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Chapeau à deux filles d’exception Jessica Dallaire et Justine Marquis



Depuis maintenant 21 ans, se tient annuellement,le concours CHapeau, les filles organisé par le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur dans l’ensemble du Québec, au secondaire, au collégial et dans les établissements d’enseignement privé. Dans ce contexte, la volonté de travail des femmes inscrites à un programme de la formation professionnelle ou technique qui mène à l’exercice d’un métier traditionnellement masculin est mise en valeur de belle façon (1). Les participantes sont invitées à faire valoir leurs motivations et leurs projets d’avenir. L’évènement permet la valorisation de celles qui choisissent un métier traditionnellement masculin, de récompenser leurs efforts, de favoriser la réussite des étudiantes dans un groupe à prédominance masculine et de donner des modèles féminins sortant des sentiers battus. Mesdames Jessica Dallaire et Justine Marquis, toutes deux inscrites en gestion et technologies d’entreprise agricole à l’Institut de technologie agroalimentaire (ITA), ont mérité les honneurs du concours CHapeau les filles. Marie Lacoursière échange avec elles .

Jessica Dallaire
Gestion et technologies d’entreprise agricole, Institut de technologie agroalimentaire, Campus de Saint-Hyacinthe. Prix : Séjour professionnel à l’international avec les Offices jeunesse internationaux du Québec

Pour Jessica, l’évènement CHapeau, les filles! représente une excellente occasion d’indiquer à la population qu’un métier traditionnellement masculin peut très bien être pratiqué par une femme. Ce concours, affirme-t-elle, peut changer la vision des gens sur la place des femmes dans les métiers traditionnellement masculins. Il ajoute à la motivation des jeunes femmes qui veulent pratiquer un métier non traditionnel sans pour autant oser le faire. « C’est une merveilleuse occasion de se faire remarquer dans notre domaine d’études. Elle ouvre une opportunité d’avancement et ajoute la chance d’agrandir notre réseau de contacts. » Le concours s’est avéré être une étape d’importance qui lui a permis de se démarquer avec force dans le domaine de l’agriculture, d’avoir une meilleure visibilité et de se rapprocher plus étroitement de son rêve. « Ce moment aura été un point tournant de ma vie. Les motifs qui m’ont conduite vers des études dans le domaine de la gestion et des technologies d’entreprise agricole de l’Institut de technologie agroalimentaire sont très personnels. N’ayant personne de ma famille établi sur une ferme, j’ai découvert cette passion en travaillant dans des fermes laitières les fins de semaine et durant les étés. »

Un cheminement de formation unique, bousculant et marqué de temps forts

Les moments les plus difficiles, selon l’étudiante Jessica Dallaire, ont été reliés au travail nécessitant des données se rapportant aux conditions réelles du travail à la ferme; cette recherche lui semblait plus adaptée à la relève traditionnelle, à ceux et celles habitant sur une ferme. « Aborder le travail et le réadapter à ma situation s’avérait parfois compliqué. Je devais fréquemment composer avec des situations fictives qui complexifiaient la tâche. Par contre, les notes octroyées à ces travaux motivaient mon engagement ». Les nombreux prix reçus lors des galas méritas de l’école ont été des points forts de son parcours à l’ITA. « C’est très gratifiant d’être reconnue pour les efforts que l’on fait et de se démarquer malgré notre statut de femme et de relève non traditionnelle. » Elle a été principalement marquée par la grande famille que forme l’ITA. « Les camarades de classe comme les professeurs sont très unis, et ce, dans un climat d’entraide continuel. La reconnaissance des professeurs et la façon de nous motiver auront fait une grande différence dans mon parcours, sans eux je n’aurais pas réussi aussi facilement. Finalement, les projets dont nous étions responsables se sont révélés des plus formateurs et m’ont permis de développer des aptitudes importantes de gestionnaire et de me démarquer des autres étudiants. »

Des défis et des ambitions pour les années à venir

Le plus grand défi d’avenir que devra affronter Jessica réside dans le fait de ne pas avoir d’entreprise agricole dans son entourage. Son plus grand rêve demeure celui de posséder sa propre ferme. C’est ce qui la motive et l’enthousiasme.« Je sais que les opportunités sont présentes et, en choisissant de faire mon cours en agronomie à l’université, j’ouvre les portes. Je me donne la chance de rencontrer des agriculteurs et de peut-être trouver quelqu’un qui cherche une relève. » Plusieurs belles choses se sont présentées à elle cette année comme le concours CHapeau, les filles! ainsi que sa participation à l’émission La semaine verte. Ces deux évènements lui ont permis d’avoir une plus grande visibilité dans le milieu et de créer un plus grand réseau de contacts. « Grâce à cela, je sais maintenant que je peux me démarquer et accomplir de grandes choses. ».

À celles qui s’inscrivent dans un programme non traditionnel, je dirais que…

« Malgré les difficultés auxquelles nous sommes confrontées lorsque nous relevons un défi non traditionnel, les efforts valent grandement la peine. Nous pensons parfois que ce que nous faisons ou réalisons n’est pas utile, mais cela nous forge et permet d’en apprendre davantage sur nous-mêmes, de découvrir nos forces et nos faiblesses et c’est un grand avantage pour l’avenir. L’ITA nous permet d’agrandir notre réseau de contacts et, dans cette situation de relève non apparentée, c’est indispensable pour se démarquer. Le plus grand conseil que je pourrais donner est de foncer, de plonger dans le programme, de donner tout ce que nous avons et de ne jamais nous décourager. Nos efforts finissent par porter fruit et nous permettent de nous démarquer dans un programme où nous sommes en minorité. »

L’étudiante en témoigne, il ne faut jamais perdre son rêve de vue, mais se concentrer sur ce qu’il réserve. C’est ce qui permet d’avancer et de ne jamais abandonner. Chaque personne a sa place dans le domaine qui l’anime, et ce, même en minorité. « Profitez-en au maximum, impliquez-vous, intégrez-vous, l’Institut de technologie agroalimentaire constituera vraisemblablement les plus belles années de votre vie. Vous créerez des liens uniques en relation avec des gens merveilleux. »

Justine Marquis
Gestion et technologies d’entreprise agricole, Institut de technologie agroalimentaire, Campus de La Pocatière. Prix Agriculture, Pêches et Alimentation du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation.

Lorsque sa mentore lui a proposé de se présenter au concours CHapeau, les filles!, Justine Marquis a immédiatement voulu s’y inscrire… Le fait que l’accent soit mis sur des filles se démarquant dans un programme scolaire à prédominance masculine l’inspirait du fait qu’il permet de garder la tête haute et de poursuivre ses rêves. Avoir participé et gagné lui a réellement donné une poussée dans le dos et permis de poursuivre ses projets. Voir toutes ces filles qui, comme elle, se sont inscrites dans un programme à prédominance masculine, cela lui a fait réaliser que notre société est remplie de belles couleurs.

La passion de l’agriculture

La passion de l’agriculture et le désir de pratiquer ce métier lui sont inculqués par ses parents, propriétaires de la ferme familiale de 250 têtes de race Holstein. « Toute petite, j’accompagnais mon père partout; il me faisait découvrir le monde agricole, rempli de gens passionnés et authentiques. J’ai toujours vu mes parents travailler dans ce mode de vie et m’encourager à faire ce que j’aimais puisque le plus important est de d’abord tomber en amour avec son métier. Ces conseils ne sont pas tombés dans l’oreille d’une sourde… et je n’avais aucun stress face au choix de carrière que j’allais choisir. Il était clair et net dans ma tête que j’allais assurer la pérennité de l’entreprise mise sur pieds de A à Z par mes parents. »


Tomber en amour…

« En fait, je n’ai pas choisi mon métier… je suis tout simplement tombée en amour avec lui. Déjà à l’âge de 10 ans, je faisais la traite des vaches et mes parents disaient que j’agissais comme quelqu’un qui avait fait ça toute sa vie. Je crois fermement que ça coule dans mes veines… C’est tout simplement plus fort que moi. Je participe également à quelques expositions au Québec et je me suis également rendue à la Royal Winter Fair de Toronto en 2015, une des plus belles expériences de ma vie. Je me suis fait un grand réseau de contacts et me suis accomplie dans ce que j’aime. C’est à l’âge de 5 ans que j’ai commencé à participer aux expositions annuelles. Depuis ce temps, je n’en manque pas une. Je me souviens encore de la joie et du sentiment d’accomplissement que j’avais quand je sortais de l’arène avec ma génisse adorée, un ruban accroché à son licou. Encore aujourd’hui, j’ai le même sentiment. Je me surprends sans cesse à adorer ce que je fais. »

Un cheminement marqué de temps forts.
Pour Justine, celui qui a marqué sa première année à l’ITA fut la vente EXPO-POC dont elle était la trésorière. Elle désire d’ailleurs s’y impliquer également l’an prochain. « La vente, en plus de m’apprendre à mettre en place un événement de grande envergure, m’a également permis de créer un réseau de contacts incroyable, ce qu’on n’apprend pas toujours sur les bancs d’école. Personnellement, je me suis ennuyée de traire mes vaches matin et soir durant les premiers mois de formation, puisque j’étais en appartement. Au bout d’un moment, on s’y fait, mais mon père ou ma sœur devaient obligatoirement m’avertir quand quelque chose arrivait à l’étable. »

   

Des défis et des ambitions sur le grand tableau de l’avenir
L’étudiante diplômée l’indique, le métier d’agriculteur est un métier extrêmement exigeant, mais tellement valorisant. « Ça prend des entrepreneurs innovateurs, créatifs, tenaces et surtout passionnés par ce mode de vie. Pour les années à venir, je crois que le plus grand défi que j’aurai à surmonter quotidiennement sera celui de gérer la ferme aussi bien que mes parents le font présentement. Ce défi m’excite. J’ai vraiment hâte de le relever. » De fait, elle le sait, ses parents seront toujours là pour l’aider dans ce qu’elle entend accomplir. Durant les années à venir, « je veux m’assurer que la ferme ne cesse de s’agrandir. Avec ma sœur Catherine (28 ans), qui est déjà sur la ferme familiale à temps plein et également maman de 2 petits enfants, je suis certaine que nous y arriverons ».

Nous lui avons demandé ce qu’elle dirait aux nouveaux inscrits au programme de formation pour l’année 2017-2018. Sa réponse est claire, succincte, limpide: « Poursuivez vos rêves ! Faites ce qui vous passionne, foncez et ne prenez pas ce métier comme un travail, mais bien comme un mode de vie. »

Bonne suites, mesdames Marquis et Dallaire.

1- http://www.education.gouv.qc.ca/colleges/etudiants-au-collegial/concours/chapeau-les-filles/laureates/



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