dans le cadre du parlement francophone, l’équipe à laquelle participait Samuel s’est mérité les honneurs d’un concours oratoire. « J’ai fait beaucoup de théâtre et d’improvisation dans ma vie. L’art oratoire me fascine et j’ai pris un plaisir incroyable à débattre dans ce cadre. Cinq équipes mixtes de 4 personnes en provenance de différentes sections de l’assemblée parlementaire de la francophonie ont ainsi été formées. Elles étaient composées d’un représentant de chaque section : l’Amérique, l’Europe, l’Asie et l’Afrique. Ce concours fut instauré par un Irlandais. Il tire ses fondements du système parlementaire britannique, assez similaire à ce que nous retrouvons ici. Une équipe forme le gouvernement et une autre forme l’opposition. Le parlement s’exprime dans un premier temps, suscitant de fait la réplique de l’opposition. Les 4 membres de l’équipe s’expriment. En première ronde, nous devons faire un discours d’une durée de 3 minutes. Dans le cadre de la deuxième ronde, il passe à 4 minutes, mais l’équipe adverse peut poser des questions durant le discours et interrompre l’orateur, ajoutant de ce fait beaucoup de piquant. Dans le cadre de la demi-finale et de la finale, nous devions faire des discours de 5 minutes avec questions. La finale se déroulait devant les parlementaires de la francophonie, ce qui n’aidait pas à calmer le stress. »

Une expérience variée et bénéfique
Samuel s’est fait des amis en provenance de diverses parties du monde; en atelier , il a aussi été confronté à différents points de vue sur les changements climatiques, en particulier sur l’enjeu que constitue l’eau potable au 21e siècle. « Ce fut incroyable de voir les problématiques qui se retrouvent à chaque endroit, de pouvoir échanger sur des états de fait et les différentes solutions mises de l’avant. Le brassage d’idées fut incroyablement riche. »

Un intérêt pour les sciences politiques qui se confirme
« Sans l’ombre d’un doute, l’expérience que je viens de vivre dynamise mon intérêt pour les sciences politiques et ses avenues. J’ai eu l’occasion de présenter la résolution des jeunes parlementaires francophones au sujet des chantiers portant sur les changements climatiques et l’eau potable, présentation faite devant les parlementaires. Ce fut une très belle expérience.»

Que dirait Samuel à ses collègues étudiants s’il devait leur parler de l’expérience qu’il vient de vivre? Il s’est clairement exprimé. « Si vous avez la chance de participer à un événement comme celui-là, sans aucun doute vous devez foncer. Il n’y a personne de mieux placé que les jeunes pour comprendre ce qui est bien pour eux, d’autant qu’une jeunesse à elle seule ne peut porter un État. Il faut privilégier un partage équitable entre la place occupée par les personnes plus âgées et celle occupée par les jeunes dans différents secteurs. Si nous excluons systématiquement les jeunes de la vie démocratique, c’est non seulement l’avenir mais notre présent que nous hypothéquons. J’ai d’ailleurs été fasciné dans le cadre de nos échanges par les différences qui existent concernant l’âge d’éligibilité à un poste électif. Dans certains pays, une personne ne peut se présenter à un poste électif avant l’âge de 35 ou 40 ans. Les échanges ont été vifs à cet égard dans le cadre des discussions se rapportant à cet état de fait. »

Intégrer et avancer
Comment assurer l’intégration d’une expérience aussi riche? C’est important de le faire, Samuel L’Heureux en est conscient. « Je vais faire d’autres simulations parlementaires, c’est certain. Je serai de retour au forum étudiant cette année. Je serai également au Parlement étudiant du Québec, qui est en quelque sorte équivalent, mais qui se déroule principalement au niveau universitaire et qui est accessible aux 18 ans et plus. Je ferai donc 2 simulations parlementaires durant la période des fêtes. J’ai tissé des liens amicaux signifiants.

J’ai des amis en France, en Côte d’Ivoire, donc un peu partout. Si j’ai l’occasion d’aller en Europe, ce sont tous des gens que j’aurai grand plaisir à revoir. Je garderai assurément contact avec mes collègues du Québec, du Canada anglais et du Nouveau-Brunswick. L’expérience fut extrêmement enrichissante. Nous avons été encadrés par des personnes extraordinaires, dont Gabriel Laurence Brook qui avait fait le parlement francophone des jeunes il y a 2 ans. »

Exprimer les attentes et les aspirations de la jeunesse
« Donnant une voix à la jeunesse francophone, les sessions du PFJ sont l’occasion pour cette dernière d’exprimer ses attentes et ses aspirations sous forme de résolutions et de déclarations. Afin que cette parole ne reste pas lettre morte, ces propositions seront présentées aux parlementaires de l’APF par les jeunes eux-mêmes, créant ainsi un véritable lien entre ces derniers et leurs représentants. Certaines de ces propositions pourront également être présentées aux Chefs d’États et de gouvernements lors des Sommets de la Francophonie. Ainsi les textes adoptés en 2009 par le PFJ de Paris ont-ils été remis officiellement lors du Sommet de Montreux en 2010. De même lors du dernier Sommet de Kinshasa, une déclaration adoptée par les membres du PFJ et des représentants de plusieurs PNJ à l’occasion du premier Forum mondial de la langue française a été remise au Secrétaire général de la Francophonie et au Président de la République démocratique du Congo. Le PFJ permet enfin de susciter la création ou le renforcement des parlements nationaux de jeunes dans les sections membres de l’APF. »

 



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