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Pour que la formation continue



Une entrevue avec Brigitte Bourdages, présidente de la Commission des affaires de la formation continue de la Fédération des cégeps.

L’automne 2010 sera dans les collèges celui de la formation continue. En effet, plusieurs évènements sont à l’ordre du jour : le lancement du site monretoutaucegep.com; la tenue du Congrès de la Fédération des cégeps sur le thème « Demain, la formation continue" et la rencontre des partenaires de l’éducation annoncée par le gouvernement dans son dernier budget. Brigitte Bourdages a accepté d’en parler avec nous.

Une campagne de notoriété  avec pour principale préoccupation l’accessibilité pour les adultes.

Le Portail : La Commission de la formation continue a lancé au début septembre le site « monretouraucegep.com ». Pourriez-vous nous parler de ce projet ?
Brigitte Bourdages : C’est une initiative des 48 collèges publics du Québec qui sont réunis au sein de la Fédération des cégeps par le biais de la Commission des affaires de la formation continue (CAFC). Ils ont souhaité promouvoir davantage tout ce qui se s’offrait et se développait en formation continue et par le biais des services aux entreprises des cégeps. On connait les besoins actuels et à venir en termes de formation, de qualification de la main-d’œuvre. Il nous semblait important de faire connaître tout ce qui se fait en matière de perfectionnement, de recyclage, la diversité des attestations d’études collégiales (AEC), les formations à temps partiel pour les personnes en emploi et pour les entreprises mais aussi pour les personnes immigrantes, les services de reconnaissance des acquis et des compétences. Donner des informations à jour, regroupées sur un même site web aux adultes qui souhaitent faire un retour aux études, pour se perfectionner, pour se recycler ou simplement se maintenir en emploi nous semblait essentiel. Il nous paraissait important aussi de démontrer la diversité de l’offre de formation, l’ampleur et la qualité des services qui sont offerts par les services de formation continue des collèges. Donc, nous avons opté pour une campagne de notoriété, mais avec pour principale préoccupation, l’accessibilité pour les adultes.
Le Portail : En plus du site, vous avez aussi une campagne qui a été amorcée fin août à la télévision et sur le Web.
Brigitte Bourdages : Nous avons des capsules à TVA et à RDI partout au Québec. Cette campagne a aussi un volet anglophone. Il y a des capsules Web autant en français qu’en anglais. Il y a aussi des publicités dans les médias écrits et de l’information qui est produite partout à la grandeur du Québec, dans toutes les régions où on retrouve un collège.
Le Portail : Une campagne de cette ampleur-là, est-ce une première à la télévision?
Brigitte Bourdages : C’est une première pour les cégeps. C’est extrêmement important pour nous d’avoir l’éventail de tout ce qui peut se faire en termes de visibilité. Étant donné la disparité et la variété entre les collèges, c’est extraordinaire d’arriver à faire front commun ensemble pour la cause des adultes, pour la formation de ceux-ci, pour un meilleur retour au collège. C’est une clientèle excessivement recherchée sur le marché du travail, compte tenu notamment des pénuries de main-d’œuvre au niveau technique. Il y a seulement 23,000 adultes inscrits dans les programmes crédités de la formation continue dans les cégeps, c’est déjà beaucoup mais, dans les collèges ontariens, par exemple, on en compte 290,000. Pour nous, il y a encore beaucoup de place pour rejoindre ces gens-là et leur offrir nos services. Pour nous, c’est un beau moment de faire valoir l’importance que les 48 collèges accordent à ces adultes et à leurs besoins.
Le Portail : Aller sur les ondes de la télévision, ça commande sans doute des ressources importantes, l’essentiel du financement est-il assumé par les collèges eux-mêmes?
Brigitte Bourdages : Le financement est assumé par les collèges. Pour nous, c’est une grande fierté que les 48 collèges travaillent la main dans la main et s’offrent une campagne de très grande qualité. Les annonces sont magnifiques; elles touchent la fibre des adultes. Le titre est convivial. Le moteur de recherche est facile. On peut trouver par domaine, par région, par secteur, par collège, par mot clé. Pour une plus grande mobilité des adultes, c’est très facile d’utiliser le site web.
 

La vison du Congrès, c'est vraiment de se projeter vers l'avenir

Le Portail : À l’automne, la Fédération des cégeps a décidé de tenir son 8e congrès sur le thème : « Demain, la formation continue ». Est-ce que vous avez été associée à la préparation de ce congrès?
Brigitte Bourdages : La CAFC et quelques-uns de ses membres y sont associés directement. Ils font partie du comité d’orientation. La vision du congrès, c’est vraiment de se projeter vers l’avenir. En 2006-2007, une recherche-action a été menée par Monsieur Bélanger, directeur du Centre de documentation sur l’éducation des adultes et la condition féminine à l’UQAM. Elle a permis de faire un état des lieux de la formation continue collégiale et de proposer des scénarios ayant pour objectif de développer davantage les services de formation continue dans les collèges et de mieux répondre aux attentes de la société québécoise en matière de formation. On est prêt à se projeter vers l’avenir. La campagne publicitaire est un premier pas. Une projection vers l’avenir, c’est la vision qu’on souhaitait donner au congrès. Qu’est-ce qui se fait ailleurs, quelles sont aujourd’hui, compte tenu du contexte national, international, les meilleures pratiques; comment mieux répondre aux besoins des adultes, des entreprises, comment être précurseur en matière de formation, être un chef de file au niveau de la reconnaissance des acquis et des compétences et aussi au niveau des services aux entreprises. Tout est interrelié. Pousser plus loin la réflexion sur les services qui sont offerts aux adultes. Il faut mobiliser les collèges et les partenaires socioéconomiques, qui doivent être associés à toute cette démarche. Nous travaillons régulièrement en partenariat avec le ministère de l’Éducation, avec Emploi-Québec, avec des comités sectoriels de main-d’œuvre, des ordres professionnels. C’est la même chose pour le congrès, c’est très important que les partenaires du marché du travail y soient associés.

Le Québec marque un retard au niveau de la participation des adultes à des activités de formation

Le Portail : Un peu dans le même esprit, lors du dernier budget du gouvernement québécois, on a annoncé une rencontre des partenaires de l’éducation pour cet automne. Vous vous préparez pour cet évènement et vous entendez faire la promotion d’un certain nombre d’idées.
Brigitte Bourdages : Pour nous cette rencontre est importante, parce que notre financement au niveau de la formation des adultes et des services aux entreprises est un financement restreint, limitatif. Il y a notamment la problématique des enveloppes budgétaires fermées. Nos marges de manœuvre, au plan financier, réglementaire, sont insuffisantes. La résultante : l’accessibilité à nos services est trop limitée. Si on compare la participation de la main-d’œuvre au niveau de la formation, pour nous au Québec, il y a 28,2% des personnes de 25 à 64 ans qui participent à des activités de formation. Alors que la moyenne canadienne est de 36%. Le Québec marque un retard à ce niveau-là. Pour nous, c’est important qu’il y ait plus d’adultes qui participent à ces formations. Selon Emploi-Québec, 67% des 271,000 emplois qui vont être créés d’ici 2018 vont demander des études postsecondaires. Les entreprises ont besoins de main-d’œuvre qualifiée au niveau technique, la formation continue collégiale a donc un rôle essentiel à jouer au regard de cette situation. Toutefois, à cause des règles de financement actuelles, il y a des blocages. Il y a plusieurs initiatives mises en place par le gouvernement dont le Pacte pour l’emploi, qui se termine en 2011. Ce Pacte a permis à plusieurs adultes d’être mis en situation de perfectionnement, de recyclage et de formation. Ce qui leur a permis de se réinsérer au milieu du travail ou de maintenir leur emploi. Cette rencontre de l’automne sera l’occasion de demander une prolongation des mesures de soutien à la formation ou d’en proposer de nouvelles. De plus, plusieurs partenaires socioéconomiques s’accordent sur la nécessité de permettre à la formation continue collégiale de disposer des moyens requis pour mieux servir les individus et les entreprises, notamment en ce qui concerne la formation à temps partiel. On le sait, les besoins sont énormes au niveau technique, Il est donc urgent de faire lever les obstacles au niveau du financement de la formation continue collégiale pour être en mesure de contribuer pleinement aux défis actuels en matière de formation. Pour nous, il y a là un enjeu majeur.
 

Entrevue réalisée par Alain Lallier, le 2 septembre 2010
 



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