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Un appel à la prise de responsabilité des cégeps en matière de formation technique à l’aube de leur 50e anniversaire



Lettre ouverte au PDG de la Fédération des cégeps du Québec

 

Un texte de Vincent Tanguay, conférencier au Colloque sur le numérique du réseau collégial. Il a été vice-président, Innovation et Transfert au CEFRIO et Président du Conseil de la TÉLUQ

 

À la vitesse Grand V, la nouvelle économie se déploie
La nouvelle économie, notamment celle désignée de 4e révolution industrielle, et les technologies numériques qui l’accompagnent, nous projettent en avant à une vitesse telle qu’il est maintenant impossible d’en suivre, voire d’en prédire les développements. Seulement cet été, le dénombrement des articles de revues, de quotidiens, des informations sous les multiples plateformes qui en font mention, est fulgurant. Chaque jour, de nouvelles avancées nous sont présentées. Tous les scientifiques avertis, incluant le monde journalistique, font la démonstration que nous sommes maintenant dépassés par la déferlante numérique qui prend la figure d’une supernova (cf. : Thomas Friedman dans son essai intitulé « Thank you for being late ») dont la vitesse s’accélère constamment, faisant fi de la Loi de Moore en 1985 qui prévoyait le doublement des capacités des ordinateurs sur une base continue tous les ans.    

Cette révolution numérique engendre une toute nouvelle économie. Elle se répercute en profondeur sur tout le secteur de l’emploi et de la formation. Même si personne n’est capable de prévoir ce qu’il adviendra dans cinq ans, nous en connaissons la direction. Son accélération se fait de plus en plus rapide. Malheureusement, nous n’avons pas encore les mécanismes qui nous permettent de demeurer dans la course en ce qui a trait à la formation qui devrait se faire en amont. 

Nos gouvernements : les mains sur le volant… pour accompagner les entreprises
Nos gouvernements comprennent bien ce virage et ils y investissent massivement. À juste titre, d’ailleurs. Ils considèrent que les soutiens financiers aux entreprises innovantes sont une nécessité pour faire face à cette révolution numérique qui frappe tous les genres d’entreprises, voire même toutes les professions. Ce faisant, ils espèrent améliorer leur productivité et leur compétitivité. L’automatisation inclut le recours à des machines de commande numérique, des imprimantes 3D, des systèmes de vision, des capteurs qui nécessitent des investissements considérables. Depuis le début de l’année 2017, des milliards ont été annoncés par le premier ministre ou la ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation. Un exemple : Manufacturier : 1,5 G$ investis en robots au Québec : http://www.directioninformatique.com/?s=Manufacturier+%3A+1%2C5+G%24&x=15&y=8
 

La formation serait-elle laissée pour compte ?
Les efforts gouvernementaux actuels visent essentiellement les industries ainsi qu’en font foi la multiplication et la multiplicité des annonces dans une diversité de secteurs industriels. La cible visée est claire, amener les entreprises aux capacités du 4.0. Force est de remarquer la disproportion flagrante des investissements pour rendre nos formations alignées sur les technologies de pointe et sur la transformation des processus induits par ces nouveaux équipements qui exigent de nouvelles compétences. Nos gouvernants sont conscients que seules les entreprises engagées dans le virage numérique ont des chances de survie. Les technologies ont toujours été à la fois destructrices et créatrices d’emplois. D’une révolution à l’autre, les pressions se sont toujours exercées sur les compétences exigées pour exercer un emploi. Nos diplômés sont-ils préparés à travailler sur un site minier automatisé où tous les opérateurs sont à distance comme en Australie ? Les mécaniciens formés dans les cégeps peuvent-ils gérer et réparer des outils connectés dans l’entreprise agroalimentaire ? Les robots, les algorithmes et le traitement qui en est fait par l’intelligence artificielle peuvent-ils être supervisés et entretenus par nos diplômés dans l’entreprise manufacturière ? On parle de 50 milliards d’objets connectés d’ici dix ans. Quels sont les nouveaux métiers qui leur seront reliés et comment y préparons-nous maintenant la prochaine génération à occuper des emplois qui n’existent pas encore ?

À la conférence de Jorge Lopez, vice-président chez Gartner, au Colloque du Réseau collégial sur le numérique en juin 2017, en réponse à une question sur la formation des travailleurs dans les entreprises qui modernisaient leurs équipements et automatisaient leurs processus, le conférencier précisait que les entreprises ont des attentes élevées envers le monde de l’éducation pour dispenser une formation juste-à-temps, juste-pour-elles. Dans les cégeps du Québec, cela se traduit par une offre accrue de formation continue et son offre d’attestations d’études collégiales (AÉC). C’est très bien pour desservir les entreprises à court terme, mais offre-t-on les outils nécessaires aux cégeps pour assurer la pertinence dans le contexte de la formation initiale ? Il est d’autant plus important de prendre conscience de ces changements dans le monde industriel, qu’au rythme où se déploient les formations imposées par les industries et qui se déclinent en autant d’AÉC, la formation menant au diplôme d’études collégiales (DEC) risque de devenir rapidement la partie congrue de la formation technique. Aujourd’hui encore, il peut prendre de trois à huit ans avant de rendre officiel un nouveau programme en formation technique qu’on répondra aux besoins de la société québécoise. Dans le contexte de la révolution industrielle 4.0, y aurait-il lieu de revoir ces processus ?

Les retards actuels dans certaines formations techniques de base et les conséquences anticipées sur la qualification de la main-d’œuvre de demain deviennent un enjeu incontournable pour assurer la compétitivité de nos entreprises et la santé de notre économie ?

Repenser le modèle de formation tant en matière de responsabilités que des contenus de formation.
Le modèle actuel de formation technique demeure en silos et strictement disciplinaire. Pourquoi, encore en 2017, morcèle-t-on la formation technique en autant de profils qu’il y a de secteurs industriels ? Avec l’arrivée des robots dans les entreprises de tous les secteurs industriels, des algorithmes et de l’intelligence artificielle, des objets connectés et interconnectés dans la majorité des secteurs des services, la révolution industrielle 4.0 exige des compétences génériques, des troncs communs à plusieurs formations. Que font les techniciens à l’heure du virage 4.0 et de la multiplication des innovations de rupture ? Que ce soit du côté des équipements robotiques dans le secteur de la santé, dans le secteur minier ou en mécanique industrielle, les compétences de base dans la compréhension du fonctionnement, dans la manipulation et la maintenance de ces équipements ne se ressemblent-elles pas ?

À l’heure du passage à l’industrie 4.0, le processus et les contenus des programmes deviennent rapidement désuets si de nouveaux mécanismes d’actualisation ne sont pas mis de l’avant. Car à très court terme, toutes les formations techniques seront obsolètes. Il faudrait repenser toute la chaine de formation professionnelle/technique/universitaire non plus comme des plateaux et davantage comme une offre de formation continue accessible tout au long de la vie. Les responsabilités ministérielles en ce domaine ne devraient-elles pas être revues pour en décentraliser une large partie en offrant aux milieux les moyens pour développer leurs capacités et, à la clé, des primes à la collaboration ? Plus d’agilité, de créativité et d’innovation : ce que l’on célèbre tant pour l’industrie devrait avoir son équivalent en éducation.

La fenêtre d’opportunité se réduit inexorablement de six mois en six mois. Les cégeps pourraient devenir des acteurs de changements encore plus actifs qu’actuellement. Il y va même de la survie des cégeps en formation technique. Et c’est encore plus vrai en régions.

Un appel à la mobilisation des troupes
Il est de la responsabilité des dirigeants des établissements d’enseignement de regrouper leurs forces. L’avenir de notre société en dépend. C’est beaucoup plus vaste que celui de chaque collège pris individuellement. En travaillant de concert avec les entreprises et les organisations syndicales, les directions des cégeps pourraient se mobiliser. Les nouvelles compétences attendues identifiées dès maintenant. Divers chantiers pourraient être mis en place et regrouper les forces du milieu intéressées à relever ce défi. Les Centres collégiaux de transferts technologiques (CCTT) pourraient eux aussi collaborer à la définition des nouvelles compétences à introduire dans les programmes de formation ? La Fédération des cégeps jouerait son rôle de leadership en coordonnant les activités par la mise en place de comités de travail multidisciplinaires et en y associant les syndicats.
À ce chapitre, la redéfinition de la tâche des enseignants associée à cette réflexion nécessitera une grande ouverture tant du côté patronal que du côté syndical.
Un appel pressant à un réinvestissement massif dans les équipements et dans l’appui au virage pour la modernisation de la formation technique.

Nous sentons une volonté ferme des ministères concernés, Finances, Éducation et Enseignement supérieur de l’Économie, de la Science et de l’Innovation de travailler en collaboration pour donner un vrai coup de barre en formation technique et l’ensemble de ses composantes. Ce qui nous semble très positif pour donner un vrai coup de barre à la formation technique.

Les grandes entreprises pourraient également être invitées à accroître leur contribution sociale en investissant davantage dans les équipements de pointe accessibles aux établissements de formation.

Conclusion
À l’aube de vos 50 ans, qu’anticipez-vous pour 2020, pour 2030 ? Il devient de plus en plus nécessaire de travailler en complémentarité plutôt qu’en concurrence comme on le fait encore trop souvent. Resserrer les liens établis par les cégeps avec les universités en région, les centres de formation professionnelles et les entreprises devient impératif. La complémentarité semble essentielle pour le développement des régions. Il y va de votre devenir collectif.

Cette lettre ouverte est une invitation aux dirigeants des cégeps à se positionner comme visionnaires sur l’avenir du travail dans notre société.  L’avènement de l’entreprise 4.0, l’intelligente artificielle, l’utilisation des algorithmes et des données massives, la « superconnectivité » notamment par la mobilité, annoncent une rupture dans beaucoup de secteurs d’activités. Tous seront touchés à un degré ou l’autre.  Partager une vision commune et la mettre en pratique par des actions concrètes dans chaque établissement et dans le réseau rejoindraient ce que Joël de Rosnay appelle « l’intelligence collaborative » et augmenteraient la force de réflexion et de travail qui caractérise les cégeps, les encourageant ainsi à apporter leur contribution encore plus significative pour être le mieux possible préparés à affronter la révolution numérique 4.0 qui force les murs de nos habitudes.

La collaboration et la flexibilité, où syndicats (enseignants)/patrons/entreprises travaillent de concert, sont des incontournables pour instaurer un nouveau modèle québécois de conception et de mise en œuvre des programmes de formation technique.

N’attendez pas, le temps presse. Mettez en place dès maintenant, comme il en existe dans d’autres pays, et notamment en France, des groupes de travail multisectoriels dont le mandat serait le « Futur de l’Emploi ».


Ont lu et appuient cet article : Jean-Yves Roy, PDG sortant de l’INO, Robert Marquis, PDG l’INMQ, Denis Hardy, PDG du CRIQ





 
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