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L’écologisation des cégeps: une vague de fond

2020-01-28


Thérèse Lafleur
Rédactrice

L’écologisation ! Un mot récent, sans pareil, ni contraire. Un nouveau mot qui fédère la transition vers un modèle de société en mesure de relever les défis du développement durable. Une évolution qui ne doit pas être perçue comme une menace, mais comme une opportunité de croissance qualitative.

« Écologisation : le processus de quête de connaissances et de pratiques dans l’intention de mieux respecter l’environnement et d’inspirer les décisions dans le sens d’une plus grande responsabilité économique, pouvant favoriser la protection de l’environnement et la durabilité des ressources naturelles pour les générations actuelles et futures. » (UNESCO-UNEVOC, 2017)

Chaque cégep est déjà engagé, à sa manière, dans ce mouvement. Vivement portées par la population étudiante, les préoccupations liées à l’environnement et au développement durable sont bien actuelles et largement partagées par les membres de la communauté collégiale. En ce sens, de multiples initiatives et de nombreuses mesures sont mises en œuvre dans les collèges. Certaines relèvent de comités étudiants, d’autres de services directement interpellés ou encore sont inscrites dans une politique institutionnelle. Des actions qui se déploient de manières distinctes selon les régions, les programmes et les campus, les populations étudiantes et les milieux socioéconomiques. Tous ces efforts sont certainement louables. Lesquels peuvent être transférables ? Lesquels sont intégrés à la pédagogie ? Bref, comment se porte l’écologisation dans les cégeps du réseau ?

Dans cette optique, la Commission des affaires étudiantes de la Fédération des cégeps s’est penchée sur la question et s’est associée au Centre d’initiation à la recherche et d’aide au développement durable (CIRADD), un centre collégial de transfert de technologie (CCTT) en innovation sociale, à l’automne 2019, pour faire le portrait de l’écologisation des cégeps. Une analyse menée par Nicolas Roy, professionnel de recherche et Virgile Deroche, chargé de recherche au CIRADD.


17 objectifs pour sauver le monde

En 2015, les États Membres de l’Organisation des Nations Unies (ONU) ont adopté 17 objectifs de développement durable (ODD) dans la perspective qu’ils soient atteints 2030. Ces objectifs tracent la voie aux initiatives d’écologisation notamment en ce qui a trait aux enjeux liés à la pauvreté, aux inégalités, au climat, à la dégradation de l’environnement, à la prospérité, à la paix et à la justice.

Une perspective globale

Basé au Cégep de la Gaspésie et des Îles, le CIRADD entend « soutenir par la recherche appliquée et l’innovation, les organisations, les entreprises et les collectivités en offrant des activités et des services qui contribuent au développement durable des territoires ».

Le CIRADD aborde le développement durable dans une perspective d’interconnectivité et avec une approche participative quant à l’occupation et au développement du territoire, à la vitalité et au bien-être des communautés ainsi qu’à l’adaptation aux changements sociaux et climatiques. Ses différents services sont autant d’atouts qui en font un précieux partenaire pour recenser ce que fait chaque collège au sein du réseau des cégeps.

Pour mener à bien le mandat confié par la Commission des affaires étudiantes, le CIRADD travaille avec le réseau international UNESCO-UNEVOC, dont la mission est «l’élaboration de politiques et de pratiques d’éducation pour le monde du travail et de développement des compétences à l’appui de l’employabilité et de la citoyenneté ». L’approche globale que privilégie UNEVOC est présentée dans sa publication Écologisation de l’enseignement et de la formation techniques et professionnels. Un guide pratique pour les institutions qui décline les axes d’intervention suivants :

• Éducation de qualité ;
• Eau propre et assainissement ;
• Travail décent et croissance économique ;
• Mesures relatives à la lutte contre les changements climatiques.

 

Connaître l’envergure des réalisations

La démarche initiée à l’automne 2019 par la Commission des affaires étudiantes de la Fédération des cégeps s’étendra sur un an. Au printemps 2020, les établissements seront appelés à compléter un sondage permettant le recensement de leurs actions en matière d’écologisation.

Cinq axes seront abordés pour connaître ce qui se fait dans les cégeps :
1. Écologisation du campus ;
2. Écologisation du curriculum et de la formation ;
3. Écologisation de la recherche ;
4. Écologisation de la communauté et du lieu de travail ;
5. Écologisation de la culture institutionnelle.

Chacune de ces cinq approches comporte plusieurs éléments qui seront évalués selon les niveaux suivants :
1. Aucune action : aucune initiative concrète n’a été entamée à ce sujet ;
2. Stade initial : adaptation en début de parcours ;
3. Certains progrès : certains signes d’adaptation ;
4. Progrès satisfaisant : signes que l’adaptation produit des résultats observables ;
5. Changement stable et intégré : signes et résultats démontrant l’impact de l’action d’écologisation ; produit des changements stables et manifestes.

La collecte de données sera faite en ligne. Ce sondage fournira un inventaire des initiatives mises en œuvre dans chaque établissement et permettra d’en mesurer l’ampleur.

Le déploiement d’un vaste chantier

Les porteurs majeurs de ce projet de recension du niveau d’écologisation des cégeps y ont été sensibilisés et se sont mobilisés à l’automne 2019 pour mener à bien la démarche. Dès le début de 2020, plusieurs partenaires seront appelés à contribuer à la conception de l’outil d’évaluation, au réseautage ainsi qu’à l’identification de personnes-ressources au sein de chaque cégep. Outre les comités verts institutionnels, les directions seront interpellées notamment celles des Affaires étudiantes, des Études, des Services administratifs, des Ressources matérielles et bien sûr les directions générales dont le soutien est essentiel au succès de l’exercice.

Par la suite, le traitement et l’analyse des données par l’équipe de recherche du CIRADD permettront de brosser un portrait sommaire des résultats pour chaque établissement et aussi un portrait du réseau des cégeps.

Ce n’est qu’à l’automne 2020 que les résultats seront connus ainsi que les recommandations relatives à l’intégration des considérations liées au développement durable dans le fonctionnement des cégeps.

Un projet pilote avec le Cégep de la Gaspésie et des Îles

Un projet pilote avec le Cégep de la Gaspésie et des Îles a servi de prétest. Ainsi, les campus de Carleton-sur-Mer, de Gaspé, de Grande-Rivière et des Îles-de-la-Madeleine ont aidé à cibler les ressources associées à l’évaluation de chacune des cinq approches sondées :

Écologisation
du campus

Écologisation
du curriculum et
de la formation

Écologisation
de la recherche

Écologisation
de la communauté
et du lieu de travail

Écologisation
de la culture institutionnelle

-  Responsables des comités verts
-  Responsables de l’approvisionnement

-   Conseillers pédagogiques
-   Coordonnateurs de départements
-   Directeur des études

-   Service de la recherche et de l’innovation du Cégep de la Gaspésie et des Îles
-   Enseignants-chercheurs

-Responsables des comités verts
-Responsables de la vie étudiante
-Direction du Service des communications et des activités internationales

-Direction générale
-Directeurs des campus et des différents services

Ce projet pilote a aussi contribué à l’amélioration de la démarche en permettant de raffiner la définition des critères.

L’écologisation, une œuvre commune

La Commission des affaires étudiantes entreprend une ambitieuse démarche d’évaluation de l’écologisation des cégeps. Pour ce faire, la Fédération des cégeps a recours à de solides expertises tout en veillant à ce que les intervenants de chaque établissement soient parties prenantes du processus. D’ailleurs, cette incontournable écologisation est bien d’actualité et donne lieu à des échanges propices à la collaboration notamment avec le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC).

Dans ce même esprit d’écologisation, l’Association québécoise de pédagogie collégiale (AQPC) convie les intervenants à son colloque annuel, du 3 au 5 juin 2020, sous le thème 40 ans de pédagogie : VERT de grands changements. Ce colloque abordera notamment le développement durable et ses trois piliers, à savoir le développement économique, l’équité sociale et la protection de l’environnement tels que présentés en 1987 par la Norvégienne Gro Harlem Brundtland qui présidait alors la Commission mondiale sur l’environnement et le développement de l’Organisation des Nations unies (ONU) dans le Rapport Brundtland.

« Le développement durable est un mode de développement qui répond aux besoins des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. Deux concepts sont inhérents à cette notion : le concept de “besoins”, et plus particulièrement des besoins essentiels des plus démunis, à qui il convient d’accorder la plus grande priorité, et l’idée des limitations que l’état de nos techniques et de notre organisation sociale impose sur la capacité de l’environnement à répondre aux besoins actuels et à venir. »

Devant cette vague de fond qu’est l’écologisation, les cégeps peuvent être les modèles à suivre. Leurs « bonnes pratiques », une fois identifiées dans cette vaste recension des efforts de chacun, pourront éventuellement être partagées au Québec et ailleurs dans le monde.



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