Dossiers / Enjeux

Moments forts du 8e congrès de la Fédération des cégeps



La Fédération des cégeps tenait les 20 et 21 octobre, à Montréal, son 8e congrès sous le thème «Demain, la formation continue». L’événement rassemblait plus de 325 représentants des conseils d'administration et des directions générales, des cadres et des membres de toutes les catégories de personnel des collèges, des étudiants. Le congrès accueillait également des partenaires socioéconomiques des cégeps ainsi que des représentants de collèges d'autres pays. La réflexion et les débats menés dans le cadre du congrès entre les participants issus du milieu collégial et ceux du marché du travail visaient à définir des manières d'arrimer davantage la formation continue aux besoins actuels et futurs du marché du travail. Les éditeurs du Portail du réseau collégial qui ont couvert l’évènement ont retenu deux activités collectives qui ont été des moments forts du congrès: la conférence d’ouverture de Marie-Josée Guilbault du Cirque du Soleil et la table ronde. Ce compte rendu ne reflète pas la diversité et la richesse des ateliers tenus durant le colloque sur les besoins émergents et les pratiques novatrices au Québec et à l’étranger.

Comment aborder les défis que le Québec est appelé à relever au cours des prochaines années pour assurer sa vitalité économique ? Selon Emploi-Québec, 67 % des 271 000 nouveaux emplois qui seront créés d'ici 2018 nécessiteront une formation postsecondaire, tandis que le fléchissement de la courbe démographique devrait entraîner une diminution de la population étudiante des cégeps de l'ordre de 29 000 jeunes entre 2010 et 2019. En outre, le taux de participation des 25-64 ans à des activités de formation liées à l'emploi plafonne à 28 % au Québec, alors que la moyenne canadienne se chiffre à 36 % selon Statistique Canada. Cette problématique fut prise en charge dans le cadre de chacune des activités conduites durant les deux jours de rencontre.

Madame Marie-Josée Guilbault, vice-présidente, Personne et Organisation au Cirque du Soleil a ouvert le congrès en invitant les collèges à « Repousser les limites du possible »

Le Cirque du Soleil créé par monsieur Guy Laliberté en 1984 représente un succès entrepreneurial incontesté. C’est par le biais de parallèles entre la mission d’entreprise du Cirque du Soleil et les visées de la formation continue que madame Guilbault a tissé la trame de son exposé.

Selon elle, la formation continue constitue une responsabilité socio-économique de première importance dans le marché de l’emploi québécois. Sa mission relative à l’employabilité et au développement personnel et culturel est cruciale compte tenu des besoins de formation postsecondaire à combler d’ici 2018. Répondre adéquatement à la demande exigera tout comme ce fut le cas pour le Cirque du Soleil de l’audace, de l’imagination et du dépassement. Pour réussir, il faudra donc oser, briser les conventions et influencer ce qui ne peut être contrôlé. La clé du succès exigera sans contredit une dose importante de passion.

Afin d’influencer et même bousculer la machine administrative et bureaucratique en place, il faudra générer des projets porteurs d’avenir. Ces derniers devront être menés par des leaders convaincus, capables de faire des alliances avec le monde des affaires et de l’emploi. Il faudra impliquer des leaders d’affaires d’influence passionnés, ouverts et attentifs, capables de générer des alliances stratégiques entre les ordres scolaires, le monde du travail, et ce, dans une perspective de développement international. Il faudra essentiellement :

Créer des alliances entre le savoir pédagogique et le savoir professionnel afin de dynamiser les cours, enrichir les contenus, et augmenter l’accès à des installations intéressantes et spécialisées

Le choix des enseignants sera déterminant. Ces derniers doivent dégager de l’énergie, être source d’inspiration et favoriser le dépassement. Ils doivent être une source d’inspiration et encourager au dépassement.

Le contenu global des formations devra répondre aux exigences du marché : un diplômé doit avoir toutes les connaissances de base; ce qui veut dire entre autres communiquer correctement en français. Actuellement, c’est un problème majeur. Il faut être exigeant quand les étudiants écrivent. Ils doivent de plus maîtriser l’anglais. On est appelé à travailler partout dans le monde. Il faut habiliter les étudiants à comprendre les exigences du milieu. Il faut être au fait des habiletés globales exigées telle, la gestion de projets.

« Exigez l’excellence. Un cours doit être à l’image du monde du travail. Il faut exiger le respect des échéanciers, refuser les travaux mal faits. »

« À tire d’entrepreneurs sociaux, vous avez un rôle stratégique et des opportunités uniques, puisque le contexte économique vous est très favorable. Soyez donc créatifs : le milieu du travail a des besoins qui évoluent très rapidement. Il faut identifier avec perspicacité ses besoins et agir rapidement. Les gens veulent élargir leur employabilité ; élargissez vos contenus. Le phénomène des nouvelles générations est prégnant, leur façon d’apprendre et de travailler doit vous influencer. Osez ! Ciblez les opportunités. Pour y arriver, faites preuve d’audace et d’imagination. Encouragez l’innovation et le dépassement. Rêvez, explorez les solutions les plus inattendues et bousculez les conventions ».

Selon Marie-Josée Guilbeault, positionner la formation continue d’ici 2018 suppose qu’il faudra répéter, revenir à la charge et insister. Il faudra être proactif en se rappelant qu’il faut « repousser les limites du possible » et  que selon Guy Laliberté «l’impossible est toujours plus loin qu’il n’y paraît».

Table ronde

L’animateur, Michel Venne, fondateur et directeur général de l’Institut du Nouveau Monde (INM) a « mis la table » en rappelant que la question de la main-d’œuvre est devenue importante au Québec compte tenu des changements démographiques et de l’économie qui prévalent actuellement. Il y a un consensus chez les acteurs sociaux à l’effet que la formation permettra de répondre à la pénurie de main-d’œuvre appréhendée et aux problèmes de productivité des entreprises. La formation de base certes, mais également par le biais du perfectionnement et du recyclage chez les personnes touchées dans les secteurs économiques en déclin ou en restructuration.

Dans ce contexte, les collèges ont un rôle primordial à jouer. En 2007, Paul Bélanger a démontré que le réseau collégial de formation continue était mal connu à la fois des individus et des entreprises qui pourraient en profiter. Aujourd’hui, on est dans un contexte où le potentiel de croissance est pour le moins important. Pourtant, de 1997 à 2002, on a connu une croissance de la participation des adultes à la formation continue passant de 1 adulte sur 5 à 1 adulte sur 3. Depuis 2002, il y a stagnation. Le niveau de formation demeure inférieur à la moyenne des autres provinces. En 2007, 23,000 personnes étaient inscrites en formation continue , alors qu’en Ontario, on en comptait 290,000. Comment arriver à changer cette situation ? La question posée aux panélistes : quels sont les enjeux et les défis de la formation continue au Québec?

Pour Francis Baillet, vice-président, ressources humaines chez Ubisoft , l’enjeu de former une relève est crucial pour le développement de l’entreprise. En 2005, en collaboration avec un consortium de cégeps, Ubisoft a mis en place le campus Ubisoft qui a permis de former une relève chez les jeunes, mais également auprès d’adultes qui avaient déjà une formation apparentée. À l’époque il y avait peu de formation dans le domaine des jeux vidéo. Aujourd’hui, plus de 20 programmes élaborés dans plusieurs cégeps et universités permettent de former la main-d’œuvre d’une industrie en plein développement. Selon monsieur Baillet, le défi actuel consiste à former des «seniors ». Il faut investir auprès des techniciens qui ont deux ou trois ans d’expérience et les amener rapidement à des niveaux d’expertise plus élevés.

Le succès du Campus Ubisoft a été d’amener les gens qui travaillaient dans l’industrie à transférer leur expertise technique dans les programmes de formation. C’est le partenariat de l’expertise des professionnels des entreprises et de l’expertise pédagogique des collèges qui a été la clé du succès. Le mandat du Campus étant maintenant terminé, les besoins de l’industrie se déplacent maintenant vers l’accélération de la formation des séniors.

Pour Denise Boucher, vice-présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), l’enjeu est de développer une culture de formation continue. Il y a un problème d’adhésion des petites et moyennes entreprises à une réelle culture de formation continue. Autant chez les dirigeants que chez les travailleurs. « Il faut que le travailleur croie aux besoins de formation ». Bien sûr, il y a plein de contraintes : transport, garderies, endettement des familles, craintes des entreprises que leurs investissements en formation servent à d’autres entreprises. « Nous n’avons pas de problème de formation ; nous avons un problème de dispersion et d’éclatement des services qui les rendent moins accessibles ». Madame Boucher, salue à ce titre l’initiative des cégeps de regrouper sur un site unique l’ensemble de l’offre de services dans le cadre du projet « monretouraucegep ». Elle invite les cégeps à travailler en concertation avec les leaders des communautés locales, les syndicats et les organismes locaux. Les vrais besoins de la main-d’oeuvre ne sont pas seulement de niveau postsecondaire. Pour plusieurs travailleurs, le problème en est d’abord un d’analphabétisation. Il faut d’abord savoir lire et écrire si on veut se perfectionner.

Pour Jean-François Thuot, directeur général du Conseil interprofessionnel du Québec, la culture de formation continue va de pair avec l’adoption du Code des professions. Pour les 45 ordres qui impliquent 340,000 membres dont 100,000 ont une formation collégiale, il y a une exigence de mise à jour des compétences de façon continue et c’est là une responsabilité déontologique du membre. Depuis les années 80, des programmes de formation continue ont été mis en place. La plupart des ordres se sont donné des politiques de formation continue. Depuis 1994, il y a obligation d’avoir des comités de la formation où on doit veiller à l’adéquation de la formation avec la protection du public. Il a donc une culture de formation continue maintenant établie.

Les ordres ne disposent pas de financement pour la formation continue et n’ont pas accès aux programmes de la Commission des partenaires. Il devient essentiel de créer des maillages avec les établissements. Pour le professionnel, ce qu’il a besoin ce n’est pas un nouveau diplôme, mais bien d’une formation sur mesure, à la carte. Le professionnel doit penser son plan de formation sur 30 ans. Il faut penser un continuum au sein même de la formation continue. Il a des arrimages avec le réseau des cégeps. Mais il y a encore des ponts à créer avec la Fédération des cégeps. Pour monsieur Thuot, la formation d’appoint pour les personnes immigrantes représente un défi collectif.

Monsieur Jean-Luc Trahan, président de la Commission des partenaires du marché du travail, rappelle que la loi du 1 % oblige les entreprises qui ont une masse salariale de 1million et plus de consacrer 1 % à la formation de leurs employés. Actuellement, 88 % des entreprises se conforment à la loi. Il trouve par ailleurs anormal que le Québec se retrouve dernier au classement canadien en termes de participation à la formation continue.

Carole Beaulieu, éditrice et rédactrice en chef de l’Actualité a interpellé directement les collèges en leur disant : « Vous avez un problème de communication ». « Vous voudriez qu’il y ait plus d’adhésions, mais quels moyens de communication utilisez-vous lorsque vous vous adressez à vos clients ? » À l’aide d’exemples tirés des titres de premières pages de plusieurs revues « l’Actualité», elle a démontré combien « on peut subir longtemps la tyrannie d’une publicité mal faite ». Pour elle, le message doit être clair, parler aux gens et traiter de leurs besoins et intérêts. . Il faut faire de la pub qui parle d’eux et moins de nos structures et de nos besoins.

Invités par l’animateur Michel Venne à faire des recommandations s’adressant aux cégeps et une recommandation s’adressant à leur propre organisation, les panellistes ont proposé :
 
Il faut développer la relève en mettant l’accent sur les candidat dits « seniors ». Il faut s’assurer d’avoir des partenaires, des pédagogues qui peuvent aider les experts. Pour les cégeps qui offrent des programmes pour le secteur, s’assurer d’être à la fine pointe de la technologie. (Francis Baillet, Ubisoft).
• Prenez le temps de bien identifier vos besoins en matière de communication afin d’y répondre le plus adéquatement possible. Identifier dans vos milieux les médias qui sont avec vous et travaillez en concertation. (Carole Beaulieu, L’Actualité).
• Il faut répondre à de nouveaux types de compétence; maintenir le cap en reconnaissance des acquis. Une recommandation au ministère de l’Éducation : allouer aux cégeps une enveloppe ouverte. Les collèges doivent travailler avec les comités sectoriels.( Denise Boucher, CSN).
• Il faut profiter du momentum actuel pour développer un modus operandi avec les ordres professionnels. Les besoins iront en augmentant. Pour les ordres, il faut miser sur les comités de la formation pour cimenter les collaborations entre les ordres, les établissements et le ministère de l’Éducation. (Jean-François Thuot).
• Il faut trouver de nouvelles façons de répondre aux besoins des employeurs et des employés. Il faut travailler autant sur la formation de base, la formation continue et l’apprentissage en milieu de travail. Il faut améliorer l’arrimage entre les entreprises et le milieu de l’éducation. Si on veut augmenter la productivité, il faudra aussi investir dans les équipements. La formation seule ne suffira pas. (Jean-Luc Trahan, Commission des partenaires du marché du travail).

Gaétan Boucher, président-directeur général de la Fédération des cégeps a conclu cette table ronde, en rappelant le retard du Québec dans les comparaisons établies avec l’Ontario et le Canada en matière de formation continue. Il s’agit selon monsieur Boucher d’une situation préoccupante. Les cégeps doivent trouver le moyen de contribuer au développement d’une culture de formation dans les petites et les moyennes entreprises.

Les collèges occupent moins de 1 % du marché de la formation continue. Que faut-il faire pour remédier à cette situation ? Dans un premier temps, il faut régler le problème de financement qui perdure. En 1987, le Conseil supérieur de l’Éducation avait dénoncé la situation des collèges par rapport aux universités sur la question de l’enveloppe ouverte. Ce traitement différencié pour les collèges demeure inacceptable. Cette question est bien documentée. Personne n’a cependant eu le courage politique de corriger cette anomalie.

Rendre des services aux adultes le soir et les fins de semaine commande des aménagements. Il faudra  apporter des changements à nos propres organisations afin de pouvoir répondre avec souplesse à ces nouveaux besoins.

« Face au défi de former la main-d’œuvre dont le Québec aura besoin au cours des prochaines années, les cégeps ne font pas partie du problème, ils font partie de la solution. Lors des prochains rendez-vous sur le rapprochement entre le milieu du travail et la formation professionnelle et technique, il faudra au terme des discussions avoir les outils qui nous permettent de mieux servir le Québec ».

À la clôture de ce congrès, les participants ont souligné la qualité du travail du comité d’orientation présidé par Roger Sylvestre, directeur général du Cégep de Saint-Hyacinthe. Soucieuse des pratiques respectueuses de l’environnement et de principes de responsabilité sociale et écologique la Fédération a organisé un congrès carboneutre. Elle acquerra des crédits de compensation d’émissions de carbone de Planetair qui serviront à différents projets environnementaux.

Tenter de définir des manières d’arrimer davantage la formation continue aux besoins actuels et futurs du marché du travail ne constitue pas une mince tâche. La diversité des interventions menées durant les deux journées d’échange, la qualité d’intérêt et d’écoute des participants témoignent de la vitalité du réseau d’intervenants concernés par la problématique. Les défis identifiés sont importants. Il faudra certes pour les relever oser, briser les conventions et influencer. La clé du succès exigera sans contredit une dose importante de détermination et les personnes que nous avons rencontrées semblent tout à fait disposées à relever le défi.


 



Les partenaires du Portail