Dossiers / Enjeux / La formation professionnelle et technique

Entrevue avec Bernard Bérubé, président de la Fédération du personnel professionnel des collèges (FPPC-CSQ), affiliée à la Centrale des syndicats du Québec (CSQ).



Bernard Bérubé œuvre dans le réseau collégial depuis une vingtaine d’années. Il a commencé sa carrière à titre d’enseignant au cégep André-Laurendeau. Formé aux nouvelles technologies, il a vite donné dans le cadre du programme Performa plusieurs formations sur l’intégration de celles-ci dans l’enseignement et dans l’apprentissage. Il s’est de plus investi dans le développement d’Attestations AEC) et de Diplômes d’études collégiales (DEC), dans le domaine du multimédia pour plusieurs collèges, dont Saint-Jérôme et Édouard-Montpetit. À titre de conseiller pédagogique, il a travaillé les dossiers de l’évaluation de programme et de la formation continue tout en continuant comme formateur dans les programmes de Performa dans plus d’une trentaine de collèges, ce qui lui a donné une expérience diversifiée du réseau collégial. Il assume aujourd’hui la présidence de la Fédération du personnel professionnel des collèges depuis 6 ans.

Le Portail a rencontré Bernard Bérubé pour s’entretenir avec lui d’un dossier d’actualité : les rencontres régionales et la rencontre nationale (mi-juin) annoncées conjointement par la ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport, Line Beauchamp et la ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Julie Boulet, sur le thème de l’arrimage entre formation et emploi. La CSQ vient d’ailleurs de rendre publique une plate-forme qu’elle entend défendre lors de ces rencontres. La Fédération du personnel professionnel des collèges a joué un rôle très actif dans l’élaboration de cette position.
 
Un glissement dans les responsabilités entre Éducation et Emploi
D’entrée de jeu, M.Bérubé tient à préciser que sur le thème de la formation et de l’éducation , il « voit un glissement depuis quelques années. On dirait que jusqu’à un certain point, le ministère de l’Éducation se déresponsabilise et que le ministère de l’Emploi prend de plus en plus de place par rapport au réseau collégial et à tous les enjeux en formation technique et en formation continue. Je suis tout à fait en accord pour qu’il y ait une adéquation entre les programmes et le marché de l’emploi. C’est inévitable. C’est un impératif ». Mais on remarque depuis un certain temps un glissement de l’Éducation vers l’Emploi. Cette tendance est inquiétante. Il faut bien voir que dans d’autres provinces du Canada le ministère de l’Éducation et celui de l’Emploi relèvent d’une même autorité. Au début, on parlait d’éducation-emploi, maintenant on utilise l’expression formation -emploi. Il y a là plus qu’une nuance sémantique. Ces glissements sont signifiants. Il me semble que quand il est question de « formation », le leadership devrait être assumé par le ministère de l’Éducation. Ça ne veut pas dire qu’il ne doit pas y avoir un partenariat entre les deux ministères, mais il me semble qu’il devrait y avoir une préoccupation particulière et prépondérante du ministère de l’Éducation ».

Pour une réelle vision réseau
La plate-forme de la CSQ et de la FPPC sur l’arrimage entre la formation et l’emploi s’articule autour de cinq grands axes. Pour Bernard Bérubé, la notion de réseau est un élément très important dans leur position. Sans remettre en question l’autonomie des collèges, on doit retrouver une véritable vision réseau. «Dans la recherche des pistes d’avenir, il faut étendre cette notion de réseau. Prenons l’exemple de la mobilité étudiante d’un programme à l’autre, d’un collège à l’autre; tout le problème des petites cohortes en péril dans les cégeps en région : autant de dynamiques qui trouveront des solutions dans une approche réseau. Une vision réseau, ça veut dire remettre en question la carte des programmes telle qu’elle est actuellement. Pour l’avenir des collèges, il faut permettre à des régions de développer des expertises qui ne sont pas offertes ailleurs, qui sont des créneaux uniques qui vont amener ou garder les jeunes en région et permettre à ces collèges d’avoir une masse critique d’étudiants qui assure la viabilité du programme.»

Bernard Bérubé estime qu’il en va de la survie des régions. Un cégep, c’est un outil de développement important pour une région. «Il faut avoir un panier régional de programmes qui ait de la cohérence entre les ordres d’enseignement. Il doit y avoir de la continuité entre les formations. Il doit y avoir continuum de formation à partir du secondaire , du DEP au BACC en passant par le DEC. Il doit y avoir un continuum possible entre le monde de l’éducation et celui du travail qui permette des allers et retours avec une bonne reconnaissance des acquis de formation».

Selon lui, il faut changer le sens du diplôme. «Le diplôme n’est pas une fin en soi. Un diplôme s’inscrit dans un processus, dans un cheminement de formation et d’éducation où il n’y a pas seulement des études, mais aussi des périodes de travail. Études et travail doivent être intégrés dans un processus. D’où l’importance d’inscrire le tout dans une perspective de formation continue, tout au long de la vie».
 
Valoriser la formation professionnelle et technique
Pour la CSQ, il faut valoriser la formation professionnelle et technique. À peine 19 % des jeunes de mois de 20 ans entreprennent des études en formation professionnelle. En formation technique, le nombre d’inscriptions a diminué depuis 10 ans. Près de 50 % des ouvriers spécialisés ne détiennent pas de diplôme d’études professionnelles les préparant à l’exercice de leur métier. Selon Bernard Bérubé, c’est un problème d’image. Les parents ne valorisent pas ce type de formation. L’image véhiculée de la formation technique n’est pas bonne. Tout le volet technologique des cégeps est mal connu et n’est pas suffisamment valorisé auprès des jeunes. La CSQ propose de s’inspirer du modèle finlandais où deux élèves sur trois s’inscrivent en formation professionnelle, mais cette formation ne les mène pas uniquement vers le marché du travail. Un grand nombre d’entre eux poursuivent des études supérieures.

La formation continue
«La formation continue dans les collèges souffre d’un problème de financement. L’enveloppe fermée pour le collégial, c’est invraisemblable ! C’est le seul réseau qui doit fonctionner avec ce type d’enveloppe budgétaire et c’est incompréhensible. De plus, il faut qu’un étudiant s’inscrive à temps plein pour avoir accès à la formation continue. Pourquoi ne peut-on pas s’inscrire à un cours, deux cours et éventuellement à un programme ? Une étude ontarienne montre que la majeure partie des étudiants en formation continue s’inscrivent d’abord à un cours ou deux et ensuite ils s’inscrivent à un programme. Pourquoi n'est-ce pas possible ici? Actuellement, pour retourner aux études dans un collège, il faut que tu sois sur le chômage via Emploi-Québec. Pour les gens qui sont à l’emploi, l’accès à la formation et au perfectionnement n’est pas facilité. L’offre de formation continue dans les collèges est devenue tributaire d’Emploi-Québec. Le ministère de l’Éducation doit assumer un leadership plus grand . Pourtant, les entreprises sont très satisfaites des formations offertes dans les collèges. Ce n’est pas un problème de qualité; c’est un problème de financement. On ne permet pas aux travailleurs de venir étudier dans les cégeps».
 
Peut-on tirer enseignement de l’expérimentation de « Cégeps en réseau » ?
Bernard Bérubé ayant été associé au projet «Cégep en réseau», nous lui avons demandé si nous pouvions en tirer quelques enseignements. Selon lui, il faut considérer ce projet mené par le CÉFRIO pour ce qu’il a été à savoir non pas un programme de formation à distance, mais bien une approche pédagogique collaborative entre collèges en utilisant les nouvelles technologies. Une des conclusions à en tirer : nous ne fonctionnons pas suffisamment en réseau. Il y a trop d’asymétrie dans l’offre du même programme d’un collège à l’autre. Ce qui rend les collaborations difficiles. Le projet a par ailleurs illustré que les collaborations sont possibles et peuvent être fort profitables tant pour les étudiants que les enseignants. Il y a suffisamment de résultats qui pourraient être réinvestis.
 
Bernard Bérubé et sa Fédération, en collaboration avec la CSQ entendent être présents dans les rencontres régionales et nationales, pour inviter les partenaires à relever les grands défis pour une amélioration de l’adéquation entre la formation et l’emploi.

Entrevue réalisée par Alain Lallier, éditeur en chef
Portail du Réseau collégial
17 mars 2011.





 
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