Connu pour son personnage de Flavien Bouchard dans la série culte Dans une galaxie près de chez vous et dans les films du même nom, Claude Legault a découvert au cégep ses talents d'acteur et son amour pour le théâtre, le cinéma et l'improvisation. Un réel tremplin pour démarrer sa carrière professionnelle !





Où trouvais-tu la motivation pour t’engager autant dans les activités culturelles?
Je proviens d’un milieu où l’art était peu valorisé. Alors cette motivation dormait en dedans de moi et je ne le savais pas. Au cégep, j’ai vraiment eu l’occasion de mettre mes talents artistiques en pratique, surtout avec l’improvisation. J’ai fondé une ligue d’impro qui existe encore au collège Montmorency. J’ai aussi animé Cégeps en spectacle et j’ai fait de la télé étudiante. Bref, je m’engageais dans tous les projets possibles.

Étais-tu toujours dans le bureau de ton animateur socioculturel ?
J’étais tout le temps dans le bureau des animateurs socioculturels. J’étais même plus souvent là qu’à mes cours !

Quelle était l’ambiance dans ton cégep?
J’ai été là pendant l’âge d’or du collège Montmorency entre 1982 et 1987. Avec moi, il y avait Michel Courtemanche, Benoît Chartier, Martin Petit, Nathalie Claude de Carbone 14, etc. Les années 1980 étaient des années froides et individualistes et notre gang refusait cela. Nous étions à contre-courant avec nos projets collectifs. C’était quelque chose de faire bouger les Lavallois! Nous nous débattions pour que les gens viennent voir nos shows! Nous allions chercher les étudiants à la cafétéria. C’est juste si on ne s’immolait pas par le feu pour les convaincre de venir nous voir! Nous finissions toujours par remplir nos salles et les gens étaient bien contents d’être venus voir notre show.

Qu’as-tu appris au cégep qui te sert encore aujourd’hui dans ton travail?
J’ai appris à travailler en groupe. Puisque dans un groupe il y a différents types de personnes, j’ai aussi découvert mon identité, c’est-à-dire un leader tranquille. Je criais peu, mais le monde me suivait parce que j’avais plusieurs idées. J’ai découvert que j’aimais initier des projets. J’ai aussi appris à me débrouiller avec peu. Quand nous animions Cégeps en spectacle, nous faisions nous-mêmes nos costumes.

Tu as déjà dit que le cégep s’est avéré être ta porte de sortie. Peux-tu expliquer?
Je dirais plutôt une ouverture qui m’a permis de réaliser que je pouvais faire quelque chose dans la vie. Le cégep m’a appris à ne pas attendre. Rien ne tombe du ciel. Il faut se bouger les fesses, inventer un projet puis l’exécuter. Quand je suis sorti du cégep, j’avais au moins ce bagage-là.

Donc, pour toi, les cégeps ont leur raison d’être?
Au cégep, tu es là pour découvrir qui tu es. Tu es en train de devenir un adulte, tu t’éveilles à tout : ton monde, tes amis, ta sexualité, ton métier. C’est une période d’exploration nécessaire. C’est normal que les jeunes changent de
programme.

C’est pas sur la formation qu’il faut sauver de l’argent. Il faut encadrer les jeunes et le cégep est un bassin d’encadrement. Ce que j’ai aimé du cégep, c’est que je suis sorti de mon isolement et j’ai rencontré du monde avec des idées différentes. Ça donne ce que je suis devenu aujourd’hui.

As-tu un conseil à donner à ceux et celles qui désirent poursuivre une carrière dans le milieu culturel?
Il faut explorer et ne pas imaginer que tout arrive facilement. Il y a énormément de travail et de découragement. Des gens ne croiront pas en vous, mais il ne faut pas laisser les autres décider à votre place. Il faut se centrer sur soi-même et comprendre pourquoi nous aimons notre travail.

Lorsque j’ai reçu mon premier prix à la LNI, j’ai remercié tous ceux qui n’avaient pas cru en moi: «Vous avez été les marches sur lesquelles je suis monté. » Bref, il faut toujours continuer !



Cette entrevue a d'abord parue dans la revue du Réseau intercollégial des activités socioculturelles du Québec, no 3, 2004-2005, puis publiée dans Les cégeps : une grande aventure collective québécoise, Presses de l'Université Laval



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