Dossiers / Enjeux / La formation professionnelle et technique

Pour un meilleur arrimage entre la formation et l’emploi; 5 grands défis ; Position de la CSQ



Au cours des prochaines semaines, la ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport, Line Beauchamp, et la ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Julie Boulet, se rendront dans les régions du Québec pour discuter de formation professionnelle et technique.
Pour la CSQ, il est clair que les principaux artisans de la formation professionnelle et technique doivent être présents à ces rencontres. Et que ces dernières doivent viser à relever cinq grands défis pour améliorer l’adéquation entre la formation et l’emploi.

 1. Améliorer la formation de base

L’obtention d’un premier diplôme, que ce soit un diplôme d’études secondaires (DES) ou un diplôme d’études professionnelles (DEP), est un objectif à atteindre pour l’ensemble des personnes afin qu’elles puissent se trouver un emploi et s’y maintenir. En effet, plus la formation de base est élevée, plus la probabilité de se trouver un emploi est bonne, comme le démontre le taux de chômage selon la scolarité :
• 21 % pour les personnes ayant moins
de huit ans de scolarité ;
• 16 % pour celles qui avaient fait une
partie de leurs études secondaires ;
• 9 % pour les détenteurs d’un DES.
 

Cet objectif d’obtenir au moins un premier diplôme touche autant les jeunes que les adultes. Chez les jeunes, il faut donner aux écoles les moyens de lutter contre le décrochage scolaire. Chez les adultes, il faut accroître les budgets de l’éducation des adultes et de l’alphabétisation pour rejoindre les personnes sans diplôme.

Cela coûte cher ? Le décrochage coûte encore plus cher : environ 460 000 $ par décrocheur, salaire renoncé et coûts sociaux (santé, etc.) compris sur une période active de 45 ans. En considérant
que le Québec compte 640 000 personnes sans diplôme âgées de 20 à 64 ans, le coût atteint facilement 4 milliards de dollars par an, selon l’économiste Pierre Fortin.
 

2. Accroître l'accessibilité à la formation continue

La formation continue, ou l’apprentissage tout au long de la vie, permet aux adultes de maintenir
et de rehausser leur niveau de compétences afin de s’adapter aux transformations du marché du travail.
Le réseau de l’éducation a un rôle important à jouer pour atteindre cet objectif. Toutefois, le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport a abdiqué ses responsabilités auprès des adultes en emploi. Ce qui se traduit par une offre anémique en formation professionnelle à temps partiel et par une diminution alarmante de l’offre de formation continue au collégial.
À titre d’exemple, le nombre d’inscriptions en formation continue au collégial a diminué de 66 depuis 1991, passant de 80 738 inscriptions à 27 788. Cette diminution est due principalement au financement par enveloppes fermées de la formation continue, alors qu’à l’université, le financement se fait par enveloppes ouvertes. Ceci signifie que les cégeps doivent composer avec un budget fixe, alors que les universités sont financées au nombre d’inscriptions.
Une différence inéquitable !
 

Ainsi, il est anormal qu’un directeur général d’une grande entreprise puisse trouver facilement différentes offres de formation en gestion, alors qu’il est impossible pour un soudeur de compléter son diplôme d’études professionnelles à temps partiel. De la même façon, il est excessivement
difficile pour un travailleur d’entreprendre une formation technique au cégep s’il travaille à temps plein pour subvenir aux besoins de sa famille.
 

La CSQ demande, par conséquent, que le réseau de l’éducation joue pleinement son rôle et offre davantage de formations qui répondent non seulement aux besoins des entreprises, mais aussi et surtout aux adultes en emploi. Cet investissement est urgent, car le Québec occupe, depuis 2008, la dernière position par rapport aux autres provinces en matière de formation liée à l’emploi.
 

3. Revoir l'offre de formation sur l'ensemble du territoire

Après plusieurs années de tergiversations, force est de constater que le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport manque de leadership et de vision dans la gestion de l’offre de formation professionnelle et technique au Québec. La gestion chaotique des prêts de cartes de programmes de formation professionnelle, où les commissions scolaires s’échangent de façon temporaire l’autorisation d’offrir un programme, en est un exemple frappant.

Au collégial, la nécessité de recréer un véritable réseau fait consensus. L’atomisation du réseau et l’autonomie croissante des cégeps freinent la mobilité des étudiantes et des étudiants, limitent la collaboration entre les établissements
et entraînent une compétition malsaine entre ceux-ci. Dans ce contexte, pourquoi ne pas plutôt permettre le développement de créneaux particuliers pour certains cégeps, particulièrement ceux en
région qui subissent une baisse démographique? Il est impératif de revoir la carte des programmes techniques.
Dans le même ordre d’idée, la CSQ est favorable à l’instauration d’un panier régional de programmes qui instaurerait un climat de collaboration plutôt que de compétition entre les établissements d’une même région. Sur le plan national, les échanges et les parrainages entre les cégeps urbains et ceux en région devraient également être facilités et encouragés.
 

Bref, nous croyons que l’on doive retrouver une vision de réseau dans le déploiement de l’offre de formation professionnelle et technique sur l’ensemble du territoire québécois. Nous croyons également que cette coordination doit être orchestrée au palier national, par le MELS et les
acteurs concernés, dans une perspective d’occupation du territoire et de développement économique régional. Ce dernier doit reprendre son rôle de leader en formation professionnelle et technique.
 

4 Valoriser la formation professionnelle et technique
 

Comment attirer davantage de jeunes en formation professionnelle et technique ?
Voilà un défi majeur auquel le Québec est confronté ! À peine 19 % des jeunes de moins de 20 ans entreprennent des études en formation professionnelle. En formation technique, le nombre d’inscriptions ne cesse de diminuer depuis 10 ans, passant de 87 500 inscriptions en 2000-2001 à 77 000 en 2008-2009.
 

Cela a des conséquences majeures sur le marché du travail. Près de 50 % des ouvriers spécialisés ne détiennent pas de diplôme d’études professionnelles les préparant à l’exercice de leur métier.
En formation technique, les conséquences sont aussi très importantes, car Emploi-Québec prévoit
une progression plus rapide des emplois qualifiés au cours des prochaines années et la progression
la plus forte se fera du côté des emplois demandant une formation technique (plus de 10 %).
Lorsque le personnel de l’éducation demande aux jeunes pourquoi ils ne s’inscrivent pas en formation professionnelle ou technique, ils se rendent compte que les parents ne valorisent pas ce type de formation.
 

Comment changer cette perception négative ? Une solution possible serait de s’inspirer de ce qui
s’est fait en Finlande, où il existe un continuum de formation entre la formation professionnelle et
l’enseignement supérieur. Dans ce pays, deux élèves sur trois s’inscrivent en formation professionnelle, mais cette formation ne les mène pas uniquement vers le marché du travail. Un grand nombre d’entre eux poursuit des études universitaires. Ne pourrait-on pas, ici aussi, décloisonner la formation professionnelle et technique, et permettre aux jeunes qui s’y inscrivent de continuer leurs études, comme ceux qui s’inscrivent en formation générale ou en formation préuniversitaire ? Bien sûr, des passerelles ont été créées au cours des dernières années entre
le DEP et le DEC, et entre le DEC et le baccalauréat. Il faudrait poursuivre dans cette voie afin que la formation professionnelle et technique cesse d’être perçue comme une formation finale ne débouchant que sur le marché du travail en intégrant, par exemple, les AEC et les DEC ou
en favorisant une plus grande cohésion entre les DEP etles DEC. Il devrait aussi être possible de s’inscrire dans une alternance entre le travail et les études.
 

5. Fournir les conditions adéquates à la réussite
 

Un sérieux coup de barre doit être donné afin de permettre une meilleure réussite des étudiants en formation professionnelle et technique. Il va sans dire qu’un meilleur accès à des services complémentaires est une condition sine qua non d’une meilleure réussite en formation professionnelle. Par exemple, comment expliquer qu’un étudiant qui bénéficiait des services d’orthopédagogie n’y ait plus accès simplement en raison de son passage à la formation professionnelle ? Ces services devraient être disponibles au réseau scolaire, comme ils le sont à la formation technique dans les collèges. Nous croyons également que des améliorations notables
pourraient être apportées au système de prêts et bourses afin de permettre trois choses : une meilleure mobilité étudiante, plus de temps à consacrer aux études et donc une meilleure réussite, ainsi qu’une aide au retour aux études et au perfectionnement des adultes. Par ailleurs, les entreprises devraient reconnaître la diplomation et la valoriser. Pour les personnes en emploi, des efforts devraient aussi être faits par les entreprises pour faciliter la conciliation travail-études. Par exemple, elles pourraient permettre à leurs employés de suivre des cours sur leur temps de travail
ou leur offrir des augmentations de salaire s’ils réussissent leurs études.
 

Selon nous, offrir des conditions adéquates à la réussite passe nécessairement par de meilleures conditions de travail, notamment une diminution de la précarité, qui est particulièrement importante à la formation professionnelle et à la formation continue. D’autant plus que la stabilité du personnel a été déterminée par des chercheurs comme étant un facteur important de réussite. Finalement, afin
d’illustrer les améliorations possibles aux conditions de travail, notons l’ironie entourant le fait que certaines catégories de personnel travaillant au secteur de la formation continue n’ont pas accès à la formation continue !
 

Pour en savoir plus sur le déroulement de la
tournée et les prises de position de la CSQ,
visitez régulièrement le site
csq.qc.net
 



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