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Dossiers / Enjeux / L'avenir des cégeps

Une tournée stimulante : les cégeps face aux questions de l’heure



Une entrevue d’Alain Lallier avec M. Jean Beauchesne,
président- directeur général de la Fédération des cégeps
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Avril 2011 - Le nouveau président-directeur général de la Fédération des cégeps, entré en fonction en janvier 2011, a accepté de partager avec nous ses impressions du réseau collégial à l’occasion d’une grande tournée qu’il fait actuellement des 48 cégeps. Il nous parle du rôle que la Fédération entend jouer dans le dossier de l’adéquation formation et emploi. Il nous présente ensuite la position de la Fédération sur le dossier de l’application de la loi 101 au cégep et il termine cette entrevue en esquissant sa perception des enjeux pour les prochaines années.

« Le réseau des cégeps, c’est un monde très dynamique, un monde en ébullition; j’adore ce réseau »

 Après quelques mois dans ses nouvelles fonctions, Jean Beauchesne dit avoir observé à quel point les cégeps sont dynamiques et actifs. Le concept de réseau y est bien ancré, tout en étant façonné par 48 réalités différentes. « Après la visite de plus de 35 collèges, il n’y a pas un établissement où je n’ai pas appris quelque chose sous un angle différent. À titre d’exemple, il y a des collèges qui n’ont pas de CTTT (centre collégial de transfert de technologie) mais ils font quand même de la recherche, bien qu’ils soient moins favorisés dans l’accès à certains programmes de subvention compte tenu de leur statut. Pourtant, ils font de la recherche. Ce réseau est un milieu diversifié. Chaque collège, qu’il ait 8000 ou 700 étudiants, possède une couleur tout à fait personnelle.»

En même temps et compte tenu de cette diversité, l’enjeu de la cohésion et de la concertation est crucial : « Avec des établissements qui débordent dans certaines régions alors que d’autres perdent des jeunes en raison principalement de la baisse démographique, on a là un enjeu de cohésion comme réseau mais aussi de maintien d’une offre de qualité partout au Québec, et d’une répartition équitable des ressources. C’est un défi de toute première importance pour les prochaines années. Ce sont mes premiers constats. En même temps, le réseau des cégeps, c’est un monde très dynamique, un monde en ébullition; j’adore ce réseau. »

Le rôle de la Fédération dans le dossier de l’adéquation formation et emploi

À l’issue des consultations régionales sur l’adéquation formation-emploi qui viennent de se terminer, et dans la perspective du forum national prévu en juin, nous avons demandé à Jean Beauchesne le rôle que la Fédération entendait jouer et quelles positions elle allait avancer.

Au départ, les collèges sont présents dans les 17 régions du Québec. Les directions de collèges, les présidents de CA ou les directeurs des études ont donc assuré une représentation au niveau régional lors des consultations des dernières semaines. La Fédération a déjà indiqué aux ministres responsables de ces consultations, la ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport et la ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, à l’occasion d’une rencontre des partenaires du marché du travail, que les cégeps souhaitent être à l’écoute des besoins du marché de l’emploi. « C’est notre état d’esprit. Nous n’avons pas abordé les consultations régionales avec des idées toutes faites. Il faut être à l’écoute et c’est ce que nous continuerons de faire. »

Pour Jean Beauchesne, certains éléments visant à mieux arrimer la formation collégiale au marché de l’emploi dépendent des employeurs, d’autres des cégeps et d’autres encore du gouvernement. Il rappelle qu’il y aura 700 000 emplois à combler au cours des quatre prochaines années, dont 100 000 par des techniciens et des technologues formés au collégial. « Pour arriver à combler l’ensemble de ces besoins, il faut notamment rehausser la qualification des travailleurs déjà en emploi. »

« La part des employeurs, c’est de développer la culture de la formation. C’est la disponibilité que les employeurs vont offrir à leurs employés pour s’inscrire à une formation collégiale, pour se recycler ou se perfectionner. Les entreprises demandent aux cégeps d’avoir plus de souplesse pour mieux répondre à leurs besoins, et c’est ce que les cégeps souhaitent aussi. Mais la part de l’employeur, c’est de développer une culture de formation et de développement des compétences des employés. C’est aussi de collaborer toujours plus avec les cégeps, notamment en accueillant davantage d’étudiants en stage afin que l’alternance travail-études puisse s’intensifier. On s’attend à ce que les employeurs donnent un coup de barre en ce sens. »

« La part des collèges, c’est d’abord d’offrir des programmes bien adaptés aux réalités du marché du travail, à jour et accessibles. C’est aussi, par exemple, de développer davantage la reconnaissance des acquis et des compétences. Le travailleur qui est depuis longtemps sur le marché du travail a développé des compétences; il faut être capable, avec le soutien du ministère, de bien les reconnaître, de bien les cibler pour aller chercher cette personne en situation de travail. Ces efforts nous appartiennent. »

« La part des collèges, c’est aussi de développer davantage les services aux entreprises et la capacité de s’ajuster aux besoins régionaux. Nous avons déjà une grande compétence à cet égard, vers laquelle les entreprises doivent se tourner de plus en plus. À titre d’exemple, une entreprise comme Rio Tinto Alcan pourrait avoir besoin d’une formation collégiale sur mesure issue du DEC ou de l’AEC en maintenance industrielle, mais adaptée aux compétences très spécifiques qu’elle veut développer chez ses employés. Nous sommes en quelque sorte des consultants dans nos propres créneaux. »

« La part du gouvernement, c’est d’assurer toute la souplesse nécessaire dans le Régime des études collégiales et dans ses propres modes de gestion des programmes, de manière à donner aux collèges la flexibilité dans leur offre de formation que les entreprises elles-mêmes demandent. Par ailleurs, les règles de financement de la formation continue doivent être revues. Si le Pacte Plus n’est pas renouvelé, il y aura moins de places offertes par Emploi-Québec. Et si la priorité d’un bureau régional d’Emploi-Québec change pour toutes sortes de raisons, les cégeps auront de moins en moins d’achats de places de formation. Nous ne pouvons demeurer tributaires d’un mode de fonctionnement comme celui-là. On laisse des adultes sur le carreau, sur des listes d’attente, alors que de plus en plus d’emplois seront au rendez-vous dans les prochaines années. »

« Si nous conjuguons ces contributions de la part des employeurs, des cégeps et du gouvernement, nous pensons que nous avons les ingrédients pour faire évoluer encore mieux la formation, en adéquation avec les besoins de l’emploi. Ce sont les grands pôles sur lesquels les cégeps travaillent. Évidemment, nous allons nous adapter à ce qui sera dégagé des rencontres régionales dans la préparation du sommet des 13 et 14 juin prochain. Celui-ci devra permettre au réseau collégial public d’obtenir les leviers dont il a besoin pour répondre toujours mieux aux attentes du Québec. »

L’application de loi 101 dans les collèges

Jean Beauchesne nous explique le contexte de la mise à jour de la position traditionnelle de la Fédération sur cette question :

« Quand je suis entré en poste en janvier dernier, nous étions au cœur de ce débat. Mon prédécesseur a eu la sagesse de m’inviter à examiner de nouveau notre position traditionnelle sur ce sujet, qui datait des années 2000. Sur la base de diverses études publiées sur cette question, et en nous appuyant sur des groupes de discussion organisés dans certains cégeps, nous avons conduit une nouvelle réflexion. Nous avons également mandaté la firme de sondage CROP pour sonder les jeunes de 18 à 24 ans sur cette question. Rappelons que les résultats nous indiquent que la majorité des jeunes (62 %) s’opposent à la proposition d’étendre la loi 101 au collégial. »

« À la lumière de toutes ces informations, nous avons consulté notre réseau et finalement maintenu notre position traditionnelle. Nous sommes à un niveau d’enseignement supérieur postobligatoire. Un certain nombre de jeunes choisissent le cégep anglophone pour développer leur connaissance de la langue seconde. Ce libre choix pour nous est majeur et doit être maintenu, et c’est pourquoi nous avons lu avec satisfaction l’avis du Conseil supérieur de la langue française qui va dans le même sens. D’ailleurs, ce libre choix ne crée pas de saignée : la proportion d’étudiants francophones dans les cégeps anglophones est demeurée relativement stable au cours des dix dernières années. »

« Une analyse antérieure du Conseil supérieur de la langue française avait déjà démontré que la fréquentation du cégep n’a pas d’effet sur les transferts linguistiques et que c’est plutôt l’origine des allophones qui en est le principal déterminant. Si tu as vécu en Inde, ta culture d’origine de langue anglaise va davantage t’inciter à fréquenter un collège anglophone pour suivre tes études postsecondaires. De plus en plus au Québec, l’immigration vient de l’Afrique du Nord de culture francophone, ce qui peut expliquer en partie l’augmentation du nombre d’allophones qui s’inscrivent dans les collèges francophones. C’est donc l’appartenance culturelle qui est déterminante dans le choix du cégep pour les allophones. »

« Le Parti québécois est inquiet de l’anglicisation de Montréal — une situation qui appelle certainement la plus grande vigilance. Toutefois, ce n’est pas en appliquant la loi 101 au cégep qu’on va régler cette question. Nous sommes favorables, plutôt, au renforcement des mesures de soutien à la langue française. Tous les collèges, francophones et anglophones, ont une politique linguistique et tous les étudiants des collèges de langue anglaise doivent suivre au moins deux cours de français langue seconde. Il y a de plus en plus de projets conjoints de sessions d’immersion, comme celui développé par Vanier College et le Cégep de Saint-Laurent. »

« Nous encourageons ces expériences et nous pensons qu’il faut travailler, dans l’ensemble de la société et dans les entreprises, sur d’autres moyens de renforcer l’usage du français, notamment des mesures de francisation et d’intégration des immigrants à la culture francophone. »

Sur ce sujet, voir le communiqué de la Fédération du 5 avril et un second communiqué de la Fédération, émis le 15 avril 2011.

Les perspectives à plus long terme

Dans le cadre de sa tournée des 48 cégeps, Monsieur Beauchesne partage avec nous quelques-uns des enjeux qui se profilent dès à présent. Parmi ceux-ci, il retient la capacité du réseau de maintenir une offre de formation dans toutes les régions du Québec et pour tous les types de clientèle. « Les cégeps sont des pôles de développement importants dans leur milieu. Maintenant, comment s’assure-t-on, dans un contexte de fluctuations démographiques, de répondre à tous les besoins? Il faut se poser cette question. Et il faut aussi s’assurer d’une répartition équitable des ressources.»

« Par ailleurs, les clientèles en difficulté nous interpellent. Comment adapter encore davantage notre environnement éducatif à ces nouvelles populations étudiantes? Nous voulons encore mieux servir les étudiants ayant des troubles d’apprentissage, des troubles mentaux ou un déficit de l’attention, ce qui requiert notamment des ressources suffisantes. »

Pour Jean Beauchesne, le rehaussement des qualifications des personnes en milieu de travail est important. La formation des adultes, les services ad hoc aux entreprises, la capacité des collèges de s’adapter aux besoins des entreprises et de répondre rapidement à ces besoins, voilà des défis réels pour les cégeps. Pour lui, cet enjeu doit se conjuguer avec la poursuite des efforts pour rehausser le taux d’obtention du diplôme à l’enseignement collégial, et une diminution du décrochage scolaire au secondaire, ce qui devrait amener plus de jeunes au cégep.
Enfin, il faut développer encore la recherche au collégial. « Nous sommes très actifs dans la recherche appliquée. Mais nous devons aussi développer tous les volets de la recherche et, surtout, en faire beaucoup plus. C’est l’un des aspects de notre mission qui nous rattache à l’enseignement supérieur. Le potentiel de développement des collèges en recherche est ici encore très important ».

 





 
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