Dossiers / Enjeux / L'avenir des cégeps

Mme Nicole Lefebvre, vice-présidente de la FNEEQ, aborde les dossiers de l'heure



 

Une entrevue avec Mme Nicole Lefebvre, vice-présidente de la FNEEQ,

par M. Alain Lallier, éditeur en chef, Portail du réseau collégial.

 

 

Une année de négociation avec une mobilisation exemplaire

Même si elle considère qu’il est un peu tôt pour les bilans, Nicole Lefebvre peut déjà affirmer que la FNEEQ a connu une très belle mobilisation. Après plus de dix années sans avoir fait la grève, les mandats ont été obtenus facilement. Dans toutes ses formes,  la mobilisation a été exemplaire, le plan de mobilisation et d’action a été suivi avec un taux de participation très élevé. « Les gens étaient au rendez-vous de cette négociation. Les enseignantes et les enseignants étaient préoccupés par les enjeux, parce que les demandes de recul mises sur la table par la partie patronale étaient très importantes. Les préoccupations concernaient autant nos conditions de travail que la qualité des services offerts aux étudiantes et aux étudiants », précise-t-elle.

Une reconnaissance de l’appartenance à l’enseignement supérieur

Parmi les gains obtenus, le rangement 23 constitue une pièce maitresse de la négociation. « Pour nous, c’est une reconnaissance de l’appartenance à l’enseignement supérieur. Les arguments qui ont été soulevés par les 17 sous-facteurs sont reliés à la complexité propre à l’enseignement supérieur. La FNEEQ travaillait depuis plus d’une décennie à faire reconnaitre ce rangement. Le Conseil du trésor a de plus reconnu les diplômes de maitrise et de doctorat dans la structure salariale. »

Des ressources pour les étudiants en situation de handicap

Parmi les autres gains, l’octroi de ressources reliées à l’accompagnement  des étudiants en situation de handicap mérite d’être signalé. Cet effectif étudiant est en augmentation dans les cégeps. La FNEEQ a obtenu des ressources additionnelles pour soutenir sa réussite.

Une entente ratifiée avec une majorité confortable

L’ensemble des syndicats FNEEQ ont ratifié l’entente avec une « majorité confortable », la règle étant d’avoir une majorité des syndicats et une majorité des membres- votants. « Lors des assemblées générales,  le  taux de participation a été plus élevé que lors de la dernière négociation. Nous ne pouvons pour autant prendre un ton triomphaliste, parce que certains éléments nous laissent quand même sur notre appétit. Ainsi vont les négociations! Il faut préciser que nous partions avec un cahier de demandes important.  Au cours des 25 dernières années, nous avons connu une transformation de la tâche enseignante, tâche qui s’est aussi alourdie. »

Des gains pour les chargés de cours en formation continue

Nicole Lefebvre souligne également l’acquisition d’un gain supplémentaire du côté de la formation continue. « Nous avons obtenu que des ressources soient réservées à la formation continue  pour des contrats à temps partiel et à temps plein. Elles permettront d’améliorer les conditions de travail des chargés de cours à la formation continue. Pour la première fois en plus de 40 ans dans la convention collective, nous voyons apparaitre une clause qui prévoit que les parties locales peuvent convenir d’un rattachement des chargés de cours au département d’enseignement. Pour la FNEEQ, c’est important, car de nombreux  chargés de cours étaient très isolés. Nous pourrons maintenant compter sur des ressources pour travailler à leur  rattachement à des disciplines. Ce n’est pas évident pour un chargé de cours de participer à la vie départementale et de le faire gratuitement. »

Les effets des compressions majeures dans le réseau

Les compressions budgétaires des dernières années dans le réseau collégial sont majeures. Nous avons demandé à Nicole Lefebvre de nous dire comment les enseignants vivaient cette situation. Elle admet que ce sont d’abord et avant tout les professionnels et les techniciens qui voient leur poste aboli. Elle explique que s’il y a moins de techniciens dans un département, ce sont les professeurs qui doivent suppléer à leur absence « Ou bien, on décide que les choses ne se feront pas; ou bien, les profs vont suppléer.  S’il y a moins de documents dans les bibliothèques, si on ne peut plus inviter de conférenciers, ou s’il y a moins de services  il faut trouver des alternatives pour pallier. La somme de ces répercussions sur la tâche des enseignants devient lourde à la longue. D’autant plus que les enveloppes de perfectionnement collectif ont été coupées.  Il y a une limite à faire plus avec moins. »

Sur le Rapport Demers

Nicole Lefebvre rappelle que la FNEEQ avait des réserves sur plusieurs des recommandations du Rapport Demers. Par exemple, les recommandations touchant des compétences qui seraient décidées dans les collèges plutôt que par le ministère, la FNEEQ réaffirme qu’elle croit dans un diplôme national. « Nous pensons que le diplôme doit rester national, et qu’il y a de la marge de manœuvre locale pour adapter régionalement les compétences pour répondre à certains besoins. Nous tenons à ce que ce soit le même diplôme partout! Pensons seulement en matière de mobilité, qu’elle soit étudiante ou de la main-d’œuvre, nous croyons qu’il faut maintenir un diplôme d’État et que les compétences doivent être les mêmes partout au Québec. Si on veut attirer des étudiants en région, il faut qu’ils reçoivent une formation qui soit transférable. Sinon, nous venons de ce fait d’handicaper la mobilité étudiante et de la main-d’œuvre. »

Concernant l’adéquation formation-emploi, la FNEEQ questionne l’approche du ministère de redéployer des enveloppes de manière ciblée. « Nous devrons faire des projets pour aller chercher des sommes additionnelles. Nous nous retrouverons avec un mode de financement qui n’est pas basé sur les besoins des collèges pour remplir leur mission. Ces derniers seraient même amenés à sous-traiter une partie de la formation offerte dans les entreprises selon  le modèle dual allemand. Alors que la principale critique des entreprises par rapport à la formation technique, c’est que les diplômés ne sont pas complètement autonomes au bout d’une semaine dans l’entreprise. Imaginez un système, où nous enverrons dans les entreprises, des étudiants encore moins bien préparés parce le nombre d’heures de formation au collège aura été réduit, où l’enseignement devra se faire en entreprise. Est-ce que les entreprises sont prêtes à recevoir des étudiants qui sont moins bien préparés et à assurer les conditions pour compléter la formation jusqu’à l’obtention d’un diplôme national? Est-ce qu’elles sont prêtes à prendre le risque de confier à un étudiant, une machine d’un million de dollars  sans qu’il connaisse son fonctionnement.»

Le Forum social mondial et des États généraux

Cet été se tiendra à Montréal le Forum social mondial comportant un espace éducation d’importance auquel la FNEEQ participe activement. La Fédération exerce un leadership parmi les partenaires en éducation au Québec. La FNEEQ prépare aussi des États généraux en éducation prévus pour le printemps 2017. Ces états généraux couvrent l’ensemble du Québec. « À la suite du Sommet sur l’enseignement supérieur organisé par le Parti Québécois, nous étions restés sur notre faim. Nos membres ont souhaité que la FNEEQ des États généraux en interpelant l’ensemble des intervenants du milieu de l’éducation. Nous voulons profiter du fait que l’opinion publique est actuellement  fortement  favorable à ce que l’éducation soit réellement une priorité. Nous avons d’ailleurs pu le constater lors des débats entourant  le projet de loi 70 : beaucoup d’acteurs ont souligné l’importance d’investir dans l’éducation pour contrer la pauvreté et ce, dès la petite enfance. »

La question des cégeps en région demeure cruciale et au cœur des réflexions de la FNEEQ. «La mise en place de mesure structurante pour préserver les cégeps et leurs formations en région ne passe pas selon nous par la formation à distance. Nous croyons qu’il doit y avoir une offre en région de proximité et en présence. Les collèges en région vivent des difficultés financières importantes causées par des coupes de financements, mais également  par des baisses d’effectifs. Depuis 20 ans, nous constatons que les mesures structurantes sans coût n’existent pas vraiment - il doit nécessairement y avoir une volonté politique de financer à la hauteur de ce que ça coûte - La formation à distance n’est pas une panacée. Les études montrent que la persévérance scolaire en formation à distance est problématique. Pour nous, ce n’est pas une solution de rechange à une offre de formation en région. Il faut préserver la carte des programmes. Il faut surtout préserver  les collèges en région et leur expertise. »


Dossier réalisé par Alain Lallier, édimestre et éditeur en chef, Portail du réseau collégial.



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