Dossiers / Enjeux / La formation professionnelle et technique

Accessibilité à la formation technique




« Comment se fait-il qu'il soit plus facile d'être admis à un certificat universitaire qu'à une attestation d'études collégiales? »


Dans la foulée de la présentation du budget 2010-2011 du gouvernement Charest, la ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport du temps, Mme Michèle Courchesne, invitait les réseaux de l'éducation à débattre, à l'automne, de la hausse des frais de scolarité et de la performance des universités, ainsi que de démocratie scolaire, des besoins futurs en main-d'œuvre et de formation professionnelle et technique.

L'actuelle ministre, Mme Line Beauchamp, a maintenu cette invitation et elle vient d'annoncer les sujets de ces rencontres ainsi que les moments où elles seront tenues :

• La première rencontre se tiendra le 25 octobre prochain et elle portera sur l'intégration des élèves handicapés ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage;
• La deuxième se tiendra d'ici la fin de l'automne et elle portera sur la performance et le financement de nos universités;
• D’autres rencontres, en vue d’offrir une main-d'œuvre qualifiée et mieux adaptée aux réalités du marché du travail, seront organisées d'abord dans les régions pour discuter des formations professionnelles et techniques. Puis, celles-ci culmineront lors d‘un grand rendez-vous à Québec au printemps 2011.

Cependant, le présent papier n'aborde pas l'ensemble de ces sujets, il traite uniquement de la formation technique sous l’angle d’une plus grande ouverture de l’offre de formation destinée à satisfaire autant les besoins des individus que ceux des entreprises et de la société en général.


Pour une formation technique répondant aux besoins des personnes.

Règle générale, quand il a été question de l’offre de formation professionnelle et technique, le sujet a presque toujours été abordé en vue de former une main-d'œuvre qualifiée et mieux préparée aux réalités du marché du travail. D’ailleurs, la présente invitation de la Ministre va encore dans ce sens, laissant de côté les besoins des personnes et certains autres que la société se doit de satisfaire, notamment ceux de notre système de santé.

En effet, pour plusieurs professions du secteur de la santé, comme celles de techniciens en radiodiagnostic, en radiothérapie, en médecine nucléaire, etc., le temps alloué à la formation dans le cadre du diplôme d'études collégiales (DEC) est insuffisant. Ailleurs au Canada, notamment en Ontario et en Alberta, les formations donnant accès à ces professions sont dispensées par des établissements scolaires équivalents à celui des cégeps. Cependant, dans ces provinces, la formation est plus longue et elle donne droit à un premier grade universitaire.

Au Québec, le Règlement sur le régime des études collégiales permet l'ajout d'un complément de formation au-delà du DEC. Mais cette formation n'est sanctionnée que par une attestation d'études collégiales (AEC), comme dans le cas de toutes les formations courtes de niveau collégial.

Afin d'être compétitif avec les autres provinces et de maintenir la réciprocité du droit de pratique entre les provinces canadiennes, le Québec doit lui aussi permettre aux établissements de l'ordre collégial de dispenser des formations qui donnent droit à un premier grade universitaire.

Par ailleurs, les universités québécoises offrent des formations courtes de premier niveau qui donnent droit à un certificat. Au total, on trouve dans nos universités plus de trois mille programmes d’études menant à un certificat, dont certains ont pour finalité la satisfaction immédiate des besoins du marché du travail, mais qui pour plusieurs visent à satisfaire des besoins personnels de formation.

Ainsi, à l’image des universités, l’offre de formation technique des cégeps devrait, elle aussi, comprendre, en plus des programmes permettant de former une main-d'œuvre qualifiée et adaptée au marché du travail, des programmes dont l’objectif n’est pas de mener dans l’immédiat au marché du travail, mais de permettre aux individus de développer leurs talents et d’acquérir des techniques qui leur permettront de les mettre en valeur. En ayant d’autres visées que l’emploi dès la sortie du cégep, qui sait, peut-être aurons-nous plus de chance de voir naître d’autres entreprises comme le Cirque du Soleil et d’autres spectacles comme ceux de Robert Lepage, qui marient l’art et la technologie.

Comme le disait le Frère Untel, « il faut... dénoncer l’obsession selon laquelle le système scolaire doit assurer un emploi à tous les élèves dans le quart d’heure qui suit la fin de leurs études. »

Pour une plus grande accessibilité à la formation technique

En plus d’élargir la gamme des programmes en donnant accès à des formations moins axées sur la réalité du marché du travail, il faut aussi permettre une plus grande accessibilité à la formation technique; notamment celles donnant accès à une AEC.

L’actuel Règlement sur le régime des études collégiales, qui découle de la Loi des collèges d’enseignement général et professionnel stipule, à l’article 4, que pour être admissible à un programme donnant droit à une AEC, la personne doit posséder la formation suffisante et, entre autres, avoir interrompu ses études pendant deux sessions continues ou une année scolaire.

Étant donné cette règle, un élève du secondaire ne peut être admis au Cégep dans un programme mentant à une AEC sans avoir abandonné ses études. Cependant, cette exigence ne vaut pas pour être admis dans un programme professionnel de niveau secondaire offert à l'éducation des adultes, ni pour être admis à un certificat universitaire. Dans les deux cas, il suffit d'avoir atteint l'âge réglementaire : soit 21 ans pour les universités et pour le secondaire, avoir dépassé l'âge obligatoire de fréquentation.

De toute évidence, notre système d’éducation manque de cohérence. Ainsi, il devrait être réclamé des universités qu’elles exigent, tout comme pour l’enseignement collégial, que la personne ait une formation jugée suffisante pour être admise dans un programme universitaire menant au certificat. Par ailleurs, à l'instar des universités, pour ce qui a trait à l’admission à un certificat, les collèges devraient pouvoir admettre un étudiant dans un programme menant à une AEC sans que celui-ci ait à quitter les études pendant une année scolaire. De plus, afin de permettre une plus grande accessibilité à une formation technique, les collèges devraient, comme les universités, pouvoir admettre à l’enseignement régulier un étudiant dans un programme menant à une AEC.

Cette nouvelle pratique serait certainement une avenue pour plusieurs garçons qui présentement abandonnent leurs études après le secondaire V et constituerait aussi un facteur d’encouragement à terminer minimalement des études de niveau secondaire, diminuant ainsi le taux de décrochage.

Pour inciter ceux qui auraient choisi d’entreprendre des études collégiales techniques via une formation courte menant à une AEC, à poursuivre des études plus longues, le diplôme d’études collégiales (DEC) devrait être accessible par cumul d’AEC, comme c’est le cas pour l’obtention du baccalauréat universitaire par cumul de certificats.

Puisqu’il est reconnu que l’enseignement collégial fait partie intégrante de l’enseignement supérieur, l’offre de formation technique devrait être structurée de manière semblable à l’offre de formation universitaire. Ainsi, les collèges pourraient offrir des programmes ayant d’autres fins que celles visant une plus grande employabilité et permettre une plus large accessibilité à la formation technique en donnant accès aux programmes menant à une AEC sans obligation d’abandonner l’école.

 

 


Roch Tremblay
Ex-directeur général du Collège Ahuntsic
De 1996 à 2008

18 ocotobre 2010





 
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