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Vers une orientation commune et cohérente en matière d’éducation interculturelle au collégial



Par Marie Lacoursière édimestre pour le Portail du réseau collégial, en collaboration avec madame  Sylvie Loslier du Service interculturel collégial (SIC)

Cette année, le Service interculturel collégial (SIC) souligne ses vingt-cinq années d’actions, d’échanges, de rencontres et de réflexions en phase avec l’évolution de la société québécoise. Durant toutes ces années, plusieurs personnes de différents horizons ont donné de leur temps, de leur savoir, de leur dynamisme et ont contribué à faire des cégeps un milieu de vie démocratique, pluraliste et ouvert sur le monde.

Puisant dans les documents « 15 ans en interculturel » et « État de la situation de l’interculturel au collégial : bilan et perspectives »  produits par le SIC, le Portail du réseau collégial présente ci-après quelques-uns des points saillants qui ont marqué l’histoire du Service interculturel collégial.

La place de l’interculturel dans les collèges du Québec des 25 dernières années

Dès la fin des années 1980, et surtout dans la région de Montréal, le milieu collégial accueille des immigrants de première et de deuxième génération. Cette nouvelle réalité, qui reflète celle de la société québécoise, amène quelques professeurs, animateurs socioculturels et autres professionnels à se réunir. C’est ainsi qu’en 1988 le Service interculturel collégial (SIC) s’est constitué. Sans prétention, mais avec beaucoup de conviction, les membres fondateurs du SIC, et ceux et celles qui ont pris la relève depuis, ont mis en place, au cours des années, divers moyens pour prendre en compte la diversité ethnoculturelle, susciter des réflexions et réaliser des interventions pertinentes dans les cégeps tout en développant dans les collèges une orientation commune et cohérente en matière d’éducation interculturelle. Ce sont non seulement des étudiants issus de l’immigration de première et deuxième génération qui s’inscrivent graduellement dans les établissements d’enseignement, mais également des adultes en francisation et en formation continue ainsi que des étudiants internationaux. Quatre axes principaux vont, au fil des ans, guider les activités du SIC : l’information, la recherche, la formation et l’intervention.

Afin de mieux s’adapter aux changements de la population des cégeps et de répondre à leurs besoins, le SIC s’est donné depuis sa création différents objectifs, dont ceux de cueillir, traiter et diffuser l’information théorique et pratique en matière d’interculturel. Il entend cerner l’évolution de l’interculturel et sa réalité actuelle afin de mieux répondre aux défis des années à venir.

Les étudiants immigrants en augmentation constante dans les cégeps francophones du Québec

Depuis l’adoption de la loi 101, on observe une nette progression des allophones dans les cégeps francophones : 14 % se dirigent vers des cégeps francophones en 1990, 23 % en 1986, 40 % en 1989 (Leclerc, 1990) et 64,2 % en 2009 (Conseil supérieur de l’éducation, 2011). Le nombre d’immigrants passe de 37 000 en 2002 à 51 000 en 2011 (MICC, 2012), ce qui provoque indéniablement des répercussions dans les cégeps francophones et anglophones.

Une diversité ethnoculturelle, religieuse et linguistique

Quatre catégories d’étudiants contribuent à la diversité ethnoculturelle, religieuse et linguistique : les étudiants immigrants, les étudiants internationaux, les adultes inscrits à la francisation et ceux de la formation continue. Au début des années 1990, cette population est méconnue. Certains collèges adoptent alors des questionnaires d’identification ethnoculturelle, mais cela reste limité. Les établissements connaissent la composition ethnique de cette nouvelle population, les pays d’origine des étudiants et de leurs parents, l’âge, le sexe. Une étude du ministère de l’Éducation permet de brosser un premier portrait quantitatif des effectifs des élèves issus des minorités linguistiques dans les cégeps francophones (Leclerc, 1990). Par contre, les connaissances demeurent partielles sur leur réussite scolaire et leur intégration dans le milieu collégial. Ces étudiants réussissent-ils leurs cours? Quels sont les atouts de leur formation antérieure? Quelles sont les difficultés auxquelles ils font face? (Lemay, 1990). Autant de questions suscitant des réponses à venir.

En 2012, le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) dispose encore de peu de données compilées pour le collégial, et ces données restent incomplètes. Quelques collèges exploitent des données du Service régional d’admission du Montréal métropolitain (SRAM) ou du Service régional d’admission au collégial de Québec (SRACQ), qui leur permettent de connaître leur population étudiante immigrante et de mieux cibler leurs interventions. Plusieurs collèges ont aussi développé des questionnaires maison ou utilisent celui du SRAM, intitulé Aide-nous à te connaître, tout en ajoutant des questions spécifiques pour mieux cerner cette population. Ces informations s’avèrent cependant limitées, car les collèges n’ont que très rarement accès à d’autres données que celles du nombre d’étudiants immigrants (nés à l’extérieur du Canada), des pays de provenance, du moment de leur arrivée au Québec, de leur âge et de leur sexe, ou des pays de provenance de leurs parents.

Des données du Service régional d’admission du Montréal métropolitain (SRAM)

Quelques données sur la population étudiante de Montréal présentées lors du colloque du SIC en juin 2011 par Mme Sophie Dorais, conseillère à la recherche au SRAM, permettent l’appropriation de quelques éléments essentiels à la compréhension du dossier :

  • Les étudiants immigrants, excluant les étudiants internationaux, sont au nombre de 15 408, soit 9 % du total des inscrits, ce qui constitue une hausse de 19 % depuis 2006.
  • Ils sont composés de 56 % de femmes et de 44 % d’hommes et sont en moyenne âgés de 20 ans.
  • Ils viennent de 174 pays, dont 14 % du Maghreb, 12 % de l’Amérique centrale ou du Sud, 12 % d’Europe de l’Est, 12 % d’Europe de l’Ouest, 10 % des Antilles, 10 % d’Afrique et 10 % du Proche-Orient.
  • Dans 61 % des cas, leur langue maternelle est autre que le français ou l’anglais; dans 34 % des cas, c’est le français.
  • La moitié des étudiants immigrants se retrouvent surtout dans les cégeps francophones de l’île de Montréal, un quart dans les cégeps francophones hors Montréal et un autre quart dans les cégeps anglophones (Dorais, 2011).

Les cégeps sont donc très diversifiés sur le plan ethnoculturel, religieux et linguistique, et ceci est dû à la présence de plusieurs catégories d’étudiants (internationaux, immigrants, inscrits en francisation ou à la formation continue). Malgré une présence toujours croissante, l’information sur la population étudiante immigrante dans l’ensemble des cégeps du Québec est insuffisante. Il existe quelques outils de recherche sur le sujet, mais ils demeurent incomplets et non validés. Il s’avère donc pertinent de développer de véritables outils de collecte de données qui permettraient d’étoffer le dossier des étudiants immigrants. Ces outils devraient tenir compte des programmes, des cohortes d’étudiants, des différents collèges et des secteurs d’études (formation régulière et continue, secteurs technique et préuniversitaire).

Les actions des cégeps

L’interculturel a pris racine dans la plupart des cégeps du Québec, sous des formes variées et selon le contexte local. La moitié d’entre eux ont adopté une politique interculturelle ou ont intégré des objectifs interculturels dans leurs projets éducatifs ou dans leurs plans stratégiques. Quelques-uns ont rédigé une politique d’internationalisation ou une politique internationale où la place de l’interculturel demeure essentielle. Les plans d’action dans le domaine offrent une garantie supplémentaire de mise en application. Cependant, souvent, les politiques, tout comme les plans d’action, ne sont pas suffisamment connues dans le milieu. Bien qu’une augmentation du nombre de personnes travaillant au dossier soit constatée, ce nombre reste insuffisant compte tenu de l’ampleur des tâches qu’entraîne la diversité ethnoculturelle des collèges, qu’il s’agisse d’intégration, de réussite, de sensibilisation ou de soutien aux allophones.

Pour les cégeps qui ont rédigé une politique ou des orientations interculturelles, le défi consiste à promouvoir ces instruments dans leur milieu en s’assurant de leur application. Pour les cégeps qui ne l’ont pas encore fait, le défi demeure de rédiger une politique, des orientations, un projet éducatif ou un plan d’action en interculturel. En ce qui concerne l’affectation de personnel au dossier interculturel, la première mesure à prendre vise l’augmentation du nombre de personnes affectées tout en s’assurant que celles‑ci possèdent une formation interculturelle. Finalement, un dernier défi serait l’instauration d’un « guichet unique », un bureau à l’interculturel.

La gestion de la discrimination sous toutes ses formes

Les cégeps ont également élaboré des politiques pour lutter contre la discrimination sous toutes ses formes. La sensibilisation se fait par toutes sortes d’activités relevant autant de la pédagogie que du socioculturel. Des comités interculturels représentant différentes instances du collège ont été mis en place. Il semble que cela ait permis de diminuer les cas de discrimination ou de harcèlement. Les demandes d’accommodements raisonnables sont cependant encore trop souvent traitées au « cas par cas ». Lorsqu’ils acceptent ou refusent certaines demandes de la part de leurs étudiants, les enseignants ou les intervenants sont soutenus soit par la Direction des études ou la Direction des affaires étudiantes, mais parfois ils doivent prendre des décisions sans vraiment recevoir d’aide.

Depuis la publication du rapport de la Commission Bouchard‑Taylor de 2008, les collèges sont en attente de balises ou de procédures pour répondre aux demandes de leurs étudiants et de leur personnel en ce qui a trait à la diversité ethnoculturelle. Dans ce sens, une procédure claire sur les demandes d’accommodements raisonnables est souhaitable. Les collèges pourraient se l’approprier et réfléchir aux décisions à prendre en cas d’accommodements raisonnables. Il importe aussi de mettre en place des instances consultatives pour traiter les demandes particulières et garantir la pérennité de l’expertise en gestion de la diversité.

Un virage interculturel à consolider

Si, au cours des ans, les cégeps ont pris le virage interculturel, il reste encore beaucoup à faire, et plusieurs dossiers reposent encore sur le bénévolat et l’engagement personnel. Depuis quelques années, le taux de renouvellement du personnel dans les cégeps est élevé, et les gens rencontrés se disent inquiets du peu de transfert de connaissances et d’expertise. Ceux-ci ont le sentiment que tout est toujours à refaire et qu’ils ne se sentent pas toujours appuyés par la direction.

Dans son rapport « État de la situation de l’interculturel au collégial : bilan et perspectives » , le SIC présente une intéressante recension de l’état de la situation de l’interculturel des années 1990 à ce jour. Plusieurs questions regroupées sous les trois thèmes suivants : adaptation institutionnelle à l’interculturel, mesures d’accueil d’intégration et d’aide à la réussite, et finalement formation interculturelle, sont reprises en faisant référence aux défis à relever dans ces domaines au cours des années à venir.

L’accueil, l’intégration et l’aide à la réussite des étudiants immigrants toujours un chantier capital

Depuis le début des années 1990, un important travail a été accompli pour améliorer le dépistage des étudiants immigrants dits « à risque » . Les cégeps ont créé des mesures adaptées pour améliorer la maîtrise du français chez les allophones. Le Centre collégial de développement de matériel didactique (CCDMD)(intégrer le lien internet) ainsi que plusieurs chercheurs ont mis au point du matériel pédagogique spécialisé dans la maîtrise du français chez les allophones.

Malgré un bilan positif concernant les interventions visant à aider les étudiants allophones à surmonter les difficultés en français, les mesures ne suffisent pas. Plusieurs intervenants du collégial s’entendent pour dire qu’une des difficultés majeures des étudiants immigrants demeure la maîtrise de la langue française. Conséquemment, plusieurs questions se posent encore : comment ces mesures sont-elles évaluées? Quels en sont les impacts dans la réussite des cours de français et des autres cours?

Le SIC tenait les 30 et 31 mai derniers son colloque annuel sous le thème « L’interculturalisme: réflexions, actions et défis », et il a profité de l’occasion pour souligner ses 25 années d’actions menées dans le réseau collégial. Si le présent article témoigne des gestes et des actions posés  par des équipes d’intervenants convaincus et déterminés à faire avancer les choses, il reflète également le travail prolifique d’hommes et de femmes qui ont cherché sans relâche à faire valoir dans les cégeps du réseau les positions québécoises concernant la formation interculturelle sous toutes ses formes.

Des travaux et des réflexions concernant les grands chantiers en cours sont toujours essentiels. Ils se rapportent entre autres à l’adaptation institutionnelle des cégeps à l’interculturel. Ils passent par l’approfondissement de la connaissance de la population étudiante immigrante dans le réseau, le développement d’outils de collecte de données et la mise en place structurelle de mesures d’accueil, d’intégration et d’aide à la réussite accessibles. Le travail est loin d’être terminé. Il mérite de la part des instances concernées l’immense support qu’il suppose. À ceux et celles qui s’y impliquent depuis déjà 25 ans, chapeau!





 
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