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L’aventure des métiers d’art à Québec



Entrevue avec M. Jean-Louis Bouchard, directeur exécutif, du Centre de formation et de consultation en métiers d’art (CFCMA) du Cégep Limoilou

Avec l’arrivée des fêtes de Noël, les salons des métiers d’art ouvriront leurs portes. Parmi les exposants, se retrouveront plusieurs diplômés des programmes offerts dans le domaine depuis 25 ans au niveau collégial. Le Portail a interviewé Jean-Louis Bouchard, directeur exécutif, du Centre de formation et de consultation en métiers d’art (CFCMA) du Cégep Limoilou, qui brosse un portrait de la petite histoire et de la situation de ces programmes pour Québec et la région de l’Est-du-Québec.              

Jean-Louis Bouchard, directeur exécutif, du Centre de formation et de consultation en métiers d’art (CFCMA) du Cégep Limoilou

« On est parti de loin »
En 1980, trois ministères du gouvernement québécois (Affaires culturelles, Éducation, Main-d’œuvre et Sécurité du revenu) mettent sur pied un groupe de travail qui propose un Plan national de formation en métiers d’art ayant pour effet de pallier l’absence de formation dans ce secteur durant les années qui avaient précédé.  Jean-Louis Bouchard explique : « à la naissance des collèges, plusieurs formations en métiers d’art n’ont pas été reprises par les cégeps. Le groupe-conseil qui a remis son rapport en 1984. Il propose que la formation soit confiée à l’ordre collégial et que ce soient les cégeps qui assurent la rédaction des programmes et la mise en œuvre de ces derniers. Deux établissements ont été désignés : le Cégep Vieux Montréal pour l’Ouest de la province et le Cégep Limoilou pour l’Est. Ces cégeps devaient créer des centres désignés. C’est ainsi que l’Institut des métiers d’art a été créé au Vieux Montréal et le Centre de formation et de consultation en métiers d’art à Limoilou. Nous sommes alors en janvier 85 ». 

Le Plan national proposait également aux cégeps de récupérer ce qui se faisait dans leur milieu en matière de formation en Céramique, Ébénisterie ou Joaillerie et Textile. « Dans les disciplines où il n’y avait pas de formation, les centres devaient travailler à mettre en place de nouvelles écoles ateliers dans le domaine du verre, de la maroquinerie , de la sculpture et de l’impression textile. La création des centres désignés a permis d’avoir un organisme responsable de faire le lien entre le milieu et le cégep. Le premier mandat du CFCMA fut le perfectionnement des artisans en exercice par des cours et de l’aide technique sur l’ensemble du territoire et ensuite la mise en place des nouveaux programmes en 1989.Ces formations ont permis de combler les formations manquantes notamment en gestion ».

Un pavillon, une maison, un institut et un cégep

 

À Québec, 6 options sont actuellement offertes en techniques des métiers d’art : en Joaillerie, en Sculpture, en Ébénisterie artisanale, en Céramique, en Lutherie (violon et guitare) et en Construction textile. Le CFCMA, l’École de joaillerie et l’École nationale de lutherie sont logés dans le Pavillon des métiers d’art. La Maison des métiers d’art de Québec  accueille la céramique, la sculpture et la construction textile. L’Institut québécois d’ébénisterie occupe ses propres locaux sur la rue Soumande. «Contrairement à Montréal, le Cégep Limoilou n’avait pas de département d’arts plastiques. Tous les cours contributifs de tronc commun en conception, en dessin et en histoire sont rattachés aux arts plastiques ont été assumés par le CFCMA. Finalement, ce sont les métiers d’art qui ont contribué à créer un département d’arts plastiques au Cégep Limoilou. Le CFCMA possède son propre centre de documentation depuis 25 ans » explique Jean-Louis Bouchard. 

Pavillon des métiers d'art

La Maison des métiers d'art 

                                                                    

Institut québécois d’ébénisterie

Entrée principale du Cégep Limoilou

Une formule unique : les écoles ateliers
Tous les programmes sont constitués en écoles-ateliers pour offrir le volet technique de la formation. Les écoles ateliers reçoivent des subventions de la SODEC. Elles ont un double mandat : un de centre de recherche, de diffusion et  d’innovation CRDI  (25 %)  et un mandat de formation (75 %). Le volet CRDI est financé par la SODEC. Le volet formation est financé par le Ministère de l’Éducation, des Loisirs et du Sport (enseignants, documentation, 75 % du loyer). Pour le directeur du CFCMA, une telle formule comporte  des avantages et des désavantages organisationnels et pédagogiques : « le fait de relever de deux ministères apporte parfois des difficultés au niveau de l’harmonisation, notamment dans le cas de projets d’envergure ».

Exposition Une question d’âme organisée par le CFCMA en collaboration avec le Centre d’exposition de Baie-Saint-Paul en 1999.

Les enseignants exerçant le métier, sont à la fine pointe de ce qui se passe
Parmi les avantages : le Plan national avait prévu que les enseignants seraient des professionnels du milieu. « On a opté pour l’expertise technique plutôt que la connaissance pédagogique. Les enseignants exerçant le métier, ils sont à la fine pointe de ce qui se passe. Sur le plan pédagogique, nous avons dû travailler fort pour intégrer les approches par compétences. De nombreuses heures d’encadrement ont permis d’arriver à d’excellents résultats. Il faut noter que les enseignants-artisans sont engagés comme des chargés de cours. Un conseiller pédagogique du Centre les appuie sur le plan pédagogique ». 

Qu’en est-il de l’attraction des métiers d’art?
Les métiers d’art attirent encore les jeunes, mais le recrutement a toujours été précaire dans certaines disciplines. « On n’a jamais eu des demandes en nombre important sauf en Lutherie (guitare) où on refuse du monde chaque année. Il faut aussi compter avec un certain taux de déperdition sur trois ans. Nous devons constamment travailler à la promotion de ces programmes. De plus en plus d’adultes choisissent ces formations. Des étrangers aussi. C’est fragile, mais on y arrive. Ceux qui persistent trouvent du travail. Une partie des étudiants continuent et démarrent leur propre entreprise. On voit de plus en plus dans les grands salons de Montréal ou de Québec des finissants du Vieux Montréal ou de Limoilou. Les centres en collaboration avec les écoles ateliers ont réussi à bâtir une relève de qualité en métiers d’art. On voit les résultats dans le produit certes mais également dans la gestion des entreprises mises en place. Les cours de créativité ont aussi leur impact, puisque les créations de nos diplômés se démarquent. L’introduction des nouvelles techniques et technologies viennent également changer la donne ».
 

Exposition du 25e anniversaire du CFCMA

Le CFCMA reste branché sur le milieu.
Le CFCMA demeure associé à tout ce qui se passe dans le domaine des métiers d’art. Il  travaille actuellement avec tous les partenaires à développer une image nationale pour le DEC. Le CFCMA participe régulièrement aux expositions avec MATERIA, le seul centre d’artistes en métiers d’art au Canada. Son centre de documentation est ouvert aux différents milieux et aussi au grand public. Bien sûr, le CFCMA participe également aux grands salons.
 

Un projet de regroupement
Le Collège Limoilou en collaboration avec la Fondation du cégep  travaille actuellement à regrouper le CFCMA, les six écoles ateliers et MATERA  au même endroit pour créer à proximité du cégep un pôle des métiers d’art. Jean-Louis Bouchard en parle avec enthousiasme : « Ce projet permettrait de doter les écoles d’un immeuble pensé en fonction de leurs besoins. Ce regroupement permettrait de partager des services et de favoriser les échanges interdisciplinaires. C’est fort intéressant. Pour les étudiants, c’est un beau projet, parce qu’ils seraient plus près du collège et plus en contact avec les autres disciplines. Tout le monde est d’accord; nous en sommes à l’étape du financement ». Ce projet contribuerait à la revitalisation du Boulevard des Capucins et s’il est permis de rêver devenir le boulevard des artisans. Des incubateurs d’entreprises pour les diplômés sont d’ailleurs intégrés au projet.
Jean-Louis Bouchard juge que ça bouge à Québec en métiers d’art. Il cite l’exemple de la formation d’un comité aviseur qui analyse et choisit les exposants pour le Salon des artisans de Québec. Ce qui assure un contrôle de la qualité des exposants. Un grand espace est prévu pour la relève. Chaque école est présente. Le Salon se tient cette année du 8 au 18 décembre. Plusieurs anciens étudiants y participeront.

Un bilan positif
Le  CFCMA a fêté son 25e anniversaire en 2010. Jean-Louis Bouchard conclut que le Centre a accompli une multitude d’actions et mené à terme de nombreux dossiers pour ériger des assises solides pour le développement des métiers d’art au Québec, notamment dans le domaine de la formation. Il est persuadé que leCFCMA et le réseau des écoles ateliers continueront à remplir leur mission à travers un modèle de formation, original, complexe, il est vrai, mais combien  efficace et distinctif.

Entrevue réalisée par Alain Lallier, le 7 novembre 2011.



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