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Pour mieux répondre aux besoins de santé et de bien-être des étudiants



Entrevue avec Claire Sylvain, présidente de la Commission des affaires étudiantes de la Fédération des cégeps, et directrice des affaires étudiantes au Cégep de Rivière-du-Loup

Le Portail a publié les nouvelles concernant l’adoption cet automne d’un cadre de référence destiné à soutenir davantage la collaboration entre les collèges et les centres de santé et de services sociaux (CSSS). Ce cadre de référence prend appui sur le Portrait de santé des jeunes Québécois âgés de 15 à 24 ans élaboré au sein d’un comité tripartite Fédération des cégeps-ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport-ministère de la Santé et des Services sociaux. Nous explorons dans cette entrevue avec Claire Sylvain les tenants et aboutissants de ce dossier.
 

Portail : Est-ce que l’adoption d’un cadre de référence sur la collaboration entre les collèges et les CSSS représente une première pour le réseau collégial?
Claire Sylvain : Dès leur création, les cégeps ont eu la préoccupation d’offrir des services de santé aux étudiants et cela s’est toujours fait en collaboration avec ce qu’on appelait à l’époque les CLSC. Avant l’adoption du cadre de référence, la dernière entente officielle entre les cégeps et le réseau de la santé et des services sociaux datait de 1994. On avait alors publié un guide pour assurer des services de santé et de bien-être aux étudiants des collèges. Les deux ministères concernés avaient reconnu l’importance d’une collaboration étroite entre les services de santé et les collèges, d’autant que les étudiants qui les fréquentent représentaient déjà un public cible dans certains domaines.
Cependant, au fil des années, on a constaté une diminution des ressources engagées par le réseau de la santé pour offrir des services dans les collèges. En 2005, la Commission des affaires étudiantes de la Fédération des cégeps a mené une recherche sur la situation des services dans les collèges. C’est à ce moment que nous avons véritablement pris la mesure de la diminution des services offerts par les CLSC. Nous avons donc formulé une recommandation : créer un comité tripartite pour voir à l’actualisation du guide et pour réitérer l’importance des liens entre les collèges et le réseau de la santé.
Mais cette recommandation arrivait dans une période mouvementée puisqu’en 2004 il y avait eu la réforme de la gouvernance du réseau de la santé menant à la création des 95 CSSS, après une fusion des CLSC, des centres hospitaliers et des CHSLD. Dans un tel contexte, on devine bien que nos interlocuteurs avaient peu de temps à consacrer à nos demandes. Les CSSS travaillaient à définir les priorités en termes de besoins de santé de leur population. Il nous a donc fallu nous inscrire dans cette démarche de priorisation pour faire valoir les besoins de notre population étudiante.
Pour arriver à bien cibler ces besoins, nous avons convenu avec le ministère de la Santé de procéder à un portrait de santé des jeunes de 15 à 24 ans. Nous avons donc produit un portrait de santé qui permet d’identifier les principales problématiques qui touchent les jeunes du collégial et qui illustre bien l’importance d’agir auprès d’eux. En conclusion, disons que le cadre de référence peut être vu comme une actualisation du guide de 1994 qui tient compte du nouveau contexte de gouvernance du réseau de la santé et des problématiques qu’on retrouve chez les jeunes d’aujourd’hui. Avec ce cadre de référence, le ministère envoie un message clair aux CSSS : la signature d’ententes entre les établissements représente une priorité gouvernementale.
 

Portail : Ce cadre de référence a été l’occasion d’affirmer un certain nombre de principes concernant les services de santé pour la population étudiante.
Claire Sylvain :
Ces principes ne sont pas anodins. Les jeunes traversent une période importante de leur vie et le maintien dans un parcours scolaire est souvent lié à leur santé physique, intellectuelle et morale. Les jeunes de 15 à 24 ans présentent une diversité de besoins sur le plan physique et mental. Ils quittent la maison, ils relèvent de nombreux défis, ils arrivent à un nouvel ordre d’enseignement. C’est souvent là qu’ils font leur première rencontre amoureuse, qu’ils explorent différentes avenues. Tant au niveau physique qu’intellectuel, ils traversent de grands tourbillons, tout en faisant l’apprentissage de l’autonomie. Or, l’état de santé physique et mental des jeunes influe sur leur réussite. Plus les jeunes sont en santé, plus ils ont de chances d’obtenir leur diplôme, et plus ils obtiennent un diplôme, plus ils ont de chances d’être en santé plus tard, puisque les gens plus scolarisés ont de meilleures habitudes de vie.
Il est prouvé que l’accès à des services de proximité pour les jeunes du collégial permet de diminuer l’aggravation de certains problèmes. Dans ce contexte, la collaboration et l’échange de renseignements entre les réseaux sont des éléments importants.
Ce cadre de référence permet aussi de préciser le rôle de chacun des acteurs. La Loi des collèges ne prévoit pas l’offre de services de santé. Le cadre indique quelles politiques du réseau de la santé visent notre population étudiante et il encourage la signature d’ententes de collaboration entre les collèges et les organismes de santé sur le plan local. Et, par-delà les personnes en place qui peuvent changer, ces ententes formelles assurent la continuité des services. Ce cadre n’oblige pas les établissements de la santé à offrir des services dans les cégeps, c’est un outil pour travailler avec les CSSS sur la base des priorités gouvernementales.
 

Portail : On peut donc s’attendre à ce que l’adoption de ce nouveau cadre puisse favoriser la signature d’ententes locales?
Claire Sylvain :
Oui, et le cadre prévoit d’ailleurs les éléments que devraient contenir ces ententes, par exemple quels services font l’objet d’une entente, quelles sont les obligations de chacun des établissements, les conditions qui régissent la circulation de l’information, les dispositions administratives, etc.

Portail : Sur les 48 cégeps, combien ont déjà signé des ententes?
Claire Sylvain :
Selon le dernier relevé, 13 protocoles ont été signés et sont en vigueur, 17 ententes existent entre des établissements et des CSSS sans protocole d’entente, et 5 protocoles sont en cours de négociation. Six collèges n’ont pas d’entente ou n’ont pas encore conclu de partenariat avec leur CSSS.
Il faut comprendre que la situation des CSSS diffère d’une région à l’autre. Le CSSS Jeanne-Mance au centre-ville de Montréal, avec les besoins liés à l’itinérance, a des priorités différentes de celui de Rivière-du-Loup. Et, encore une fois, il ne s’agit pas nécessairement d’offrir des services dans les cégeps, mais plus souvent de constituer des « corridors de services » qui facilitent l’accès aux services offerts dans le réseau de la santé. Ces ententes doivent s’établir selon le mode du partenariat. Les cégeps forment des infirmières, des techniciens en radiologie et d’autres ressources en santé. Dans le cadre d’une entente, un cégep a, par exemple, offert un premier accès à un établissement du réseau de la santé à ses diplômées en soins infirmiers. Cela peut également prendre la forme d’un perfectionnement commun.
 

Portail : Parlez-nous du Portrait de santé. Est-ce la première fois que l’on dresse un portrait de santé pour la population des 15-24 ans?
Claire Sylvain : Notre clientèle chevauche plusieurs catégories de population d’âge. C’est la raison pour laquelle nous n’avions pas de véritable portrait de la santé des jeunes qui fréquentent nos établissements. Il ne s’agit pas d’une enquête ou d’un sondage, mais bien d’un portrait élaboré à partir de données provinciales et fédérales. Les bases de données disponibles traitant des 15-24 ans, nous avons été obligés de nous en tenir à ce même groupe d’âge, qui constitue 80 % de la population des cégeps, même si dans les faits, il regroupe aussi les jeunes qui en sont à la fin du secondaire et à l’université.
Dans le portrait de santé, on décrit tous les déterminants de la santé : les conditions socioéconomiques et sociales, les habitudes de vie et les comportements. On souligne aussi que ces conditions déterminent l’état de santé des jeunes, puis on identifie les principaux problèmes qu’ils vivent. En matière de santé physique, la question de l’obésité, par exemple, est très préoccupante. La question des ITSS, les infections transmises par le sexe et par le sang, l’asthme et les allergies sont aussi des questions importantes. Comme le sont les problèmes de santé mentale, puisqu’on note une augmentation marquée du niveau de détresse psychologique, des troubles mentaux, des troubles de l’alimentation, des troubles anxieux et des troubles de l’humeur. Sans oublier la problématique du suicide et, plus récemment, la cyberdépendance et les problèmes de jeux. Et, au niveau psychosocial, le taux de grossesse chez les jeunes et les agressions sexuelles. C’est principalement à ces problématiques que le cadre de référence et les ententes locales vont tenter d’apporter des solutions de façon plus impérative.
Cependant, il faut noter que l’état de santé global de cette population semble bon et que la majorité des cégépiens vont bien. Notre objectif est de nous attaquer aux problèmes au moment où ils surviennent afin d’offrir aux jeunes toutes les chances de poursuivre leur parcours scolaire et de le réussir.
 

Portail : Il y a dans ce portrait de santé des constats qui devraient intéresser d’autres acteurs que ceux des services aux étudiants. Pensons aux taux d’inactivité chez les filles en particulier.
Claire Sylvain : Il y a deux ans, le ministère de l’Éducation a lancé une vaste campagne pour promouvoir les saines habitudes de vie, une saine alimentation et des modes de vie physiquement actifs chez les jeunes. Nos actions se situent dans la même perspective. À titre d’exemple, l’obésité faisant partie des problèmes importants chez les jeunes filles, on constate aussi chez elles une augmentation du tabagisme, auquel elles ont recours pour contrer la prise de poids. Ces constats inspirent donc les plans d’action des services aux étudiants.
 

Portail : Les collèges ont le souci d’une approche réseau au regard de ces problématiques.
Claire Sylvain : Au sein de la Fédération, nous avons créé un regroupement des intervenants psychosociaux des collèges, qui soutiendra la mise en œuvre des ententes entre les cégeps et les CSSS. Par ailleurs, ces personnes qui ont un profil psychosocial (travailleurs de corridors, intervenants en prévention) travaillent de façon isolée et ont peu d’occasions d’échanger. Le réseau favorisera donc les échanges entre les intervenants et le partage d’expertises, ce qui bénéficiera aussi aux étudiants et aux étudiantes de tous les collèges.

Le Portrait de santé des jeunes Québécois de 15 à 24 ans est disponible sur le site Web de la Fédération des cégeps (www.fedecegeps.qc.ca).
Perspectives collégiales dans son numéro de novembre 2010 aborde la question dans un l'article : L'union fait la force - Collaborer pour rejoindre les étudiants de cégep.





 
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